Bilan des trois jours du sommet de Gênes: un mort, 600 blessés
Mégamanif et provocs en clôture du G8
Près de 200 000 militants antimondialisation ont défilé samedi, malgré les violences de la police et des casseurs.

Par ERIC JOZSEF

Le lundi 23 juillet 2001

Sommaire de l'Evénement

- Mégamanif et provocs en clôture du G8
- Raid policier sur le forum social
- Une leçon pour les puissants
- Bonnes intentions (éditorial)
- Génération justice sociale
- Carlo mort à 23 ans, Mario meurtrier à 21 ans
- Effet de serre, dette... le bilan du sommet est maigre
- Les huit dénoncent «une minorité violente»

 


«Vous avez déjà foutu le bordel hier, cassez-vous maintenant.»
Des militants communistes aux activistes violents

  Gênes envoyé spécial

Après la mort vendredi de Carlo Giuliani et les violentes batailles de rue entre les autonomes et les forces de police, le grand cortège de samedi devait être la fête des antimondialisation dans un esprit pacifique. Dès midi, samedi, des dizaines de milliers de personnes s'étaient rassemblées dans un florilège de couleurs représentant les centaines d'associations adhérant au Genoa Social Forum (GSF), des militants de Refondation communiste aux écologistes en passant par Attac ou des associations catholiques. Sur la place Gaetano-Alimonda, rebaptisée Carlo-Giuliani, des petits groupes déposaient au passage des fleurs à l'emplacement ou le jeune Italien a été tué.

Assaut. Rapidement les manifestants, dont certains portent un brassard noir, sont près de 200 000 sur le bord de mer. Mais, comme la veille, des petits groupes violents du Black Block sont déjà entrés en action dans plusieurs endroits de la ville. Certaines «tute nere» (les «tuniques noires» des casseurs du Black Block par opposition aux Tute bianche qui prônent la désobéissance civile) se sont mêlées à l'immense cortège qui s'ébranle sous une énorme banderole à l'adresse des chefs d'Etat et de gouvernement retranchés dans la «zone interdite»: «Vous G-huit, nous six milliards.» A l'approche de la foire de Gênes, au bout du corso Marconi, les affrontements s'intensifient. Les quelque 15 000 militaires et policiers appelés en renfort de toute l'Italie pour le G8 logent en effet dans les locaux de la foire de Gênes. Banques, agences de voyages et autres magasins sont pris d'assaut par les autonomes qui brûlent de nombreux véhicules. La police charge plusieurs fois, repoussant indistinctement militants pacifiques et petits groupes d'activistes violents. La tête de la manifestation décide de bloquer le défilé quelques instants. La tension est très forte dans les premiers rangs lorsque, dans les rues adjacentes, apparaissent des cordons de policiers appuyés par des engins blindés. «Assassins», crient les plus jeunes.

Paisible. Des militants communistes doivent hausser le ton pour empêcher des adolescents d'en découdre avec la police: «Vous avez déjà foutu le bordel hier, cassez-vous maintenant.» Après un dialogue extrêmement tendu entre Vittorio Agnoletto, le porte-parole du GSF, et le vice-préfet de police, la manifestation repart. Pendant près de deux kilomètres, c'est un cortège paisible, acclamé par des Génois du haut de leurs balcons, qui s'élance aux cris de «Gênes libre!» jusqu'à la place Ferraris. José Bové remonte au premier rang aux côtés d'Agnoletto et d'autres personnalités. «C'est une manifestation de masse, on ne peut pas nous identifier aux casseurs. La violence ne nous appartient pas», souligne Bruno De Vita, secrétaire général de l'Adusbef, une association de consommateurs. Au terme du défilé, l'ensemble du cortège observe une minute de silence avant de lancer un slogan: «Carlo est vivant, il lutte avec nous.»

«Nous n'avons pas beaucoup de recul par rapport à ce qui s'est passé vendredi mais nous portons tout de même un brassard noir aujourd'hui», explique Anne-Marie, une Toulousaine militant pour Attac et membre du service d'ordre pour éviter d'autres dérapages. «Hier, ils ont chargé les non-violents et laissé faire les "black blockers"», s'indigne-t-elle. Au moment de la dispersion, de nouveau la confusion s'installe. En retournant vers le centre-ville, une partie des non-violents croise les autonomes en queue de cortège toujours aux prises avec les pelotons antiémeutes. «Putain, ils s'en vont, y a tout de même un mec qu'est mort, on peut pas partir comme ça», s'énerve un anarchiste français.

Blitz. Jusqu'en début de soirée, Gênes est encore la proie de scènes de guérilla urbaine: des stations-service sont incendiées, un camion est brûlé. Le calme revient sur le port jusqu'au blitz nocturne au siège du GSF (voir ci contre). Le G8 s'achève sur un bilan tragique: un mort, près de 600 blessés, près de 80 commerces détruits. Pour sa part, Silvio Berlusconi a estimé que «le système de sécurité n'a pas montré d'importantes défaillances», avant d'ajouter: «C'est dommage que le message diffusé à l'opinion publique par la presse et la télévision ait été celui de la violence, des désordres et des protestations, car ce G8 a produit un bon travail.»



 

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