La solidarité contre la précarité !

Réunis en Conférence nationale, au centre de formation confédéral de Courcelle-sur-Yvette (Essonne), les 3 et 4 octobre 2002, les

journalistes CGT (Snj-CGT) ont décidé de poursuivre et d'amplifier leur campagne 2002

"la solidarité contre la précarité" et de s’allier, pour cette action syndicale, avec d’autres fédérations (Radio-Télévision, Spectacle, Livre...), sous la responsabilité d'Antoine Peillon, journaliste et représentant de la CGT au Comité d'entreprise de Bayard Presse, membre du Bureau national du Snj-CGT, arbitre à la Commission arbitrale des journalistes.

Le 24 juin dernier, le Snj-CGT adressait un questionnaire à toutes les entreprises de presse écrite et audio-visuelle, ainsi qu’à la plupart de nos délégués et représentants agissant dans ces entreprises. Cette série de trente et une questions portait sur, d’une part (21 entrées), les droits et acquis sociaux des journalistes rémunérés à la pige, d’autre part (10 questions), sur ceux des correspondants locaux de presse (CLP) dans les quotidiens et périodiques régionaux. Toutes ces questions ont été listées à partir de la Convention collective des journalistes, de la jurisprudence et des rares accords d’entreprise signés en faveur des journalistes rémunérés à la pige.

Ce questionnaire était accompagné d’un courrier « incitatif » à l’adresse des présidents des sociétés visées, dont voici l’essentiel : « Le Snj-CGT constate depuis quelques mois une disparité croissante, selon les entreprises, des conditions de travail réservées aux journalistes rémunérés à la pige et une relativité tout aussi inquiétante du respect des droits de ces mêmes salariés précaires. Aussi, en vue d’une prochaine publication nationale dressant un constat de la situation sociale des journalistes rémunérés à la pige, entreprise par entreprise, et souhaitant y indiquer des faits qui soient exacts et précis, nous nous permettons de vous adresser ce questionnaire afin que vous puissiez y consigner (...) les dispositions dont bénéficient les journalistes que vous employez à la pige. (...) Il va de soi que ce même questionnaire est soumis, pour procéder au recoupement indispensable qui s’impose en matière d’information, à nos représentants dans votre entreprise. Il va aussi de soi qu’une non-réponse (ou un refus de répondre) de votre part sera enregistré et indiqué lors de la publication des résultats de notre enquête nationale... »

L’incitation a visiblement été... incitative. Dès la mi-septembre, nous avons reçu des dizaines de réponses retournées par les directions des entreprises auxquelles nous nous étions adressés et de « recoupements » établis par nos camarades. Si quelques réponses des entreprises se sont avérées peu sincères, l’ensemble des autres permet, d’ores et déjà, de dresser un constat inquiétant quant aux pratiques sociales de la presse, quelque soit le type d’entreprises (télé, radio, agences, quotidiens nationaux ou régionaux, hebdos départementaux, magazines...) contactées.

En effet, si presque tous les employeurs disent faire mention de la qualité de journaliste professionnel sur les bulletins de paie établis pour le paiement des piges, et donc payer la cotisation à l’ANEP « pigistes », le 13e mois (souvent avec chaque pige et non pas une ou deux fois l’an), beaucoup n’hésitent pas à signaler qu’ils ne remboursent pas les frais professionnels (46,8%), n’établissent pas de bons de commande, ne réévaluent pas le montant des piges en fonction de l’augmentation annuelle collective des autres salariés, ne permettent pas l’accès au « 1% logement », à la formation professionnelle... Plus grave encore, ils ne sont que 26% à accepter l’inscription des journalistes rémunérés à la pige sur les listes électorales (CE et DP) en tant qu’éligibles, de même que 24,4% des entreprises seulement maintiennent une rémunération (complémentaire du versement sécu) en cas de congé maladie ou maternité !

Ce dernier constat confirme, on ne peut plus clairement, combien la précarité sociale a des conséquences souvent dramatiques sur les aspects les plus vitaux de l’existence. Est-il besoin de rappeler ces dizaines d’études sociologiques et médicales qui ont démontré, depuis une trentaine d’années, que la précarité est un facteur majeur de mauvaise santé et même de surmortalité (synthèse complète à l’adresse internet : www.cgtbayard.org/mortel.htm) ? D’ailleurs, lors de notre Conférence nationale des 3 et 4 octobre, plusieurs interventions ont souligné que le premier enjeu d’une campagne syndicale contre la précarité est tout simplement la « dignité » humaine. C’est aussi en ces termes que le secrétaire général du SNRT (fédération du Spectacle), longuement rencontré le 10 septembre dernier, s’exprimait, lors d’un premier contact en vue de lancer des actions communes.

Conscients de l’importance de la lutte contre toutes les précarités [lire « Les formes (infinies) de la précarité », dans Témoins de septembre 2002, pp. 14 et 15], les journalistes CGT ont décidé de prolonger le questionnaire portant sur les « droits des pigistes et des correspondants locaux de presse » à toutes les entreprises de presse, en lançant de nouvelles actions : étude économique et sociologique sur les « pigistes », publication d’un guide juridique et pratique  la pige, édition d’un « livre noir de la précarité dans la presse », organisation d’un forum « précarité » à Montreuil, déclenchement de procédures judiciaires... De plus, le Snj-CGT met en place, avec la Fédération du Spectacle,  un groupe de travail sur la précarité. Nous vous tiendrons bien sûr au courant, au coup par coup, de l’avancement de la campagne « La solidarité contre la précarité ! » à laquelle nous vous invitons à participer.

Antoine Peillon