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Entretien exclusif : pour Ehoud Barak, « la route vers la paix est douloureuse »

Le premier ministre israélien effectue les 22 et 23 septembre sa première visite en France, où il doit rencontrer Jacques Chirac et Lionel Jospin. Il assure dans un entretien exclusif au Monde qu'il est « prêt à comprendre » les intérêts des Palestiniens mais qu'un accord « ne peut se faire à n'importe quel prix ».


 
Mis à jour le mardi 21 septembre 1999

« Nous sommes ici dans le bureau du ministre de la défense, à Tel-Aviv, et non dans celui du premier ministre, à Jérusalem. Cela a-t-il une signification particulière ?

Comme vous le savez, je suis aussi ministre de la défense. Je passe ici deux jours par semaine, les jeudi et les vendredi. Le reste de la semaine, je suis tenu informé par mes collaborateurs militaires. Ce bureau était aussi l'ancien bureau du premier ministre dans les temps anciens. J'ai demandé qu'on y accroche une photo de Ben Gourion. C'est ici que Rabin a travaillé ; il faut encore y mettre des livres ; nous sommes un nouveau gouvernement et nous n'avons pas eu le temps de nous occuper de tout cela.

C'était déjà votre bureau lorsque vous étiez chef d'état-major ?

Non, j'étais alors de l'autre côté du couloir. Mais en tant que chef du renseignement militaire, ou chef du bureau de la planification, puis chef d'état-major adjoint et enfin chef d'état-major, j'ai passé dans ce bureau des centaines d'heures, assis sur les deux fauteuils que vous voyez là, avec Rabin, et, avant lui, avec Moshe Arens et encore avec d'autres ministres de la défense.

Vous sentez-vous plus à l'aise dans ce bureau plutôt que dans celui du premier ministre à Jérusalem ?

Je me sens très à l'aise quand je viens ici. C'est ma place. La seule chose que j'ai faite dans ce bureau c'est d'y changer la disposition des chaises autour de la table de réunion. Désormais, la place du président est celle que j'occupais avant, lorsque j'étais encore militaire, de façon à ce que l'on sente bien qu'il y a un nouveau patron [il rit]. » Il y a moins de cinq ans, j'étais encore sous l'uniforme, j'étais le chef de Tsahal avec mon bureau à trente mètres d'ici. Et il y a encore moins de quatre ans, Rabin était assassiné. Or c'est lui qui, avec Shimon Pérès, m'a fait entrer en politique, après trente-cinq ans passés sous l'uniforme. C'est Rabin qui m'a demandé de devenir ministre de l'intérieur ; après son assassinat, Pérès m'a fait ministre des affaires étrangères. Quelques mois après sa défaite électorale, j'ai pris la direction du Parti travailliste ; j'ai du combattre Pérès, qui m'avait fait entrer en politique, ce qui a suscité des commentaires. J'aime bien Pérès ; je pourrais presque dire que je l'admire. C'est un grand dirigeant politique et un grand visionnaire. Mais, à l'époque, il fallait prendre des dispositions urgentes pour gagner, pour diriger à nouveau le pays. A quoi sert-il de faire de la politique si ce n'est pas pour être au pouvoir ?

» Tout cela s'est fait en si peu de temps. Je me souviens encore des noms de tous les responsables de l'armée qui travaillaient ici. Certains ont été nommés par moi. Je ressentais tellement intimement ce que l'on faisait dans ce ministère que lorsque je suis revenu en premier ministre, il ne m'a pas fallu plus de six heures pour me remettre dans l'ambiance. J'ai eu l'impression que je n'avais jamais quitté cet endroit.

Diriez-vous que vous êtes un militaire plutôt qu'un responsable politique ?

On ne peut pas dire cela. Dans les dix dernières années où j'ai été aux échelons les plus élevés de l'armée, j'ai traité de choses si intimement liées à la politique qu'on ne peut pas séparer les deux. A ce niveau, tracer une ligne de démarcation entre les deux sphères d'activité est un exercice futile. Chaque problème rebondit sur l'autre. Vous ne pouvez pas aborder le problème de la sécurité d'Israël uniquement en termes de puissance militaire. Il faut aussi envisager la force de son économie, sa capacité à supporter le poids des dépenses que suscite notre appareil militaire. La question de l'équilibre entre nos importations et notre production locale renvoie aux racines de ce qu'est notre économie comme à la structure de sa force de travail.

» Dans un pays où tout le monde doit porter les armes, du directeur au caissier de banque, parfois côte à côte dans la même unité, avec parfois une hiérarchie militaire inverse de la hiérarchie professionnelle, dans une telle société qui lutte toujours pour son droit à l'existence, où tout le pays est à peine plus grand qu'un département français, eh bien lorsque vous êtes un dirigeant de l'armée dans un tel pays, vous vous sentez au service de tous, et non pas le représentant d'une caste aux intérêts professionnels étroits.

Vous parlez de conclure un accord final avec les Palestiniens en un an. Ça paraît très optimiste.

Je ne suis pas optimiste, je suis réaliste. Après avoir passé tant d'années à faire la guerre et après avoir observé en tant que proche collaborateur de Rabin, puis de Pérès, ce qui s'est passé durant ces six dernières années, depuis Oslo, et même avant, avec l'Intifada, je constate qu'il n'y a pas d'autre voie que celle que nous suivons avec le processus de paix. C'est toujours douloureux de se séparer. Ici nous nous séparons non seulement des Palestiniens, mais aussi d'une partie physique de notre civilisation telle qu'elle est enfouie dans la terre d'Israël, qui en est le berceau ; pour moi, c'est comme couper une partie de son corps, de son cerveau. Mais je sais qu'on ne peut pas faire autrement. » Ce processus n'en est pas à son début. Nous savons tout de la position palestinienne, et eux savent tout de la nôtre…

Vous voulez dire qu'il n'y a plus rien à négocier ?

Non, je ne dis pas ça. La négociation sera rude, mais il n'y a pas d'alternative. Ou nous nous enfermons dans une impasse, ou nous réussissons. Si j'ai voulu être à la tête d'une large coalition, c'est pour pouvoir intégrer et régler au sein du gouvernement tous les conflits liés au processus de paix. Je voulais entraîner dans l'affaire des membres de l'ancienne équipe, y incorporer des représentants du parti des immigrants russes, plutôt portés à droite, et des représentants du Parti national religieux, eux carrément à droite, et le Shass, dont la direction est modérée mais dont les électeurs sont souvent à droite. Je pense que c'est une meilleure façon de faire. C'est plus sain à l'égard de nos interlocuteurs, qui ne peuvent avoir aucun doute : nous représentons vraiment Israël, dans toute sa diversité, et pas seulement une partie du pays.

» Et c'est plus sain pour nous aussi. Nous sommes face à nous-mêmes, ça nous oblige à traiter nos difficultés ensemble, dans une sorte de catharsis, sans laisser aux futures générations les cicatrices non refermées, ces divisions terribles qui ont conduit à l'assassinat de Rabin.

» Je veux conduire le pays vers un compromis afin de rendre Israël plus fort. Je crois fermement qu'on peut renforcer le pays en nous séparant des Palestiniens, en suivant cette route très douloureuse qui va vers la paix. Il n'y a pas d'autre alternative. Avec l'ancienne politique nous allions à une situation insoluble, comme ce fut le cas quelque temps après l'accord de Wye. Si cela avait continué, les Palestiniens auraient bientôt pris des initiatives unilatérales, nous aurions répliqué par des initiatives de même nature, les violences auraient recommencé, et peut-être même que, cette fois, la communauté internationale aurait soutenu les Palestiniens plutôt qu'Israël.

» Cette perspective-là a joué un rôle essentiel dans mon évaluation des choses. J'ai pensé que si nous avions à choisir entre faire la paix et conduire Israël dans un nouveau cycle de violences avec une situation comparable à celle qui prévaut à Belfast ou dans les Balkans, alors il n'y avait pas à hésiter.

» Nous ne vivons pas en Europe occidentale. Ici nous sommes dans une région dure. Personne ne vous donnera une seconde chance si vous n'êtes pas en mesure de vous défendre vous-même. Et c'est pourquoi je pense que même après avoir signé un accord de paix avec chacun de nos voisins, notre force restera la seule garantie de notre survie pendant des années, voire des générations. Ce qui fera la différence, c'est notre force militaire et stratégique, mais aussi notre force économique et scientifique, notre système d'éducation et notre technologie. Et même la cohésion de notre peuple, son ‘élan vital’ [en français dans le texte] seront importants.

» Voyons maintenant simplement les choses. D'accord, nous sommes forts, l'environnement est dur, et depuis la chute de l'Union soviétique une brèche s'est ouverte qui pourrait se refermer lorsque dans cinq ou dix ans un quelconque dictateur local aura acquis un engin nucléaire avec le moyen de le lancer. Mais aujourd'hui nous sommes le pays le plus puissant dans un rayon de 1 500 kilomètres autour de Jérusalem. Pourquoi diable alors ne pas faire la paix, ne pas oser faire la paix ? Personne ne peut penser que je vais démanteler notre armée ou amoindrir nos capacités de défense. Mais au lieu de continuer à investir de telles ressources pour faire face à une perpétuelle animosité, pourquoi ne pas tenter sérieusement de régler au fond les questions qui suscitent cette animosité ? Ensuite nous pourrons investir plus dans l'éducation, dans notre qualité de vie, dans la science, dans nos infrastructures. Et peut-être moins dans les besoins suscités par notre activité militaire quotidienne.

» Je pense que nos voisins peuvent faire la même analyse. Cette affaire n'est pas un jeu à somme nulle. Je ne pense pas que ce qui est mauvais pour eux est bon pour nous, et inversement. Toutes les parties ont à gagner à la paix. Je vois une véritable occasion pour toutes les parties ; toutes ont à y gagner…

C'est ce qui est nouveau ?

Oui, même si je n'ai aucune illusion : la négociation sera rude, sur tous les dossiers.

C'est que vos exigences sont élevées : Jérusalem sous souveraineté israélienne, les implantations qui demeurent, les frontières sous votre contrôle, les réfugiés qui n'auront pas le droit de revenir dans ce qui est aujourd'hui Israël. Comment pouvez-vous imaginer que vos interlocuteurs puissent vous suivre sur ce terrain ?

Quelle pourrait être l'analyse palestinienne ? Tenter d'obtenir tout et terminer avec un Kosovo ? Nous devons conserver nos intérêts vitaux, tout en comprenant que l'autre partie a aussi son cortège de souffrances et ses besoins. Si nous arrivons à leur faire comprendre que nous ne transigerons pas sur nos intérêts vitaux en matière de sécurité mais qu'en même temps nous voulons la paix et que pour cela nous sommes aussi disposés à concevoir leurs besoins et leurs intérêts, je pense que nous arriverons à un accord.

» C'est une occasion unique. Nous avons passé les dernières quinze années à nous battre avec les Palestiniens pour un conflit vieux de cent ans. Durant trois ans, avec Rabin et Pérès, nous avons fait de grands progrès ; avec Nétanyahou, les trois années suivantes ont été moins réussies. En ce qui me concerne, je ne peux rien promettre ; je ne vais pas faire la paix à n'importe quel prix ni à n'importe quelle condition. Mais il faut être deux pour danser le tango. Ils ont besoin de nous et nous avons besoin d'eux. S'ils sont sérieux et responsables, nous pouvons y arriver.

Tout le monde comprend l'importance de Jérusalem pour les Israéliens. Est-ce que vous comprenez l'importance de Jérusalem pour les Palestiniens ?

Ecoutez, notre position est claire : une Jérusalem unifiée, capitale éternelle d'Israël. Un point, c'est tout. Je sais que les Palestiniens l'entendent autrement. C'est d'ailleurs Menahem Begin, qui, au moment de Camp David, leur a offert la possibilité de mettre la question sur la table des négociations. J'ai toujours fait des déclarations claires sur toutes les questions en suspens, et vous les connaissez : pas de retour aux frontières de 1967, pas d'armée étrangère à l'ouest du Jourdain, maintien de blocs d'implantations sous souveraineté israélienne, etc., mais je ne veux pas en dire plus. Je suis au début d'une négociation, et je ne négocierai pas par Le Monde interposé.

Bien entendu, mais comprenez-vous que, pour les Palestiniens, Jérusalem est aussi d'une importance vitale ?

Je suis le premier ministre d'Israël et je sais bien qu'Arafat prend soin des intérêts des siens. Mais je préfère ne pas répondre directement à vos questions. Encore une fois, je sais que les Palestiniens ont leurs souhaits et leurs besoins, et que nous aurons à négocier. Mais essayez de voir le problème du côté d'où Arafat devrait le voir : il n'a rien à gagner à s'engager dans un nouveau cycle de violences. S'il devait le faire, nous enterrerions nos morts et lui les siens, et nous en serions au même point, avec les mêmes problèmes à régler.

» Ce n'est pas qu'une question de territoires. Dans cette région, vous avez tous les conflits imaginables.

» De la même façon qu'on ne choisit pas ses parents, nous ne choisissons pas nos voisins. Les Palestiniens continueront à l'être pour toujours comme nous-mêmes resterons ici pour toujours. Donc il nous faut une solution. Celle-ci ne sera trouvée que par des dirigeants à la fois audacieux, responsables et clairvoyants tels que le sont Arafat, Assad, Moubarak, le roi Abdallah. Circonstance favorable supplémentaire, la communauté internationale est prête à suivre et nous avons tous d'excellents rapports avec ces importants dirigeants que sont Chirac, Schröder, Blair, Clinton.

» Mais, encore une fois, notre position est simple : Jérusalem unifiée, capitale éternelle d'Israël. Point final !

Bon, c'est clair. Et le Golan ? Allez-vous le rendre ?

Il y a trois ans, j'ai rencontré l'ancien premier ministre Nétanyahou à l'occasion d'une réunion des colons du Golan. Ils fêtaient le trentième anniversaire de leur présence sur le plateau. Je leur ai dit : ‘Je vous admire, vous êtes d'authentiques pionniers de l'Etat d'Israël. Vous avez fait de grandes choses et si nous n'avions eu ici que des tanks et de l'artillerie, la communauté internationale nous aurait déjà fait redescendre.’ Ce qui veut dire que grâce aux efforts de ces pionniers, nous sommes aujourd'hui en mesure de négocier la paix avec la Syrie.

» Mais je leur ai dit aussi, contrairement à ce que leur disait alors Nétanyahou : ‘Ne vous faites pas d'illusions. Pour faire la paix, il nous faudra faire un compromis douloureux. Quiconque vous dit le contraire ne vous jette que de la poudre aux yeux.’ Ils ont protesté, hurlé, et ont fait un accueil enthousiaste à Nétanyahou. Les gens du Golan sont fantastiques, j'y ai beaucoup d'amis et je sais combien ils sont attachés au plateau, comme d'ailleurs beaucoup en Israël. Même ma plus jeune fille, aujourd'hui âgée de dix-huit ans, me disait alors : ‘Quoi, tu veux faire un compromis sur le Golan ? Tu es fou ?’ Tout ça pour vous dire que ce ne sera pas facile, mais je leur dois la vérité : il va falloir faire un douloureux compromis. Lors des dernières élections, je suis arrivé largement en tête sur le Golan en ne leur disant pas autre chose. C'est d'ailleurs aussi vrai pour tout Israël : je dois la victoire, un raz de marée que jamais personne en Israël n'avait obtenu avant moi, au langage de la vérité. Ce qui me donne un devoir à accomplir, une sorte de mission : faire ce que j'ai dit que je ferai. Et je le ferai.

Les relations entre Israël et la France sont, disons, un peu tièdes. Comment l'expliquez-vous et voulez-vous faire mieux ?

Nous sommes un petit pays, mais avec un peuple ancien, qui a toujours eu une bonne mémoire. Ce qui veut dire que nous ne pouvons oublier l'aide que la France nous a apportée aux moments les plus délicats de notre histoire en tant qu'Etat indépendant. Durant les années 50 et 60, nous avons vécu avec la France une sorte d'âge d'or qui nous a aidé à survivre dans cet environnement difficile et qui a laissé des traces. Ça, nous ne l'oublierons jamais.

Comme vous n'oublierez pas l'embargo sur les armes françaises après 1967 ?

Nous ne l'oublions pas non plus. Mais en mettant tout en perspective, je dirais que la contribution française à notre existence dépasse de loin les frictions que nous avons eues et qui ont conduit à avoir ces relations si étroites avec les Etats-Unis qui font qu'au lieu des Mirage français, nous pilotons des F16 américains, qui ne sont pas mauvais non plus.

» Mais, fondamentalement, nous apprécions hautement la France et je pense que nos relations n'iront qu'en s'améliorant. En ce qui me concerne, j'entretiens d'excellentes relations avec le président Chirac, ainsi qu'avec Lionel Jospin. Il n'y a pas si longtemps, nous étions pour ainsi dire collègues dans l'opposition.

» Mais au-delà de ça, nous, Israéliens, avons des valeurs communes avec le peuple français : l'amour de la démocratie, l'ouverture d'esprit. Nous comprenons que la France a des relations traditionnelles dans la région, au Liban ou en Syrie, comme elle a eu dans le passé une certaine influence en Egypte. En Israël, il y a beaucoup de francophiles et de francophones, des gens qui vivent et apprécient la culture et la civilisation française. Je suis convaincu que dès que nous aurons réglé les conflits de la région nos relations redeviendront ce qu'elles ont été dans le passé. Même les points de potentiels désaccords disparaîtront.

Les mêmes sentiments vous animent-ils à propos de l'Europe ? On a parfois l'impression qu'Israël voit les Européens en adversaires.

Là aussi je suis très optimiste. J'ai dit à chacun des dirigeants européens que j'ai rencontré depuis que j'occupe ces fonctions que je comprenais parfaitement les différents gestes faits en faveur des Palestiniens durant ces trois dernières années. Il fallait leur faire entrevoir une lueur d'espoir alors que tout semblait s'assombrir. Mais puisqu'il y a aujourd'hui en Israël un gouvernement disposé à ne rien négliger pour trouver le moyen de faire la paix, les exhortations européennes au compromis et à la souplesse n'ont plus de sens.

» J'ai passé toute ma vie à défendre ce pays et à combattre le terrorisme, et je ne laisserai personne porter la plus petite atteinte à notre sécurité, même si tous les dirigeants du monde me le demandaient. Mais si des mesures s'avèrent nécessaires pour construire la confiance mutuelle, je le ferai de moi-même, sans avoir besoin des pressions de l'Union européenne.

» Il n'est plus nécessaire de nous talonner et je ne céderai à aucune pression. Mais d'un autre côté, je suis prêt à toute ouverture, je suis prêt à comprendre les intérêts de l'autre partie pour arriver à un point d'équilibre entre nos deux conceptions. L'aide que peuvent apporter les Européens, c'est de parler à nous et aux Arabes de façon impartiale, de continuer à soutenir les idées de coopération, de paix et de démocratie, l'ouverture de la société, la transparence, bref toutes les valeurs que nous partageons avec eux.

Vous êtes pianiste et j'ai lu quelque part que vous vous plaigniez de n'avoir pas assez de temps pour pratiquer votre instrument. Quand avez-vous joué pour la dernière fois ?

Il y a deux nuits.

Quel était le morceau ? <> La Polonaise nº3, de Chopin. Celle qu'on appelle la ‘militaire’ [il s'agit de la Polonaise dite ‘héroïque’, opus 53 en la bémol majeur - ndlr]. Quand j'ai quitté mon poste de chef d'état-major en 1994, Rabin, qui était premier ministre et ministre de la défense, a donné une réception dans sa résidence officielle à Jérusalem. Il y a là-bas un Steinway, et j'ai improvisé un petit récital, un prélude de Bach, quelques pièces de Beethoven, des valses de Chopin. Mais le piano n'était vraiment pas très bon. Depuis, je raconte à tout le monde que la vraie raison pour laquelle j'ai voulu devenir premier ministre, c'est que je voulais être en mesure de pouvoir ordonner sa réparation. »

Propos recueillis par Georges Marion

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