mardi 26 novembre 2002, 12h42

La CGT et la CFDT tirent à boulets rouges sur Force ouvrière

PARIS (Reuters) - Les secrétaires généraux de la CGT et de la CFDT critiquent durement le comportement de Force ouvrière, accusée de brouiller volontairement le jeu syndical alors que se multiplient les conflits sociaux à deux semaines des élections prud'homales du 11 décembre.

"Les routiers sont victimes d'une tromperie", affirme le patron de la CFDT François Chérèque mardi dans une interview aux Echos. "Ils ont l'impression d'avoir été lâchés par plusieurs organisations syndicales alors qu'ils étaient dans une dynamique de l'action."

Force ouvrière, qui n'était pas partie prenante initialement dans les revendications des routiers, a rejoint le mouvement lancé par les deux fédérations CGT et CFDT majoritaires dans la profession pour finalement signer un accord avec le patronat, dimanche soir, avec trois autres syndicats minoritaires.

Plus globalement, François Chérèque juge l'attitude de Force ouvrière "stupéfiante".

"Dans la Fonction publique d'Etat, FO joue la surenchère et appelle aujourd'hui à une grève préventive à propos d'une réforme, celle des retraites, qui n'a pas encore eu lieu", souligne le secrétaire général de la CFDT.

"Dans le secteur privé, où sa représentation est limitée, FO pratique la sous-enchère main dans la main avec le patronat routier, alors que la majorité des salariés sont au smic dans des conditions de travail difficiles", ajoute-t-il.

Lundi, le secrétaire général de la CGT Bernard Thibault avait eu pour son homologue de Force ouvrière, Marc Blondel, des mots tout aussi durs. Marc Blondel, avait-il estimé lors d'un déjeuner de presse, sait bien qu'il ne peut mener une grève générale et cherche en fait à saper toute action syndicale unitaire.

DISCOURS ALARMANTS

Evoquant la journée de mobilisation des cheminots mardi, que FO s'est attachée à élargir à tout le service public, Bernard Thibault avait ironisé: "Blondel a craint pour la visibilité de la manifestation du fait de la CGT (largement majoritaire à la SNCF) alors il a cherché un autre exercice; je le comprends."

Marc Blondel, avait-il notamment ajouté de manière sibylline en évoquant l'attitude de FO dans le conflit des routiers, "a un agenda très chargé en rencontres ministérielles".

A la CGT, on rappelle volontiers que la Confédération des syndicats libres (CSL) - considérée depuis sa création dans les années 1970 comme un "syndicat jaune" et anti-cégétiste - a appelé le mois dernier ses militants à rejoindre Force ouvrière.

Dans ses discours, Force ouvrière est cependant alarmant sur la situation sociale en France, notamment en ce qui concerne les retraites.

Le 3 novembre, Marc Blondel n'avait pas exclu un début d'année 2003 très tendu sur le front social et une grève dure sur la Sécurité sociale. "Il y a des moments où il faut se faire entendre", avait-il renchéri deux jours plus tard, lors d'un meeting à Paris pour lancer la campagne des prud'homales. "En 1995, je disais que 'la Sécurité sociale vaut bien une grève'; aujourd'hui, j'ai bien envie de redire la même chose."

Comme lors des élections prud'homales précédentes, l'abstention constitue la principale menace pour les confédérations syndicales. En 1997, seuls 34,4% des salariés avaient voté et, selon un récent sondage CSA-Liaisons sociales, ils pourraient n'être que 31% le 11 décembre.

Selon ce sondage, le rapport des forces syndicales devrait être maintenu lors du prochain scrutin, la CGT restant de loin la première confédération avec 33% des intentions de vote, devant la CFDT (24%) et Force ouvrière (20%).