Déclaration de la CGT au CE du 26 novembre 2002

 

   Voici donc le sort que le Directoire a décidé pour Terre sauvage, ce titre qui est l’honneur de l’entreprise : en faire une filiale (Bayard Nature et Territoires - BNT) d’une filiale (Bayard Service Edition – BSE) de Bayard Presse ; délocaliser la réalisation (rédaction, prépresse, fabrication, commercial…) à Chambéry (Savoie) ; démobiliser l’essentiel de l’équipe rédactionnelle actuelle… Ce projet, présenté par la Direction devant le Comité d’entreprise, au mépris des règles légales concernant l’obligation d’information et de consultation sincères des élus des salariés (lire, page suivante, notre déclaration du 24 octobre), signe, d'évidence, l'arrêt de mort de Terre sauvage, dans la forme où il s’est distingué pendant plus d’une quinzaine d’années en tête des magazines sur la nature.

 

   De fait, l’idée maîtresse de la Direction de Bayard est d’associer le futur éditeur « régionalisé » de Terre sauvage (BNT) avec des « partenaires » associatifs, commerciaux et institutionnels (Conseils régionaux ou généraux, parcs naturels régionaux, parcs nationaux…), pour réaliser des publications communes, « limitées à un territoire » (dossiers, tirés à part, hors série…), ce qui, de toute évidence, pose un problème déontologique d’indépendance éditoriale et rédactionnelle. Celui-ci a été clairement expliqué par des journalistes de Terre sauvage, lors de l’Assemblée générale du jeudi 21 novembre.

   Pour la CGT, le choix de filialisation, de délocalisation et de démembrement rédactionnel de Terre sauvage n’est justifié, aujourd’hui, par aucun argument rationnel. La Direction de Bayard a répété plusieurs fois, devant les élus et représentants syndicaux du CE, qu’il s’agit de la « dernière chance » du titre, sans produire pour autant le moindre business plan pour la nouvelle configuration du titre. Seule certitude : les effectifs de Terre sauvage passeraient de 13 salariés en CDI, 1 en CDD et plus de 6 journalistes rémunérés régulièrement à la pige (sans parler d’une quinzaine d’autres, moins réguliers), à 8 salariés permanents (dont deux « stagiaires » !), plus 4 « consultants extérieurs » au statut socioprofessionnel indéterminé…

 

   De leur côté, les représentants des salariés ont démontré que le chiffre d’affaires de Terre sauvage a progressé de 10,1% entre le « réalisé » 2001 et celui de 2002, que la diffusion payée (93 270 ex. en moyenne mensuelle) a progressé de 2,61% dans la même année, alors que Géo, par exemple, subissait une érosion de sa diffusion payée de l’ordre de 4,47%… Ces chiffres sont la meilleure preuve possible du potentiel de développement de Terre sauvage dans sa formule actuelle, d’autant qu’aucune campagne de promotion n’est venue soutenir le titre ! En revanche, nous avons relevé que le chiffre d’affaires publicitaire du magazine a connu, en 2001-2002, paradoxalement, une chute vertigineuse de 31,9% !

 

   Il ne faut pas être grand sorcier pour comprendre que c’est, en fait, uniquement sur ce dernier point que le bât blesse. Les élus et représentants syndicaux du CE ont fait le diagnostic complet du problème, en mai dernier. A l’époque, la direction de Terre sauvage avait d’ailleurs l’air de partager, enfin, ce point de vue. Fin juin 2002, elle relevait que « la chute du nombre de pages de publicité de 2000-2001 s’est lourdement accentuée », avant d’affirmer « la priorité d’action en la matière ». Elle indiquait même qu’« un projet de régie intégrée sur Terre sauvage a été présenté au Directoire le 12 juin », qui comportait « le recrutement de deux commerciaux à temps plein et d’une assistante à mi-temps, dans le but d’atteindre, avec une montée progressive du nombre de pages, un chiffre d’affaires de 5 MF en 2003, 6 MF en 2004 »…

 

   Mais, visiblement, ce bel enthousiasme fut de courte durée. Depuis l’été dernier, une décision sans appel du Directoire a finalement édicté qu’aucun investissement supplémentaire ne sera fait sur Terre sauvage et que ce titre, qualifié –non sans mépris- de « contemplatif », fera mieux d’aller agoniser ailleurs, loin de la jungle de la rue Bayard, au pied du massif des Bauges où, paraît-il, on entend à nouveau le hurlement des loups.