Entre le 1er janvier et le 31 août,
le nombre des tués dans les rues de Paris a été multiplié par deux,
passant de 41 en 2000 à 82 en 2001. Et cette dégradation se
poursuit. |
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irculer dans Paris ou
simplement traverser la rue est en train de devenir un sport de plus
en plus dangereux. «Il y a eu une forte augmentation des
accidents au cours des neuf premiers mois de l'année 2001»,
vient de révéler Isabelle Massin, déléguée interministérielle à
la Sécurité routière.
«Les chiffres sont mauvais, très mauvais. Notre délégation
parisienne nous a alertés depuis plusieurs mois à ce propos»,
confirme Geneviève Jurgensen, porte-parole de la Ligue contre la
violence routière. Entre le 1er janvier et le 31 août, le nombre des
tués dans les rues de Paris a été multiplié par deux, passant de 41
en 2000 à 82 en 2001. Et cette dégradation se poursuit. Fin
septembre, on en était à 87 morts (29 piétons, 3 cyclistes, 38
deux-roues motorisés et 17 automobilistes ou passagers), et
mi-octobre, à 105. Bref, le chiffre de l'année 2000 qui était de 67
tués sera très largement dépassé. Cette hausse concerne tous les
usagers: voitures, motos, vélos et piétons.
Paradoxe. Bizarrement, pourtant, le nombre des
accidents dans la capitale n'augmente pas. Il aurait même tendance à
diminuer: sur les neuf premiers mois de l'année, il est passé de 10
003 en 2000 à 7 039 en 2001. Mais leur gravité est beaucoup plus
importante. Cette dégradation de la situation parisienne a ceci de
particulier qu'elle contredit l'évolution qui se dessine pour
l'ensemble de la France. Au plan national, en effet, la tendance est
strictement inverse: D'après l'Observatoire national
interministériel de sécurité routière, le nombre des accidents
corporels a certes augmenté entre les dix premiers mois de 2000 et
de 2001, mais le nombre des tués, lui, a diminué. «Ce qui traduit
une diminution de la gravité des accidents. Si l'on compare octobre
2001 à la moyenne des mois d'octobre de 1996 à 2000, on constate que
le nombre des tués diminue de manière plus importante», notent
les experts. De 738 il est passé à 680.
Y aurait-il alors une exception parisienne? Isabelle Massin se
montre étonnamment prudente. Tempérant même l'inquiétude que
pourrait susciter l'augmentation du nombre des tués dans Paris.
«Comme ces chiffres ne sont pas très importants dans l'absolu, il
suffit de 4 à 5 accidents graves pour que les statistiques
augmentent de façon très importante», explique-t-elle. Du côté
de la préfecture de police toutefois, le discours est moins
lénifiant. Et l'inquiétude bien réelle. «Quand vous roulez dans
Paris, vous constatez de plus en plus d'incivisme», affirme le
commandant Régis Farcy, du service central des accidents.
«Aujourd'hui, il n'est pas rare qu'un automobiliste brûle 4 feux
rouges d'affilée.» Or, cette infraction fait partie du
«triptyque» à l'origine des accidents les plus graves avec
«la vitesse excessive et l'alcool». Comme la police, les
associations qui luttent contre l'insécurité routière s'alarment.
«Auparavant, les gens se tuaient sur le périphérique ou les
boulevards des Maréchaux, là où les véhicules peuvent aller vite»,
note Jean-Yves Salaün, délégué général adjoint de la Prévention
routière. «Aujourd'hui, il suffit de marcher dans Paris pour
constater qu'à chaque feu vous avez des voitures qui passent au
rouge.»
Exaspération. Pour l'heure, les raisons de cet
incivisme parisien n'ont pas été élucidées. «On attend le bilan
de fin d'année pour approfondir», explique le commandant Farcy.
Du coup, chacun y va de son explication. Jean-Yves Salaün montre du
doigt «les conducteurs en train de téléphoner, la consommation
d'alcool et de stupéfiants en fin de semaine, le relâchement des
comportements à partir du moment où l'on espère que l'amnistie
marchera, les changements de voirie». L'aménagement de couloirs
réservés aux bus, taxis et vélos et interdits aux véhicules de
tourisme provoquerait aussi l'exaspération des automobilistes. A
toutes ces raisons, Jacques Borene, inspecteur départemental de la
sécurité routière de Paris, et membre de la Ligue contre la violence
routière, ajoute l'irrespect du code de la route par les cyclistes
«qui brûlent les feux allégrement, ce qui incite les motards et
les automobilistes à en faire autant».
Les remèdes à cette situation sont connus. Un renforcement des
contrôles et des sanctions. «Les gens ont plus peur de la
contravention que de l'accident», répète Jacques Borene. En
temps normal peut-être, mais peut-être pas à quelques mois d'une
élection présidentielle que chacun espère suivie... d'une amnistie.
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