Paris brûle-t-il les feux rouges?
Deux fois plus de morts cette année dans la capitale.

Par CATHERINE COROLLER

Le lundi 3 decembre 2001

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Entre le 1er janvier et le 31 août, le nombre des tués dans les rues de Paris a été multiplié par deux, passant de 41 en 2000 à 82 en 2001. Et cette dégradation se poursuit.
 

Circuler dans Paris ou simplement traverser la rue est en train de devenir un sport de plus en plus dangereux. «Il y a eu une forte augmentation des accidents au cours des neuf premiers mois de l'année 2001», vient de révéler Isabelle Massin, déléguée interministérielle à la Sécurité routière.

«Les chiffres sont mauvais, très mauvais. Notre délégation parisienne nous a alertés depuis plusieurs mois à ce propos», confirme Geneviève Jurgensen, porte-parole de la Ligue contre la violence routière. Entre le 1er janvier et le 31 août, le nombre des tués dans les rues de Paris a été multiplié par deux, passant de 41 en 2000 à 82 en 2001. Et cette dégradation se poursuit. Fin septembre, on en était à 87 morts (29 piétons, 3 cyclistes, 38 deux-roues motorisés et 17 automobilistes ou passagers), et mi-octobre, à 105. Bref, le chiffre de l'année 2000 qui était de 67 tués sera très largement dépassé. Cette hausse concerne tous les usagers: voitures, motos, vélos et piétons.

Paradoxe. Bizarrement, pourtant, le nombre des accidents dans la capitale n'augmente pas. Il aurait même tendance à diminuer: sur les neuf premiers mois de l'année, il est passé de 10 003 en 2000 à 7 039 en 2001. Mais leur gravité est beaucoup plus importante. Cette dégradation de la situation parisienne a ceci de particulier qu'elle contredit l'évolution qui se dessine pour l'ensemble de la France. Au plan national, en effet, la tendance est strictement inverse: D'après l'Observatoire national interministériel de sécurité routière, le nombre des accidents corporels a certes augmenté entre les dix premiers mois de 2000 et de 2001, mais le nombre des tués, lui, a diminué. «Ce qui traduit une diminution de la gravité des accidents. Si l'on compare octobre 2001 à la moyenne des mois d'octobre de 1996 à 2000, on constate que le nombre des tués diminue de manière plus importante», notent les experts. De 738 il est passé à 680.

Y aurait-il alors une exception parisienne? Isabelle Massin se montre étonnamment prudente. Tempérant même l'inquiétude que pourrait susciter l'augmentation du nombre des tués dans Paris. «Comme ces chiffres ne sont pas très importants dans l'absolu, il suffit de 4 à 5 accidents graves pour que les statistiques augmentent de façon très importante», explique-t-elle. Du côté de la préfecture de police toutefois, le discours est moins lénifiant. Et l'inquiétude bien réelle. «Quand vous roulez dans Paris, vous constatez de plus en plus d'incivisme», affirme le commandant Régis Farcy, du service central des accidents. «Aujourd'hui, il n'est pas rare qu'un automobiliste brûle 4 feux rouges d'affilée.» Or, cette infraction fait partie du «triptyque» à l'origine des accidents les plus graves avec «la vitesse excessive et l'alcool». Comme la police, les associations qui luttent contre l'insécurité routière s'alarment. «Auparavant, les gens se tuaient sur le périphérique ou les boulevards des Maréchaux, là où les véhicules peuvent aller vite», note Jean-Yves Salaün, délégué général adjoint de la Prévention routière. «Aujourd'hui, il suffit de marcher dans Paris pour constater qu'à chaque feu vous avez des voitures qui passent au rouge.»

Exaspération. Pour l'heure, les raisons de cet incivisme parisien n'ont pas été élucidées. «On attend le bilan de fin d'année pour approfondir», explique le commandant Farcy. Du coup, chacun y va de son explication. Jean-Yves Salaün montre du doigt «les conducteurs en train de téléphoner, la consommation d'alcool et de stupéfiants en fin de semaine, le relâchement des comportements à partir du moment où l'on espère que l'amnistie marchera, les changements de voirie». L'aménagement de couloirs réservés aux bus, taxis et vélos et interdits aux véhicules de tourisme provoquerait aussi l'exaspération des automobilistes. A toutes ces raisons, Jacques Borene, inspecteur départemental de la sécurité routière de Paris, et membre de la Ligue contre la violence routière, ajoute l'irrespect du code de la route par les cyclistes «qui brûlent les feux allégrement, ce qui incite les motards et les automobilistes à en faire autant».

Les remèdes à cette situation sont connus. Un renforcement des contrôles et des sanctions. «Les gens ont plus peur de la contravention que de l'accident», répète Jacques Borene. En temps normal peut-être, mais peut-être pas à quelques mois d'une élection présidentielle que chacun espère suivie... d'une amnistie.


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