mardi 26 novembre 2002, 17h17

Grèves et manifestations pour le service public, les transports perturbés

PARIS (AFP) - Quelque 70.000 à 80.000 personnes, selon la CGT, 30.000 selon la police, manifestaient mardi à Paris pour la défense des services publics, tandis que plus de 30.000 autres défilaient en province et que des grèves affectaient les transports.

Dans le secteur aérien, le trafic était très affecté par la grève, notamment à l'appel des contrôleurs aériens. Seuls 22% des vols étaient maintenus à l'aéroport de Roissy-Charles de Gaulle et 17% à l'aéroport d'Orly. Les aéroports du grand est parisien étaient quasiment paralysés.

Dans les transports urbains, le trafic a été perturbé pendant une partie de la matinée à Paris sur plusieurs lignes de métro, et les transports en commun étaient très touchés par la grève à Toulouse, Bordeaux, Marseille et Lyon notamment.

A Paris, environ 70.000 à 80.000 manifestants, selon la CGT, 30.000 d'après la préfecture de police, principalement des cheminots, qui avaient commencé à se rassembler dès 11H00 place Denfert-Rochereau (XIVe arrondissement), se sont mis en marche peu après 13H30 en direction de Sèvres-Babylone (VIIe).

Dans le carré de tête de la manifestation parisienne, on pouvait reconnaître notamment Bernard Thibault, secrétaire général de la CGT, Alain Olive, secrétaire général de l'Unsa, Jacky Dintinger, secrétaire général de la CFTC, et les responsables des fédérations de cheminots.

La banderole de tête signée des Fédérations de cheminots CGT, CFDT, CFTC, Sud Rail, Unsa, Fgaac, mais pas FO, affichait un long texte: "Avec les cheminots actifs et retraités, pour exiger des moyens humains matériels et financiers, l'augmentation des salaires et des pensions, le maintien et l'amélioration du système de retraites par répartition, un statut de qualité et pour s'opposer aux directives de libéralisation".

M. Thibault (CGT), interrogé par l'AFP, a mis en cause "les décisions budgétaires, politiques" du gouvernement et qui "visent à réduire, certains diront à dégraisser, les effectifs avec pour conséquence une réduction des services publics et des atteintes à la cohésion sociale".

FO a fustigé dans un communiqué "les annonces successives du gouvernement en matière de protection sociale - sécurité sociale et retraites -, la privatisation et la libéralisation des services publics qui en sont le prélude".

Trois anciens ministres socialistes du gouvernement Jospin, Daniel Vaillant, Elisabeth Guigou et Ségolène Royal, qui ont tenté de rejoindre le carré de tête "pour saluer les organisations", n'y sont pas parvenus et ont attiré les huées de la foule. Un début de bousculade a nécessité l'intervention du service d'ordre.

La mobilisation des cheminots a cristallisé les inquiétudes d'autres salariés du secteur public et nationalisé. Les syndicats avaient appelé à manifester, outre les salariés d'Air France, les agents de la fonction publique (secteurs de la défense, des hôpitaux et de la protection sociale), des sociétés d'autoroutes ou encore les travailleurs à domicile.

Des salariés de la Poste et de France Télécom, 2.000 selon la CGT, ont manifesté à 10H00 devant le ministère des Finances avant de rejoindre le cortège principal. A France Télécom, 43% de grévistes étaient comptabilisés à la mi-journée, et 21,9% à la Poste.

Les neuf syndicats d'Air France avaient par ailleurs appelé à rejoindre la manifestation des cheminots "pour la défense du service public et contre les privatisations".

De nombreuses manifestations ont rassemblé en province plus de 30.000 personnes, selon un décompte fait par l'AFP à partir de sources policières. Les manifestants étaient notamment 6.500 à Toulouse, 5.000 à Rennes, 4.000 à Nantes.

mardi 26 novembre 2002, 18h02

Plusieurs milliers de manifestants du service public à Paris

PARIS (Reuters) - Plusieurs dizaines de milliers de personnes - 30.000, selon la police, de 60.000 à 80.000, selon la CGT - ont manifesté mardi après-midi à Paris dans le cadre de la journée d'action pour la défense du service public et des retraites.

Le défilé a été marqué par un incident, trois dirigeants socialistes, notamment l'ancienne ministre des Affaires sociales Elisabeth Guigou, ayant été conspués par des manifestants.

Bernard Thibault, secrétaire général de la CGT, a salué la "réussite" de cette mobilisation. "Ça confirme combien le mécontentement est grand. C'est plus qu'une mise en garde, le gouvernement doit réviser ses choix et négocier sur d'autres bases", a-t-il dit.

"C'est une amplification de la mobilisation après la manifestation du 3 octobre. Nous avons à gagner en unité, en mobilisation. On verra si on est entendu, c'est un message très clair à l'adresse au gouvernement", a-t-il ajouté.

Pour Didier Marchat, de Sud-Rail, qui s'est félicité que l'unité syndicale se soit faite chez les cheminots, "c'est une réussite, un avertissement à l'adresse du gouvernement pour les retraites, le statut des fonctionnaires, les projets de privatisation, l'ouverture à la concurrence".

La manifestation s'est ébranlée peu après 13h30 de la place Denfert-Rochereau où les cheminots, à l'origine du défilé, étaient venus en force - au nombre de 52.000, selon Bernard Thibault. Le défilé s'est dirigé vers Sèvres-Babylone, non loin de l'hôtel Matignon, où la tête de cortège a commencé à se disloquer dans le calme peu avant 16h00.

Outre les cheminots, de nombreuses délégations d'autres services publics ou d'entreprises d'Etat participaient à cette manifestation, chacune avec ses revendications: salariés d'Air France, de La Poste, de France Télécom ou encore de la RATP, agents hospitaliers ou encore de l'équipement, employés de France 3.

Trois responsables du Parti socialiste, Elisabeth Guigou, Ségolène Royal et Daniel Vaillant, se sont placés en tête du cortège mais ont été conspués par des manifestants qui ont scandé: "PS, récupération !".

GUIGOU INSULTEE

Daniel Vaillant et Ségolène Royal se sont éclipsés mais l'ancienne ministre des Affaires sociales, restée répondre aux questions des journalistes, a été vivement prise à partie verbalement par des cheminots. Des membres du service d'ordre de la CGT ont réussi à la conduire dans un hall d'immeuble, en attendant que les esprits se calment, et elle a finalement pu quitter les lieux, ont rapporté des témoins.

Une immense banderole déployée en tête du cortège réclamait "des moyens humains, matériels et financiers", "l'augmentation des salaires et des pensions", "le maintien et l'amélioration du système des retraites par répartition" et "un statut de haut niveau".

Le sigle de FO n'apparaissait sur cette banderole mais Marc Blondel, son secrétaire général, était dans le cortège.

"Dans l'intérêt des usagers et salariés, renationalisation d'Air France", proclamait la banderole des salariés de la compagnie aérienne.

Même discours du côté des agents d'Electricité de France. "Bien sûr, nous nous opposons à l'ouverture à la concurrence", a dit à Reuters Jean-Charles Kermin, délégué CGT des électriciens et gaziers. "Si elle voit le jour, ce sera la fin du service public. Un retour au monopole est la seule solution pour les usagers et les salariés."

"Juppé, les cheminots t'ont fait plier, Raffarin, les cheminots te bouteront le train", lisait-on sur une banderole de la CGT, allusion aux grandes grèves de la fin 1995 qui avaient mis en difficulté le gouvernement d'Alain Juppé.

"Halte à la casse", disaient des autocollants de Sud-Rail.

Sur le parcours, des cheminots ont allumé des torches d'alarme, utilisées sur le réseau ferré en cas de danger grave.

"Stopper les privatisations, sortir de la domination des marchés financiers", exigeait une banderole du Parti communiste.

"La SNCF va être divisée en plusieurs morceaux, il y a de grosses menaces de privatisation. Si Raffarin continue et ouvre cette voie, il trouvera les cheminots sur son chemin", a prévenu Christian Lasson, délégué CGT venu de Saint-Dizier, dans l'est de la France.