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Des historiens juifs et catholiques pressent le Vatican d'ouvrir ses archives de la guerre

Lire également les articles "La priorité donnée par Pie XII au catholiscisme allemand étonne" et "Huit zones d'ombre dans l'attitude du Saint-Siège"
Une commission internationale d'historiens juifs et catholiques, nommée par le Vatican en octobre 1999, vient de remettre son rapport au cardinal Cassidy, président du Conseil pontifical pour le dialogue avec le judaïsme. Révélé par Le Monde, critique sur l'attitude de l'Eglise pendant la seconde guerre mondiale, ce rapport juge incomplets les travaux historiques de l'Eglise sur ce sujet et réclame l'ouverture complète de ses archives.
 
Mis à jour le mercredi 25 octobre 2000

De l'histoire du XXe siècle, peu d'épisodes ont soulevé autant de commentaires divergents, d'écrits polémiques ou apologétiques que ceux touchant à l'attitude de l'Eglise pendant la seconde guerre mondiale. Pie XII, élu en mars 1939, ancien nonce à Munich et à Berlin (1917-1929), ancien secrétaire d'Etat de Pie XI, son prédécesseur, est le personnage emblématique d'une diplomatie du Saint-Siège soupçonnée de complaisance pour l'Allemagne hitlérienne, aveuglée par la menace communiste, muette face à l'extermination des juifs, soucieuse d'abord de défendre les intérêts catholiques. La plus violente attaque remonte à la pièce de Rolf Hochhuth, Le Vicaire (1963). Des historiens comme Saul Friedlander, Gunther Levi, Jacques Nobécourt ont achevé de camper le scénario d'une polémique qui éclata encore, il y a moins de dix-huit mois, avec le contestable ouvrage de John Cornwell, faisant de Pie XII « le pape d'Hitler » !

En 1964, en plein concile Vatican II, le pape Paul VI confie à quatre jésuites, Angelo Martini, Burckhart Schneider, Robert Graham et le Français Pierre Blet – ce dernier encore en vie –, le soin de puiser dans les archives et de publier tout ce qui touche à la diplomatie du Vatican pendant la seconde guerre mondiale. De 1965 à 1981, onze volumes ont été édités sous le titre d'Actes et documents du Saint-Siège relatifs à la seconde guerre mondiale. Ce gros œuvre constitue le seul matériau disponible aux chercheurs. L'accès direct aux archives complètes du Vatican leur reste interdit au-delà de la date de 1922, c'est-à-dire à la fin du pontificat de Benoît XV.

« INTERPRÉTATIONS »

La publication de ces onze volumes n'a pas mis fin aux contestations historiques. Et si, depuis vingt ans, les relations entre le Vatican et les organisations juives n'ont pas cessé de s'améliorer, elles se sont traduites par une exigence plus grande de clarté. La « repentance » a donné lieu à des gestes et déclarations spectaculaires dans les épiscopats allemand, français et au Vatican même. Mais dans le document romain Souviens-toi du 15 mars 1998, qui traite de l'Eglise face à la Shoah, les lignes consacrées à Pie XII ont été les plus embarrassées et contestées par la partie juive. D'où la décision sans précédent prise par le Vatican, en octobre 1999, de confier à une commission internationale d'historiens juifs et catholiques le soin d'essayer d'en finir avec ces polémiques et de viser « un niveau plus mûr de compréhension historique ».

Après des réunions à New York, Londres, Baltimore et, cette semaine, à Rome, la commission mixte vient de remettre un rapport, que Le Monde a pu se procurer, au cardinal Edward Cassidy, président du Conseil pontifical pour le dialogue avec le judaïsme. L'examen critique – qui avait été demandé à ces historiens – des onze volumes publiés par les jésuites a conclu à leur faiblesse : « Un examen rigoureux des onze volumes ne permet pas de répondre aux questions les plus significatives sur le rôle du Vatican durant l'Holocauste. Aucun historien sérieux ne pourrait accepter que les volumes publiés constituent la fin de l'histoire. Cela n'est pas dû à la complexité des questions traitées ni à leur qualité éditoriale, mais au fait que beaucoup de ces documents sont susceptibles d'interprétations divergentes. »

Le rapport de la commission mixte d'historiens juifs et catholiques jette une lumière crue sur les lacunes des Actes et documents du Saint-Siège, qui reste la référence officielle du Vatican. Il pointe les contradictions et les zones de recherche laissées obscures. Si beaucoup de lettres écrites par Pie XII, ses collaborateurs, les nonces à l'étranger, les évêques des pays en guerre, les aumôniers militaires sont connues et publiées, les historiens de la commission s'interrogent sur le point de savoir si tout a été publié. Ils regrettent que soit laissée dans l'ombre « la manière dont ces lettres ont été reçues, quelle attention leur a été consacrée, comment elles ont été considérées et traitées dans les cercles divers de la diplomatie vaticane ». D'où l'ardente invitation faite au Vatican d'encourager les enquêtes indépendantes et de laisser libre l'accès aux archives : « Ce serait un pas en avant significatif dans la connaissance de cette période et dans le renforcement des relations entre les communautés juive et catholique. »

H. T.

Les trois membres catholiques de cette commission sont Eva Fleischner, ancien professeur de l'université de New Jersey, Gerald Fogarty, jésuite, professeur à l'université de Virginie, et John Morley, professeur associé à l'université de Setton Hall. Les trois historiens juifs, désignés par l'IJCIC, organisme de coordination des institutions juives, sont Michael Marrus, professeur des études de l'Holocauste à l'université de Toronto, Bernard Suchecky, chercheur de l'Université libre de Bruxelles, détaché à la Fondation de la mémoire contemporaine, et Robert Wistrich, professeur à l'Université hébraïque de Jérusalem.

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