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N'attrapons pas la haine, par Amos Oz
LE MONDE | 14.09.01 | 08h56
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Une vague de fanatisme religieux et nationaliste traverse actuellement l'islam: des Philippines à Gaza, la Libye, l'Algérie, sans compter l'Afghanistan, l'Iran, l'Irak, le Liban et le Soudan.
Ici, en Israël, nous subissons depuis longtemps les conséquences de cette fatale onde de fanatisme: nous sommes témoins de manière quasi quotidienne du lien effectué entre l'incitation à la haine et les assassinats de masse, entre les sermons religieux célébrant le djihad et sa réalisation via des attentats-suicides et les voitures piégées postées contre des civils innocents.
En tant que victimes du fondamentalisme arabe et musulman, nous sommes souvent pris d'aveuglement, oubliant que la montée de l'extrémisme religieux et chauvin n'emporte pas uniquement le monde de l'islam, mais existe aussi dans diverses régions chrétiennes, et même chez le peuple juif.
Si la terrible épreuve endurée par l'Amérique aujourd'hui découle de son image de "Grand Satan" que véhiculent certains mollahs et ayatollahs fanatiques, alors l'Amérique comme Israël – le "Petit Satan" – doivent se préparer à un combat long et difficile.
Le choc et la douleur n'empêchent pas une petite voix de murmurer à certains d'entre nous, ici en Israël: "Au moins, maintenant, ils vont comprendre ce que nous subissons ", ou: "Ils vont enfin nous soutenir".

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Amériques

Cette petite voix n'est peut-être qu'une réaction humaine, mais elle est extrêmement dangereuse.
Elle pourrait nous faire oublier que, malgré le fondamentalisme musulman et le terrorisme arabe, rien ne justifie l'occupation persistante et l'oppression du peuple palestinien par Israël. Nous n'avons pas le droit de refuser aux Palestiniens leur droit naturel à l'autodétermination.
Deux vastes océans n'ont pu protéger l'Amérique du terrorisme; la Cisjordanie et Gaza, occupées par Israël, ne forment certainement pas un bouclier pour Israël – au contraire, elles compliquent et rendent plus difficile notre défense. Cesser cette occupation au plus tôt sera bénéfique aux occupés et tout autant aux occupants.
Il est aussi tentant qu'aisé de tomber dans toutes sortes de clichés racistes concernant la "mentalité musulmane" ou le "tempérament arabe", entre autres inanités. L'atrocité commise contre New York et Washington nous rappelle violemment qu'il ne s'agit pas d'une guerre de religion ni d'une guerre entre nations. Il s'agit, une fois de plus, d'une bataille entre des fanatiques pour qui la fin – qu'elle soit religieuse, nationaliste ou idéologique – sanctifie les moyens, et nous tous, pour qui la vie elle-même est sacrée.
Les sordides manifestations de joie à Gaza et à Ramallah alors que des gens étaient encore des torches vivantes à New York ne doivent faire oublier à tout être humain digne de ce nom que la grande majorité des Arabes et des musulmans n'est pas complice de ce crime et ne s'en réjouit pas.
La plupart d'entre eux sont choqués, attristés, comme le reste de l'humanité. Peut-être ont-ils d'ailleurs des raisons particulières d'inquiétude, car on entend déjà à certains endroits de laides expressions de sentiments antimusulmans sans discernement. Ces raisonnements ne forment pas une réponse appropriée aux attentats récents – au contraire ils ne font qu'obéir aux espoirs de leurs auteurs.
Ne l'oublions pas: ni l'Occident, ni l'islam, ni les Arabes ne sont le "Grand Satan". Le "Grand Satan", c'est la haine et le fanatisme. Ces deux maladies mentales ancestrales nous ensorcellent encore aujourd'hui. Alors soyons vigilants, ne les attrapons pas.

Amos Oz est écrivain.
(Traduit de l'anglais
par Emmanuelle Rivière.)
©Amos Oz 2001.