Déclaration de la CGT

au Comité d’entreprise du jeudi 11 janvier 2001

 

   Toutes les dénégations de la direction, et de vous-même, M. le Président (Alain Cordier), CE après CE, et jusque lors des vœux du Directoire présentés cette semaine, n’y auront rien changé. Nous y voici donc, enfin, devant ce vaste plan social dont la CGT a connaissance depuis le printemps dernier et dont elle dénonce le projet depuis plus de sept mois maintenant, s’attirant de votre part, et pas seulement, démentis, sarcasmes, mépris affiché. Un plan social imposé, mais par la ruse, sans négociation véritable, et qui ne porte pas sur la vingtaine de suppressions de postes correspondant aux seuls effectifs d’Entourage et Bel Âge, mais bien, comme nous l’avons dit, ici, le 19 juin 2000, sur un minimum de quatre-vingts suppressions de postes en quelques semaines. C’est exactement ce que révélait le numéro de juin du mensuel Challenges, dont un article rapportait avec quel machiavélisme les plus hauts dirigeants de Bayard Presse préparaient alors « des remises en cause » (Alain Cordier) d’un « groupe qui a peut-être vécu d’une façon trop douillette, pas assez rigoureuse » (Père Zago)...

   Pour mémoire, le 19 juin dernier, nous déclarions ici : « Si, par malheur, un plan social est d’ores et déjà préparé par la direction de Bayard, celle-ci doit nous le dévoiler et surtout l’expliquer au plus tôt. Depuis quelques semaines, l'entrave caractérisée à la mission d’information et de consultation du CE de Bayard est de rigueur. Au pôle Senior, mais aussi à Terre Sauvage (et, maintenant, à Eurêka), les pressions professionnelles, sociales et psychologiques sur les salariés deviennent insupportables. » Que n’avons-nous pas entendu, en réponse à notre interpellation, dont le motif, pourtant, se vérifie aujourd’hui complètement ?

   M. le Président, votre collègue au Directoire, le Père Zago, a estimé, à l’époque où vous arrêtiez ensemble les modalités du vaste plan social larvé qui commence à être officialisé aujourd’hui, que les salariés de Bayard Presse ont « vécu de façon trop douillette ». Nous, représentants des salariés et des organisations syndicales, ce que nous voyons quotidiennement, c’est la montée irrésistible de la souffrance dans l’entreprise. Combien de nos collègues, femmes et hommes de tous âges, viennent nous voir pour nous confier les effets désastreux qu’ont, sur leur santé, pas seulement psychologique, les pressions accrues qu’ils subissent de leur hiérarchie, la honte de subir, l’inquiétude d’être privé brutalement de leur emploi ? Aujourd’hui, et depuis le printemps dernier, ils sont des dizaines à vivre dans l’angoisse, avec toutes les conséquences qui sont maintenant bien connues, et reconnues, des médecins du travail. Ce n’est plus « métro, boulot, dodo », mais bien « métro, boulot, lexo (pour Lexomyl) » !

   Voici donc de longs mois que les femmes et les hommes qui continuent de faire les journaux de Bayard Presse, celles et ceux d’Entourage et Bel Âge tout particulièrement, mais aussi nos collègues de Côté Femme, d’Eurêka et de Terre sauvage, mais encore toutes celles et tous ceux qui ne vivent pas dans l’indifférence du malheur des autres, et qui ne sont pas aliénés au point de ne pas comprendre que, probablement, leur tour viendra prochainement, voici donc de longs mois que la direction décourage, méprise et finalement exaspère tous ces salariés. Voici de longs mois qu’ils ont, comme nous, le sentiment que votre crainte principale est que cela se sache à l’extérieur de l’entreprise.

   Ce que l’on sait à l’extérieur de l’entreprise, mais qui n’est visiblement pas arrivé jusqu’au Directoire, c’est que le chômage et la précarité continuent de tuer. Il suffit de lire un quotidien aussi confidentiel que Le Monde, pour se voir rappeler (je vous passe toutes les autres très nombreuses références) que :

-         Le taux de surmortalité des chômeurs par rapport aux actifs (à diplôme, groupe socioprofessionnel, statut matrimonial et âge égaux) est passé de 2,7 en 1975 à 3,2 en 1995, d’après la plus récente étude de l’INSEE sur le sujet[1].

-         Le risque suicidaire est 12 fois plus élevé chez les chômeurs – 20 fois plus chez ceux de longue durée – que dans le reste de la population active…

   A propos de la perte d’un emploi, le docteur Jean Bertran, ancien président de la Fédération française de la médecine du travail et actuel président de l’Association pour la médecine du non-travail (ASNOTRA, créée en 1997), toujours cité par Le Monde récemment, parle de « choc psychologique » qui se déroule en trois temps. Il faut impérativement que vous connaissiez ça : « Il y a, explique-t-il, une première phase de deuil psychologique qui peut se déclencher dès l’annonce d’un plan social ou du départ, avant même la perte de l’emploi ; puis il y a une période d’euphorie, de latence, quand le nouveau chômeur se dit « Je me retournerai » ; puis enfin la phase de déprime, où il peut se déconnecter complètement de la société, passer dans l’exclusion, et qui peut aboutir dans certains cas au passage à l’acte funeste. »

   Au nom de quoi, cette violence, cette barbarie de moins en moins douce, a-t-elle droit d’exister dans notre entreprise ? Cette année 2000 calamiteuse pour Bayard Presse, pour son avenir, était-ce votre contribution au Jubilé catholique qui s’annonçait porteur de tous les espoirs, de toutes les audaces, en matière de justice sociale ? Il est absolument clair, pour la CGT, depuis la fermeture de l’imprimerie de La Croix, à Montrouge, que c’est une véritable idéologie du sacrifice qui s’applique à Bayard Presse, une vision du monde primitive et sauvage, un néo-libéralisme machiavélique, en rupture radicale avec la culture au moins humaniste de l’entreprise depuis la Libération. « Coupons les branches mortes ! », est le premier mot d’ordre de la direction...

   Lors du Comité d’entreprise du 25 juin 1999, la CGT avait fait une déclaration sur le soi-disant « projet social » de Bayard Presse présenté par le DRH, M. Ghislain Lafont. Nous parlions alors d’« inscription du Mal », et cela a fait ricaner l’auteur de ce brouillon de projet social. Un peu plus d’un an et demi plus tard, nous avons la certitude que nous avions, malheureusement, raison.

 

Antoine Peillon, pour la section CGT

 

DELEGUE SYNDICAL : Bruno CASSEAU (poste 58 96)

REPRESANTANTE SYNDICALE AU COMITE DE GROUPE : Violette Piazza (65 16)

REPRESENTANT SYNDICAL AU C.E : Antoine PEILLON (69 84)

 

CHSCT : Gisèle GINSBERG (5894) et Carlos ESPIRITO-SANTO (65 41)

 

LISTE DES ELUS CGT

 

COMITE D’ENTREPRISE                                    DELEGUES DU PERSONNEL

Collège employés – ouvriers                                               Collège employés – ouvriers

 Myriam BEAUDET, titulaire (poste 6936)                  Myriam BEAUDET, titulaire (poste 6936)                                                               Christiane STIEVENART, titulaire (poste 6479)

                                                                     Carlos ESPIRITO-SANTO, suppléant (poste 6541)

 

                                                                                               Collège journalistes            

                                                                            Agnès BEAUDEMONT, titulaire (poste 5814)                             

L’adresse de notre site Internet :   http://site.voila.fr/CgtBayard



[1] Le Monde économie daté du 28 novembre 2000, p. VIII.