Carole Montillet

La neige du Vercors lui colle aux spatules !

Elle est sans doute la meilleure chance française de médaille, en ski alpin féminin, aux Jeux Olympiques de Salt Lake City. Carole Montillet, la femme fusée, multiplie les victoires sur les pistes du monde entier. Mais, passées les compétitions, elle revient toujours à Villard-de-Lans, où son fiancé, ses amies d’enfance et tous les habitants lui font une grande famille.

   « Quand je me marierai, ce sera à Villard ! », se jurait Carole Montillet, quand elle était adolescente. A l’époque, avec ses parents et sa sœur, elle avait migré du Vercors vers la Savoie, pour vivre à La Plagne, dans une station de haute altitude où les « espoirs » (les graines de champions) sont préparés aux compétitions internationales. Carole, 28 ans, ne s’est pas encore mariée, mais elle a réalisé ce grand rêve : avoir sa maison en Vercors, dans le hameau de Corrençon (Isère), à quelques foulées de Villard-de-Lans et au pied des montagnes parmi les plus sauvages de l’hexagone.

   Même en cette mi-janvier, à un mois seulement de l’ouverture des Jeux Olympiques d’hiver où elle portera les couleurs de la France, et alors qu’elle a déjà enchaîné, durant plusieurs semaines, les épreuves de championnat du monde, Carole garde une incroyable capacité à rire, à se détendre, à profiter des quelques jours qu’elle vient passer chez elle, auprès de son compagnon, Olivier, et de ses meilleures amies. Elle sait profiter de ces courts instants, pour organiser de chaleureux dîners avec toute sa compagnie, chez l’ami André Buisson, le chef cuisinier du « Tétras » -la meilleure table de Villard-, un skieur qui fit des étincelles il n’y a pas bien longtemps.

   A Villard-de-Lans, tout le monde connaît Carole et sa compagnie. Les « anciens » ont un sourire de tendresse, quand on évoque ces très jeunes gens, tous grands sportifs, tous très joyeux, qui ont fondé, en octobre dernier, le « Fan’ Club » de la championne. A la présidence du club, Nadège Locatelli, 29 ans, monitrice de ski, amie d’enfance de Carole, se souvient : « On était ensemble au club de ski des enfants de Villard. Puis, Carole, qui a très vite montré des capacités exceptionnelles, est partie s’entraîner aux clubs des Arcs et de La Plagne, en Savoie. Mais elle ne s’y est jamais faite et dès qu’elle a eu son permis de conduire, à dix-huit ans, elle est revenue ici, chaque week-end, avant de se réinstaller en Vercors quand elle a eu 22 ans. »

   Quand on demande à Nadège si vivre à Villard ne présente pas d’inconvénient pour l’entraînement de son amie, elle s’exclame : « Pour le sport, Carole a vérifié que, chez nous, les conditions pour le maintien de la forme sont idéales ! Où peut-on faire du vélo tout terrain et de la randonnée, mieux qu’ici ? » « Où peut-on vivre, mieux qu’ici ? », ajoutent, en chœur, les piliers du Fan’ Club de Carole Montillet. Ainsi, Anne Rouillon, secrétaire générale du club, elle aussi monitrice de ski, affirme que les performances de Carole tiennent pour beaucoup au plaisir et à l’équilibre que la championne trouve à vivre sous la protection de la Grande Moucherolle (2285 m). « Sa force lui vient de l’amitié qu’elle entretient avec Nadège Locatelli et Sandra Sauvajon, ses complices d’enfance, mais aussi avec son premier entraîneur, Eric Tessier, dit Tixou, et avec André Buisson, Annie Breyton, Andrée Achard, Patrick Barrat, Benjamin Cueir, Michel Bouvier, Frédéric Chabert… » Au-delà de ce premier cercle, le Fan’ Club très familial de Carole Montillet regroupe quelque deux cents personnes, presque toutes citoyennes de Villard, mais certaines habitant tout de même en Bretagne, dans le Var et même en Italie.

   Pour Carole Montillet, la création du Fan’ Club, l’automne dernier, fut une très heureuse surprise. Certes, elle bénéficiait déjà de l’affection de Nadège et des parents Locatelli, qui l’ont hébergée pendant quatre ans, à chaque fois qu’elle débarquait à Villard.  Certes, ses nombreux amis du village lui ont toujours témoigné leur admiration. Mais, la création du club a donné une forme solide à toute cette chaleureuse attention. « L’association, c’est une confirmation de leur attachement, confie Carole. C’est une façon très claire, très forte, de me dire : on est là, on te soutient, quand tu gagnes, mais surtout quand ça ne marche pas… »  Lors d’une récente déconvenue, début décembre, à la suite d’une chute dans un slalom, à Val-d’Isère (Savoie), la présence de nombreux membres du club à l’arrivée de l’épreuve fut un grand réconfort. La championne raconte : « Il y en avait une (de ses amies) qui criait : c’est pas grave, Carole, c’est pas grave !  J’ai tout de suite retrouvé le sourire. »

   Carole Montillet est portée par ses amis. Et réciproquement. Anne Rouillon, qui est pourtant son aînée d’une dizaine d’années, en témoigne : « Carole est très maternelle. Quand on lui demande comment elle va, elle vous retourne aussitôt la question. Elle s’intéresse bien plus aux autres qu’à elle-même, avec générosité et tempérament. » Sans doute est-ce un écho de ce que la jeune femme reçoit de l’immense nature du Vercors, où elle s’immerge dès qu’elle peut. Certainement, est-ce aussi un héritage d’esprit, puisque -nous dit-elle- les gens de Vercors sont ainsi faits : « Ils ont le cœur ouvert à l’autre ; ils sont passionnés d’humanité. » Carole cite l’exemple du club de ski de Villard, « où les anciens, qui ont la trentaine, skient solidairement avec les gamins de onze ans, sous la conduite des mêmes entraîneurs ».

   Ce goût villardien de la vie en bonne compagnie, c’est Nadège qui raconte très vite ses projets d’installation définitive au pays, quand elle sera remonté du proche Royan. C’est Anne Rouillon qui parle de Carole comme d’une « artiste ». C’est André Buisson qui emmène ses fils, des fonceurs déjà !, skier dans la neige poudreuse, à travers la forêt où le lynx suit les traces du lièvre ou du chevreuil, et qui se souvient de « Carole, Nadège et Sandra, ces trois copines inséparables, ces trois petite filles marantes qui étaient les étoiles du club de Villard ».

Antoine Peillon, à Villard-de-Lans, le 11 janvier 2001

 

Villard-de-Lans, mémoire et montagne

   La Maison de Villard-de-Lans, cette jolie bâtisse du siècle dernier, abrite un passionnant musée des arts et traditions du Vercors. Une salle est consacrée à l’histoire des sports d’hiver dans le pays. On y découvre que les toutes premières compétitions de ski y ont été organisées en 1909. On s’y souvient, aussi, qu’Emile Allais gagnait, en 1935, la descente de la Cote 2000, la plus haute piste de Villard-de-Lans, devant plus de 8000 spectateurs, et qu’un certain Edouard Pouteil-Noble, éleveur, participa aux Jeux Olympiques d’hiver de 1924 (Chamonix) et de 1928 (Saint-Moritz). A l’époque, les champions montaient à pied jusqu’au départ des pistes, les skis sur les épaules…

Fan’ Club de Carole Montillet : Club des sports, Chemin de la Patinoire, 38250 Villard-de-Lans, tél. 04 76 95 96 20