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Ehoud Barak, dynamiteur de tabous

LE MONDE | 02.02.01 | 14h47 | analyse
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ET SI, en dépit d'un état des lieux qui porte au plus grand pessimisme, il ne fallait pas désespérer du Proche-Orient  ? Les nouvelles du «  front  » sont mauvaises, assurément. Chaque jour égrène son lot de violences, et mêmes d'atrocités, entre Israéliens et Palestiniens. Le chef de l'Autorité palestinienne, Yasser Arafat, paraît contesté sur sa gauche par un «  camp du refus  », au sein même de son mouvement, le Fatah. Tous les sondages donnent le travailliste israélien Ehoud Barak défait par la droite nationaliste d'Ariel Sharon lors des élections du 6  février. C'est une sombre toile de fond, qui annonce une montée des extrémistes, dans les deux camps. On s'éloignerait de la paix. Ces tout derniers jours encore, chaque fois que, de la station balnéaire égyptienne de Taba, montaient des échos positifs sur les conversations israélo-palestiniennes, M.  Barak baissait dans les sondages et M.  Arafat était critiqué par les siens.

Aux naïfs, la jurisprudence Benyamin Nétanyahou a enlevé toute illusion  : le dernier chef de gouvernement de droite a fait régresser la cause de la paix. Il a, lui-même, torpillé la thèse fumeuse selon laquelle seule la droite israélienne a le capital politique nécessaire pour conclure la paix avec les Palestiniens. L'histoire de ces trente dernières années montre le contraire. Au mieux, un gouvernement Sharon gèlerait le dialogue israélo-palestinien. Au pis, pas à exclure, il peut marquer une phase d'affrontements renouvelés dans les territoires et de tension aggravée avec les pays arabes voisins.

L'ère Barak se solderait par un fiasco  ? Ces vingt mois d'incessantes négociations avec l'Autorité palestinienne, l'intervention directe d'un président américain, les nouvelles cartes du Proche-Orient dressant les contours de l'Etat palestinien aux côtés d'Israël, tout cela n'aurait servi à rien  ? Pas sûr. Derrière le sentiment d'échec et de gâchis qu'impose l'actualité immédiate, on décèle d'autres évolutions.
L'ère Barak a été, douloureusement, un face-à-face avec la réalité. Elle a vu exploser un certain nombre de mythes, dans un camp comme dans l'autre, et plusieurs tabous voler en éclats.

Les conversations de Taba sont intervenues trop tard pour sauver Ehoud Barak. Mais elles marquent le point le plus avancé qu'aient jamais atteint des discussions israélo-palestiniennes. Les grandes lignes d'un accord sont dessinées.

Frontières. L'Etat palestinien comprendra la bande de Gaza et 95  % de la Cisjordanie. Représentant quelque 180  000  personnes, les trois principaux blocs de colonies israéliennes seront annexés à Israël. En cédant une partie de son territoire autour la bande de Gaza, l'Etat hébreu dédommagera l'Etat palestinien pour cette annexion. Cela laisse 40  000 colons à l'intérieur des frontières du nouvel Etat, qui auront le choix d'y rester, sous souveraineté palestinienne, ou d'en partir. Israël maintiendra une présence militaire dans la vallée du Jourdain.

Jérusalem. La Ville sainte reste une. Ses quartiers arabes passent sous souveraineté palestinienne. En vieille ville, sur la colline de toutes les tensions, la souveraineté devrait être partagée  : israélienne à l'endroit du mur des Lamentations (à l'emplacement du premier puis du second Temple)  ; palestinienne au-dessus, sur le Noble Sanctuaire des musulmans, abritant la mosquée Al-Aqsa et celle du Rocher.

Les réfugiés de 1948. Les Palestiniens réclament que soit reconnu le droit au retour pour ceux d'entre eux et leurs familles que la guerre de 1948 chassa de leurs foyers – quitte à ce que la réalisation de ce droit reste largement symbolique. Cela représente près de 4  millions de personnes. Israël refuse, y voit un danger de bouleversement démographique mortel pour l'Etat juif. Il propose que ce droit au retour ne trouve son expression qu'à l'intérieur des frontières de l'Etat palestinien. Plus que véritablement démographique, l'enjeu serait ici largement politique  : l'exigence par les Palestiniens de la reconnaissance par l'Etat d'Israël qu'une injustice fondamentale a été commise à leur égard (même si l'ONU a voté, à l'origine, la création de deux Etats, l'un juif, l'autre palestinien).

Pour ceux dont la mémoire de l'histoire récente n'a pas encore été totalement étouffée par le tintamarre médiatique d'aujourd'hui, les entretiens de Taba sont à marquer d'une croix blanche sur le chemin de la paix. Il eût été impensable, il y a deux ans encore, que des représentants d'un gouvernement israélien abordent la question de Jérusalem de façon aussi ouverte  ; inimaginable qu'ils envisagent un retrait aussi substantiel de Cisjordanie  ; inconcevable qu'on en vienne à débattre si franchement de la question des réfugiés. Ehoud Barak a sans doute été un piètre politique  ; il a été un bon dynamiteur de vaches sacrées.

Ariel Sharon a déjà dit qu'il ne s'estimait pas lié par les travaux de Taba. S'ils n'ont effectivement aucune valeur juridique, ils vont cependant peser politiquement. C'est à cette aune que sera mesurée toute autre proposition, à partir de ce legs qu'il faudra sans doute, un jour, reprendre la négociation (du moins si l'histoire au Proche-Orient ne s'égare pas sur des chemins suicidaires). Les Palestiniens le savent, mais la droite israélienne aussi. Il n'y a pas si longtemps, M.  Sharon disait haut et fort qu'il n'était pas besoin d'évacuer la Cisjordanie ou Gaza parce qu'il y avait déjà un Etat palestinien en Jordanie  ! Aujourd'hui, il reconnaît qu'il y aura un Etat aux côtés d'Israël, même s'il n'entend lui concéder que 40  % de la Cisjordanie. Un officiel israélien, qui a le sens de l'histoire, observait  : «  On ne discute plus du principe de l'Etat -palestinien-, mais de ses frontières, comme dans un conflit territorial classique.  »

Alain Frachon


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