En France

Les nouvelles nuits de cristal

 

Vendredi 13 octobre 2000 / 14 Tichri 5761, veille de Soukkoth. L’Etat français est le complice manifeste de l’explosion d’antisémitisme qui menace, comme jamais depuis l’Occupation, les Juifs et leurs biens personnels et collectifs depuis la fin septembre 2000. Les réactions de MM. Chirac (président de la République), Jospin (Premier ministre) et Vaillant (ministre de l'Intérieur... et des Cultes) ont rivalisé d’insignifiance et d’ambiguïté, alors que depuis deux semaines des jeunes gens fanatisés incendient des synagogues et agressent de nombreuses personnes, en toute impunité.

Antoine Peillon

 

vendredi 13 octobre 2000, 16h34

Plus de 70 actes antisémites enregistrés en France

par Christian Curtenelle

PARIS (Reuters) - Des actes de violence continuent de frapper des lieux de culte et édifices juifs en France sur fond de crise au Proche-Orient, malgré la multiplication des appels au calme.

Au moins 70 incidents ont été recensés depuis samedi dernier par les différents services de police.

Ces actions recouvrent, des inscriptions antisémites, des agressions verbales, mais aussi des attaques par engins incendiaires de lieux de culte ou d'écoles juifs.

"Il y a toujours eu des actes anti-juifs ou antisémites en France mais c'étaient des choses très limitées", a dit à Reuters Edith Lenczner, du Conseil représentatif des institutions juives de France.

"Ce qui se passe actuellement, c'est du jamais vu depuis la deuxième guerre mondiale", a-t-elle ajouté.

Le ministère de l'Intérieur a fait état vendredi de six nouveaux sites visés par des incendies d'origine criminelle à Toulouse, Paris, Bondy, Saint-Ouen, Longjumeau et Garche-les Gonesse, en banlieue parisienne.

Des pierres ont été jetées en milieu de matinée contre la synagogue de Lille dont la façade portait les traces de quatre impacts, a dit la police.

Le Premier ministre Lionel Jospin a dit son "indignation" après l'attaque contre la synagogue de Toulouse, chef-lieu de la Haute-Garonne, département dont il est conseiller général.

"Devant cet acte odieux, qui ne peut susciter que ma réprobation, je tiens à vous exprimer mon indignation", a-t-il écrit dans un courrier adressé au président de la communauté juive locale.

Dans tous les cas, les dégâts matériels sont peu importants.

Les faits les plus graves se sont produits jusqu'à présent à Trappes, où la synagogue a été détruite par un incendie volontaire, mardi. Aucun blessé n'a jusqu'à présent été officiellement signalé.

Pour la première fois depuis cette flambée d'incidents antisémites, des inconnus ont mis le feu jeudi soir aux portes d'entrée des appartements de deux couples juifs, résidant à deux adresses différentes, à Orly, dans le Val-de-Marne.

Des vitres de leurs appartements ont été brisées par des jets de pierres, a-t-on précisé de même source.


Sécurité renforcée


En déplacement à Mantes-la-Ville, dans les Yvelines, le ministre de l'Intérieur, Daniel Vaillant, a annoncé vendredi que les mesures de sécurité avaient été renforcées le matin-même autour des lieux de cultes et édifices de la communauté juive.

"Il y avait déjà des mesures. Elles ont été à nouveau renforcées ce matin", a-t-il déclaré.

Des sources policières ont expliqué que les principaux lieux collectifs de la communauté juive font l'objet de mesures de vigilance, qui sont renforcées à l'époque des fêtes religieuses, comme c'était le cas en début de semaine, pour Yom Kippour.

Elles soulignent toutefois qu'aucune arrestation n'a jusqu'à présent été effectuée. "Les incidents ont lieu de nuit et sont le fait de petits groupes. Il faudrait les surprendre en flagrant délit", explique un policier.

Des contrôles d'identité ont été effectués comme cela a été le cas jeudi à Paris, rue des Rosiers, en plein quartier juif, pour les occupants d'un véhicule dont l'un a été trouvé en possession d'une arme prohibée.

Jeudi, le Premier ministre Lionel Jospin a déclaré que le gouvernement traiterait avec "la sévérité la plus grande" les auteurs de ces actes.

Vendredi, Daniel Vaillant a déploré des actes "regrettables", mais il a aussi mis en garde contre les "fausses rumeurs". "Attention à ne pas se laisser intoxiquer par de fausses rumeurs. L'intérêt de tout le monde est de ne pas enfler la rumeur ni les faits", a-t-il dit.

"Il semble qu'il y ait une véritable psychose. Nous sommes assaillis de coups de téléphone", disait-on jeudi soir à la préfecture de police où on tentait de faire le tri entre les rumeurs et les faits objectifs.

Après Jacques Chirac, mercredi, les appels au calme se sont multipliés ces derniers jours. Les quatre principaux responsables religieux - recteur de la mosquée de Paris, président des évêques, président de la fédération protestante de France et grand rabbin - ont signé une déclaration commune condamnant ces "dérives".

SOS Racisme et l'Union des étudiants juifs de France ont demandé dans une déclaration commune "à tous ceux qui refusent la violence, la haine, l'antisémitisme, le racisme de se mobiliser pour que les événements au Moyen-Orient ne s'importent pas en France".

 

vendredi 13 octobre 2000, 17h47

 

Nombreuses réactions aux violences antisémites en France

 

PARIS (Reuters) - Les réactions se sont multipliées en France, au terme d'une semaine marquée par une vague de violences antisémites sur fond de crise au Proche-Orient.

Le Premier ministre Lionel Jospin a dit son "indignation" après les actes d'agression perpétrés la veille contre les locaux de l'Association des juifs libéraux de Toulouse, chef-lieu du département dont il est conseiller général.

"Devant cet acte odieux, qui ne peut susciter que ma réprobation, je tiens à vous exprimer mon indignation", écrit Lionel Jospin dans un courrier au président de la communauté locale.

Le ministère de l'Intérieur a fait état vendredi de six nouveaux sites visés par des incendies d'origine criminelle à Toulouse, Paris, Bondy, Saint-Ouen, Longjumeau et Garche-les-Gonesses. Des pierres ont également été jetées sur la façade de la synagogue de Lille.

Le secrétaire national du PCF, Robert Hue, a condamné les agressions avec "la plus grande fermeté" en s'associant aux appels à la raison des responsables religieux français, de même que Bertrand Delanoë, candidat socialiste à la mairie de Paris.

Jean-Michel Baylet, président du Parti radical de gauche, a rappelé dans un communiqué le caractère laïque de la République française et a demandé au gouvernement de "prendre les mesures nécessaires pour assurer la sécurité des personnes et particulièrement des israélites menacés dans l'exercice de leur culte".

A Strasbourg, le secrétaire général du Conseil de l'Europe, Walter Schwimmer, a souligné "l'impératif de vigilance ainsi que de réaction à la fois énergique et collective afin de prévenir toute escalade de l'action et de la propagande antisémite et raciste en Europe et partout ailleurs".


Appels à la tolérance


Du côté des associations, la Licra a appelé les Français, "quels que soient leurs croyances religieuses ou engagements politiques, à appuyer les efforts de paix". Elle affirme qu'il n'y a "nulle place pour une extension du conflit proche-oriental avec altercations intercommunautaires et montée de la haine contre les juifs et les Arabes".

La Licra, qui a proposé à la Ligue des droits de l'Homme (LDH), au Mrap et à SOS-Racisme de s'associer à son appel, affirme que le combat contre les extrémismes et l'intolérance doit être mené "dans le souci de la tradition républicaine et de sa devise".

Dans un communiqué, le Mrap écrit que "la seule solution est celle du dialogue et du respect de l'autre" et invite "tous les citoyens à s'engager en faveur de la paix".

La Fédération nationale des déportés et internés résistants et patriotes (FNDIRP) a dit "son refus de toute dérive communautaire" en condamnant "toutes les provocations et tous les actes de malveillance".

Le ton du Centre Simon Wiesenthal est tout autre. Dans une lettre adressée jeudi à Jacques Chirac, l'association, qui estime que "les attaques antisémites en France rappellent douloureusement une autre époque", parle d'une "vague de terrorisme antisémite provoquée par l'OLP et ses sympathisants" depuis vingt ans.

Le Centre exhorte le président français à "rechercher les responsabilités à la source" et demande une "condamnation complète du Hamas, du Hezbollah, du Jihad islamique (...) ainsi que de ceux qui les soutiennent - l'OLP, l'Iran, l'Irak et la Syrie - et qui incitent à la violence en France à travers l'Europe".

L'association France-Israël dénonce elle "la barbarie des hordes palestiniennes déchaînées" et affirme que le "laxisme" de la communauté internationale "a un lien direct avec les agissements antisémites en France".

"L'antijudaïsme latent ne resurgit que lorsque le pouvoir, par son attitude, a levé les verrous", ajoute France-Israël. /CC/HPA