M. Théo Klein est une personnalité éminente et respectée de
la communauté juive. C'est un esprit libre et indépendant. Il
exprime (Le Monde du 6 septembre) des idées qui lui sont
personnelles. Il a quitté les fonctions de président du Conseil
représentatif des institutions juives de France il y a douze ans. Il
ne parle ni au nom du CRIF, ni au nom des institutions qui en sont
membres, ni au nom des anciens présidents du CRIF.
J'apprécie dans son texte l'appel à des sentiments nobles et à
l'intelligence. Il a raison de conseiller d'abattre le mur de la
haine. Mais ses idées se situent à un niveau de réflexion différent,
malheureusement, des réalités actuelles. Elles sont éventuellement
anticipatrices.
En fait, Théo Klein reprend les idées et les offres généreuses
d'Ehoud Barak, refusées en juillet 2000 par Yasser Arafat. Pour
l'avenir, bien sûr, je le répète, ces idées pourront peut-être
devenir réalité.
Mais le gouvernement israélien, comme toutes les organisations
responsables, et comme le CRIF, doit affronter la réalité présente.
Il faut être deux pour faire la
paix.
Qualifier la politique du gouvernement israélien, qui se trouve
être un gouvernement d'union nationale, d'absurde, d'insensée, de
brutale, était excessif. Excessif et, de surcroît, inopportun en
pleine folie de Durban.
Que dirait-on si les dirigeants israéliens n'avaient pas mesuré
leurs ripostes ?
La naissance d'un Etat palestinien était sous-jacente aux accords
d'Oslo. Ce n'est pas le problème du jour. Le problème, c'est le
refus actuel des Palestiniens d'une coexistence avec les Israéliens,
voire de l'existence même de l'Etat d'Israël, refus qui s'exprime
avec violence sur le terrain et qui s'est exprimé à Durban. Le
problème, c'est qu'Arafat n'a jamais quitté son uniforme, même pour
recevoir le prix Nobel de la paix. Pourquoi ?
Arafat pouvait depuis 1993 changer l'enseignement des manuels
scolaires palestiniens. Il ne l'a pas fait. Pourquoi ?
Il sait que son exigence du droit au retour des réfugiés, et de
leurs descendants, est perçue par les Israéliens comme inacceptable
car elle traduit la volonté de transformer Eretz Israël en Eretz
Ismaël.
C'est lui qui a fait élire Sharon en refusant les immenses
concessions proposées par Barak à Camp David et à Taba. Arafat a
refusé la paix à Barak comme il la refuse à Sharon.
C'est Arafat qui a transformé sciemment la conférence de Durban
en un gigantesque tribunal planétaire antijuif. Il ne cesse
d'essayer de faire glisser le conflit territorial du Proche-Orient
vers une guerre de religion, au risque d'enflammer la terre
entière.
Il conduit son peuple vers le malheur, alors qu'une coexistence
harmonieuse est possible, souhaitable, nécessaire, et voulue par les
Israéliens.
On peut vouloir peindre un loup en rose. Il reste un loup.
Je rêve, comme Théo Klein, qu'un coup de baguette magique puisse
changer la guerre en paix. Malheureusement, il faut affronter les
réalités, et elles ne sont pas roses.
Roger Cukierman est président du
CRIF.