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A l'instar des autres
autocrates arabes, il souhaite bien entendu que se prolonge le
conflit israélo-palestinien ad
infinitum.
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l y a dix jours
de cela, l'ennemi public numéro un a enfin parlé. Entre diatribes
hallucinées et menaces apocalyptiques, il a conforté tous ceux pour
qui le 11 septembre, l'Amérique de Bush a payé son soutien à Israël
de Sharon. Un grand classique du genre, le lien pratique et usé
jusqu'à la corde qui dispense d'une réflexion réelle sur les
phénomènes du terrorisme et de l'islamisme. Toutes les variations
sur ce thème inépuisable ont été tant et tant jouées qu'on finirait
presque par y souscrire, si quelques réalités gênantes ne venaient
décrédibiliser le commode schéma.
En premier lieu, nul ne conteste que le carnage s'organisait de
longue date et, à tout le moins, avait été pensé depuis plusieurs
années. Un temps où le nationaliste Sharon et le conservateur Bush
Jr. étaient bien loin d'un pouvoir qu'ils ne conquerraient par les
urnes, respectivement, qu'en novembre 2000 et février 2001. En lieu
et place, le travailliste Barak et le démocrate Clinton négociaient
alors tous azimuts avec le président palestinien Arafat. Fausse
piste. D'autre part, n'est-ce pas précisément lorsque les
pourparlers progressent entre Israéliens et Palestiniens que les
charges islamistes explosent? En 1993 au World Trade Center déjà, ou
encore en 1996 à Tel-Aviv et Jérusalem, avec la «colombe» Pérès à la
tête du cabinet israélien?
En second lieu, quelle écœurante hypocrisie que celle de ces
hérauts arabes, chantres de la Palestine, qui brandissent le jihad
en faveur des Palestiniens dont la cause est faite, l'instant d'une
crise politique ou militaire par eux provoquée, instrument politique
jetable. Quel excellent dérivatif pour chefs et régimes autoritaires
arabes cherchant à canaliser les frustrations politiques et
socio-économiques de leur population respective! Du Syrien Assad
écrasant l'OLP à Tripoli (Liban) en 1983, au Libyen Kadhafi chassant
dans le désert des milliers de civils palestiniens pour punir Arafat
d'avoir négocié avec Israël, en passant par le Saoudien Fahd
expulsant «ses» Palestiniens parce que le même Arafat avait soutenu
Saddam Hussein pendant la crise du Golfe, sans omettre le susnommé
Saddam frappant Israël de ses missiles en «libérateur» de
Palestiniens qu'il avait toujours méprisés... La liste est
tristement longue des Saladin occasionnels. Et l'on voudrait à
présent nous faire croire que les motivations de Ben Laden et de ses
spadassins à assassiner plusieurs milliers de civils américains
puisent aux malheurs des Palestiniens! Trop facile, trop malhonnête.
Ben Laden, subitement lâché par ses alliés pakistanais et pour
l'heure moins violemment soutenu que prévu par les opinions
arabo-musulmanes, procède comme l'exige la tradition: il
instrumentalise. Leïla Shahid, déléguée générale de la Palestine en
France, l'a fort justement rappelé: «La cause palestinienne est
un alibi pour Ben Laden.» (France Info, journal de 15 h, le
8/10/01.) A l'instar des autres autocrates arabes, il souhaite bien
entendu que se prolonge le conflit israélo-palestinien ad
infinitum, lui qui abhorre «le traître» Arafat et se défie d'un
mouvement national palestinien comptant à son goût wahhabite trop de
femmes, de chrétiens et de démocrates. Les attentes et frustrations
des Palestiniens existent, et les Américains n'y sont pas étrangers;
elles n'expliquent en rien le massacre de New York et Washington.
Au final, par-delà l'instrument «Palestine», assiste-t-on au
fameux choc des civilisations? Pas encore. A l'heure actuelle, il
s'agit plutôt de l'agression caractérisée d'une fraction dévoyée de
l'Islam contre l'Occident judéo-chrétien. Car si le milliardaire
ex-saoudien et les fanatiques qui l'entourent avaient réellement
voulu démontrer leur détermination et leur capacité hors d'une
logique de confrontation civilisationnelle, ils auraient choisi pour
cible authentiquement symbolique la statue de la Liberté un jour de
fermeture aux touristes, et - s'il fallait vraiment un shahid
(martyr) - un monoplace en guise de projectile. Quel panache alors
pour tout ce que la planète compte de légitimes déçus de l'Amérique,
quelle jouissance aussi pour tout ce que nos salons parisiens
comptent de contempteurs psycho-pathologiques des Etats-Unis!
Humilier le supergrand chez lui, avec la hauteur de celui qui,
magnanime, eût aisément pu le meurtrir mais qui se contente de
forcer son adversaire à négocier, à se remettre en cause, à
réfléchir aux revendications posées... Comment un président Bush
ridiculisé aurait-il ainsi pu réunir et justifier, pour la
destruction d'un tas de pierres, un déploiement politique et
militaire massif contre la Qaïda terroriste de Ben Laden et le
régime taliban - aussi barbare soit-il - qui le protège? L'article 5
du Traité de l'Otan aurait-il été invoqué pour «dégradation de
monuments historiques»?
Mais non, la mort pour la mort. Tuer le plus possible d'hommes,
de femmes et d'enfants (y compris de nombreux musulmans, comme à
Dar-es- Salaam en 1998), et Allah reconnaîtra les siens! Tuer bien
au-delà des symboles forts, des concepts creux et des grandes
causes. La «guerre sainte» des «vrais croyants» contre les
«mécréants». Que Ben Laden, cofondateur en février 1998 du Front
international islamique contre les juifs et les croisés, ne qualifie
pas le président américain d'ennemi, d'impérialiste, de criminel ou
de tout autre nom d'oiseau mais de «chef des infidèles», est à cet
égard révélateur. Sa guerre ne s'inscrit pas dans le champ du
rationnel mais dans celui du mystique, sa vindicte ne vise pas
politiquement les Israéliens et les Américains, mais essentiellement
les juifs et les chrétiens, intrinsèquement diabolisés. La logique
qu'il entretient, absolutiste, relève de la lutte à outrance, sans
compromis, manichéenne et profondément raciste, avec pour seul
horizon le paradis éternel aux soixante-dix vierges pour les martyrs
de l'islam, l'enfer pour tous les autres. Cette démarche est si
démente qu'elle effraie même les extrémistes «conventionnels», de
Téhéran à Riyad!
En France, où le contexte sociologique autorise à craindre que
l'appel au meurtre et au jihad d'un Ben Laden reçoive quelque écho,
le pire serait de renoncer à le condamner moralement et
politiquement sous le prétexte fallacieux d'éviter des amalgames
stupides. Communier dans l'«islamiquement correct» ambiant
consisterait à rendre un bien mauvais service à tous les musulmans
pacifiques. Renforcement dès l'école d'une conscience citoyenne
collective, revalorisation de l'idée de nation, fermeté sur le
principe de laïcité, enseignement laïc des grandes religions,
assises interconfessionnelles régulières, intransigeance quant aux
agissements cultuels, éducatifs et financiers des islamistes,
réexamen des relations officielles avec les Etats soutenant le
terrorisme: les armes civiques, intellectuelles, juridiques et
diplomatiques ne manqueraient pas ici pour combattre ce
totalitarisme vert. A charge pour les hommes du culte musulman, en
interne, d'expurger toute lecture belliciste du Coran et de faire
barrage spirituel au fondamentalisme criminel.
Au bout du combat qui commence, pour tous, il y a la paix civile
au sein de la République, ou le chaos hors de ses lois protectrices.
Dans le second cas, les musulmans seraient les premières victimes.
En regardant les yeux fous de Ben Laden, ils doivent y penser et
s'en convaincre. |