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Le pari d'Elias Sanbar, par Claude Klein

LE MONDE | 01.02.01 | 16h26 | analyse
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Al'égard d'Elias Sanbar je ne ressens que considération et respect. C'est précisément la raison pour laquelle il m'est apparu impérieux de répondre à son point de vue «  Un spectre hante Israël  » (Le  Monde du 25  janvier) dont la hauteur de vue n'aura échappé à personne.

A l'encontre de certains partisans parisiens de la cause palestinienne, Elias Sanbar nous tend la main et nous propose un rendez-vous de réconciliation et de paix dont la sincérité ne saurait être mise en cause. Il ne s'érige ni en juge ni en donneur de leçons. Spectateur autant qu'acteur de la tragédie qui se déroule au Proche-Orient, il voit bien, tout comme nous le voyons ici, en Israël, que l'Histoire nous offre une occasion, peut-être unique, de briser le cercle infernal de la haine et de la violence pour imaginer une véritable coexistence. Et si par malheur nous n'étions pas en mesure de la saisir, c'est à un nouveau cycle de guerres, d'attentats et de destructions auxquels nous aurions tous à faire face. Nous voici donc, Palestiniens et Israéliens, face à nos responsabilités historiques.

Si je l'ai bien compris, Elias Sanbar invite en quelque sorte les Israéliens, à commencer par ceux qu'il considère comme «  les plus pacifistes  » à franchir un dernier pas pour parvenir à la véritable paix, au-delà des déclarations politiques et des textes juridiques.

Pour y parvenir, les Israéliens doivent (avec les Palestiniens) créer d'abord les «  conditions de la fin de l'occupation  » qui, «  quoique extrêmement difficiles à mettre en œuvre (selon Sanbar) sont évidentes  »  : démantèlement des colonies, retrait de tous les territoires occupés, dont Jérusalem-Est, naissance d'un Etat palestinien indépendant et souverain. Mais, selon Sanbar, à supposer même que ces conditions soient réunies, elles n'en signifieraient pas pour autant la fin du conflit. Pour y parvenir, il faudrait encore résoudre la question des réfugiés en reconnaissant leur droit au retour.

Pour la gauche israélienne, celle-là même à laquelle s'adresse Sanbar la plupart des conditions évoquées ne posent guère de problèmes. Le retrait des territoires, le démantèlement des colonies (de toutes les colonies), la création d'un Etat palestinien indépendant et souverain paraissent aller de soi.

Je dirai cependant un mot à propos de Jérusalem-Est. Que la ville arabe de Jérusalem passe sous contrôle palestinien paraît tout aussi évident. Et cependant, on me permettra de ne pas passer sous silence (ce que fait Elias Sanbar) la question du Mur occidental et surtout celle de l'esplanade du Temple (ou des Mosquées), tant il lui paraît avéré qu'Israël ne saurait y avoir aucune part. Et tout comme Sanbar a voulu montrer que le refus israélien de reconnaître un quelconque droit au retour (des réfugiés Palestiniens) acquiert une signification allégorique (celle du refus de reconnaître l'Autre, c'est-à-dire le Palestinien), je me dois de lui dire que le nouveau discours palestinien qui n'hésite pas à mettre en cause jusqu'à la réalité de la présence du Temple (qu'il s'agisse du premier Temple ou du second) sur l'esplanade a très précisément la même signification.

Symboliquement, ce nouveau discours palestinien (sur lequel Arafat revient souvent) signifie en réalité que la présence juive à Jérusalem est dépourvue de toute légitimité.
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Ce discours-là, Elias Sanbar, est pernicieux. L'esplanade du Temple (le mont du Temple) est désormais qualifiée (dans les langues européennes) d'esplanade des Mosquées. Déjà, pour que nul ne puisse s'y tromper, le recours à l'appellation arabe Haram  El  Sharif commence à se répandre. Bientôt, certains ne manqueront pas de se demander de quel droit les juifs y revendiquent une quelconque présence.

Quant à l'idée qu'ils puissent vouloir prier sur la montagne du Temple, elle semble toucher au sacrilège (heureusement d'ailleurs qu'il existe une interdiction juive orthodoxe à cet égard). Ne voit-on pas ces jours-ci, le Waqf, l'autorité musulmane en charge de l'administration de l'esplanade, y multiplier inconsidérément des travaux dont l'une des conséquences est d'effacer toute trace archéologique du Temple, comme pour effacer une Histoire trop juive.

La lecture du compte rendu des négociations malheureuses de Camp David (dans le dernier numéro de la Revue des Etudes palestiniennes que dirige Elias Sanbar) est plus qu'édifiante  : à deux reprises au moins (p.  11 et p.  13), Akram Haniyyé, auteur du rapport, souligne même typographiquement (avec des points de suspension et un point d'exclamation) d'une part la demande des Israéliens d'aller prier sur l'esplanade des Mosquées et, d'autre part, le fait que «  le Temple de Salomon se trouvait bel et bien sous la mosquée du Haram  El  Sharif  !  ».

On voit bien que si l'on parvenait ainsi à ébranler dans les esprits la réalité de ce lien qui paraissait pourtant bien évident depuis vingt  siècles, on ne serait plus éloigné de la remise en cause de la moindre forme de légitimité juive sur cette terre.

Et pourtant, Elias Sanbar, il se trouve des Israéliens – encore bien minoritaires certes – pour accepter d'envisager même cela. Et cependant, il apparaît même que la renonciation à ce symbole que représente la montagne du Temple ne sera pas suffisante. Vous nous demandez maintenant de nous lancer dans une autre aventure et de prendre un pari dont je crois qu'il n'est pas inutile de rappeler les termes.

Avant même d'envisager la question des réfugiés, je tiens à dire qu'il n'est pas question pour moi de me lancer dans les vaines controverses d'autrefois sur l'origine du problème des réfugiés. Souvent expulsés, parfois partis de leur plein gré  : j'accepte sur ce point l'analyse d'auteurs comme Benny Morris auxquels Sanbar fait allusion dans son texte, laquelle est d'ailleurs plus nuancée que l'on ne pense.

Mais d'abord, fixons les ordres de grandeur. Israël compte aujourd'hui un peu plus de 6,2  millions d'habitants dont 1,1  million d'Arabes. Pour Elias Sanbar il y aurait 4  millions de réfugiés. Point n'est besoin d'être démographe pour faire l'addition et en comprendre la signification. Mais voici le pari. D'abord, l'honnêteté intellectuelle (indiscutable) de Sanbar qui, à propos de l'escalade des revendications palestiniennes, écrit  : «  Je sais aussi que le risque qu'ils (les Israéliens) appréhendent existe  », mais qui nous demande d'avoir confiance, «  puisqu'il n'y a pas d'autre issue que de le courir  ». Sur quoi se base cette confiance  ? Quel est le risque  ?

Le pari apparaît au détour d'une phrase, au creux d'un raisonnement  : « le droit au retour est un droit inaliénable, non un droit à immigrer dans un pays donné. Ce droit n'est donc pas négociable, mais son application, sa mise en pratique le sont, dès lors que ce droit est reconnu  ». Je le dirai simplement et peut-être même brutalement  : Elias Sanbar avance qu'il serait erroné de présenter l'application du droit au retour «  comme forcément maximaliste  » (comme le fait selon lui Israël). Israël refusera donc d'accepter d'être noyé sous le raz de marée des réfugiés. En clair, nous dit Sanbar  : ne craignez rien, il n'est pas question de voir quatre  millions de réfugiés palestiniens vouloir s'installer en Israël. Il ne s'agirait au mieux que d'une affirmation de principe dont l'acceptation serait de nature à induire le pardon à Israël que seule sa victime, le peuple arabe de Palestine, peut donner. Alors ce peuple palestinien «  démuni, occupé et persécuté sera au rendez-vous de la réconciliation et de la paix  ».

On m'avait appris autrefois que si l'on voulait s'engager dans la voie des paris, il était une règle qu'il fallait absolument respecter  : ne jamais parier sur l'essentiel, sur sa vie par exemple. Elias Sanbar, c'est très précisément cela que vous nous demandez. Je ne doute pas un seul instant de la sincérité de votre propos. J'admire la noblesse des sentiments. Votre ton m'émeut souvent. Mais vous me demandez autre chose. Il n'y a d'ailleurs même pas de symétrie dans la demande. La souffrance palestinienne a été réelle. Elle l'est malheureusement toujours. Mais, vous le dites d'ailleurs clairement  : le peuple palestinien est bien debout. Il le restera. Quel risque devons-nous prendre pour envisager le pardon que vous suggérez  ? Croyez-vous vraiment qu'il comporte la certitude d'un Israël debout  ? Imagine-t-on un homme d'Etat israélien capable de s'engager dans un tel pari  ? Oui, Elias Sanbar, un spectre hante Israël, mais c'est celui de sa survie

Claude Kleinest professeur de droit constitutionnel à l'Université hébraïque de Jérusalem.


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