Israël, éternel coupable ?

Le bloc-notes de Bernard-Henri Lévy

 

 

Depuis trente ans encore, concernant le conflit du Proche-Orient, je n'ai

pas bougé d'un iota. Je suis partisan d'une paix de dialogue et de

compromis. Je souhaite l'évacuation, par Tsahal, de ces fameuses colonies

qui sont comme un poison à effets lents dans la société israélienne tout

entière. Je suis favorable, surtout, au partage de la terre et à la

création, à côté d'Israël, fût-ce au prix d'une séparation unilatérale, de

l'État souverain auquel les Palestiniens ont droit. Mais enfin, tout cela

étant dit, comment ne pas dire aussi combien me semblent, une fois de plus,

étranges les réactions aux derniers développements de cette guerre ? Comment

ne pas s'étonner de l'extrême violence des commentaires qui ont suivi, cette

semaine, dans les chancelleries et une partie de la presse, la liquidation,

à Ramallah, du chef du FPLP, Abou Ali Moustapha ? Si détestable que soit

cette politique d'assassinats dits « ciblés » ou « sélectifs », peut-on la

mettre sur le même plan, vraiment, que les attentats aveugles, non sélectifs

justement, non ciblés, visant donc les innocents aussi bien que les

combattants, des kamikazes palestiniens de Gaza ? Et quant à la victime

elle-même, quant à cet homme que l'on nous présente comme un « modéré », un

« homme de paix », un personnage dont la droiture « forçait le respect de

tous », est-il permis de rappeler qu'il a été pendant vingt ans, avant d'en

prendre la tête en juillet 2000, le chef militaire du FPLP de Georges

Habbache ? qu'il porte la responsabilité, à ce titre, d'innombrables

attentats, détournements d'avion meurtriers, tueries - y compris (et ce

n'est pas, dans mon esprit, le moins grave) la tuerie de « Septembre noir »,

en Jordanie, le plus grand massacre de Palestiniens commis à ce jour ?

Est-ce faire injure à ce combattant que de rappeler qu'il ne s'est rallié

que très récemment, et du bout des lèvres, aux « accords d'Oslo » signés, il

y a huit ans, avec ce qu'il ne s'est jamais décidé à appeler autrement que

l'« entité ennemie » ? Sans entrer dans le détail des « crimes » que lui

imputent les Israéliens et dont je ne sais évidemment rien, faut-il rappeler

les attentats à la voiture piégée dont le FPLP, sous sa direction, s'est

fait une spécialité et qu'il n'a jamais hésité, depuis Damas ou Bagdad, à

revendiquer ? Ces assassinats ciblés sont terribles, oui. Ils glacent le

sang. Peut-être sont-ils aussi, comme semble le penser la presse à Tel-Aviv,

tragiquement maladroits. Mais, de grâce, ne mélangeons pas tout. Et que

l'émotion, légitime, ne soit pas de nouveau l'occasion d'entonner l'éternel

refrain de l'éternelle culpabilité israélienne.

© Le Point - 31/08/2001 - N°1511 - Tribune - Page 130 - 878 mots Tribune Le

Point

par Bernard-Henri Lévy