Arafat contre la paix

 

par Amnon Rubinstein, Haaretz, jeudi, 19 avril 2001

 

Dans des récentes interviews la semaine dernière, aux quotidiens israéliens Maariv et Yediot Aharonot, Dennis Ross et l'ancien porte-parole au Département d'État américain James Rubin ont déclaré Yasser Arafat responsable à part entière de l'échec des négociations de Camp David, tout en louant le courage d'Ehoud Barak. Mais, encore plus intéressant, Mohamed Dahlan, chef des forces de sécurité préventive palestiniennes a reconnu dans un entretien accordé à Gideon Levy du quotidien Haaretz que dans un premier temps il aurait maudit Barak mais qu'il était finalement parvenu à la même conclusion que Ross et Rubin.

Que critiquait donc Dahlan chez Barak? Tout d'abord, dit-il, il a perdu du temps. Comment a-t-il perdu du temps? " Barak a perdu six mois avec la Syrie, " ce qui signifie qu'une tentative de parvenir à un accord avec un État arabe aussi important que la Syrie est donc " une perte de temps ." Qu'en est-il alors des négociations de Camp David et de Taba? A ce propos Dahlan a émis deux critiques : Barak n'est pas allé assez loin dans ses propositions et n'a donné " qu'une partie de Jérusalem "; il a, de plus, exigé le contrôle total de l'espace aérien de État palestinien. Il a toutefois reconnu qu'à Taba, " Barak était prêt à nous donner quelque chose de plus, " mais a-t-il ajouté " c'était trop tard ." Pourquoi est-il trop tard pour faire la paix plutôt que la guerre? Mais, ce n'est pas tout : Dahlan a également accusé Barak de changements brusques de politique, non pas dans les négociations, mais dans ses réformes civiles.

Pour ce qui est du contrôle israélien sur l'espace aérien ( à l'exception des avions civils) du futur État palestinien, soyons honnêtes : aucun gouvernement ne saurait accepter un contrôle de l'espace aérien par les Palestiniens car cela limiterait l'espace de manœuvre de l'aviation militaire israélienne à un couloir étroit entre Haïfa et Tel-Aviv. La grande majorité des partisans du camp de la paix soutient, et cela s'est exprimé dans les plans proposés, que État palestinien doit être démilitarisé et ne doit pas posséder de force aérienne.

On peut se poser la question de savoir pourquoi État palestinien a besoin d'être armé jusqu'au dents et de posséder le contrôle de son espace aérien? L'Autriche, par exemple, a accepté une neutralité totale, à l'issue de la Seconde Guerre Mondiale dans les accords de paix qu'elle a signés. La République fédérale allemande, pour sa part, a accepté, outre de sévères restrictions militaires, la présence de bases étrangères sur son sol national. Quant au Japon, on s'en souvient, il a été démilitarisé et toute expansion de son armée est devenue anti-constitutionnelle. Ce n'est pas ce qui l'a empêché de construire un pays puissant et indépendant.

La Palestine ne saurait se développer sans le contrôle total de son espace aérien? C'est vraiment ce qui lui manque pour se développer ? Il est évident que si les Palestiniens insistent sur ce point, les Israéliens y compris les plus modérés pourront craindre à juste titre que leur objectif est de menacer la sécurité d'Israël. Dahlan a également omis de rappeler qu'après l'échec de Camp David, Barak était encore prêt à poursuivre les négociations quand, d'un coup, sans raison, l'Intifada a éclaté. En outre, il ne mentionne plus du tout le droit du retour inacceptable jusque par la gauche israélienne. C'est un sujet sur lequel aucun compromis ne saurait être possible car cela équivaudrait à refuser à Israël le droit d'exister.

Malgré ces étranges accusations, Dahlan reconnaît que Barak " voulait vraiment faire la paix, mais n'a pas su comment s'y prendre. " C'est très gentil de sa part. Et c'est pour cette raison que l'Autorité palestinienne a cru devoir déclarer la guerre à Israël, en déclenchant " l'Intifada d'El Aqsa " ( ce nom même est une imposture)? Et justement alors qu'Israël était dirigée par un Premier ministre qui ne souhaitait rien d'autre que de parvenir à un accord de paix, en émettant des propositions que personne avant lui n'avait envisagées ?

Arafat et ses associés n'ont pas fait de contre-propositions, n'ont pas demandé d'éclaircissements comme les Égyptiens à Camp David, mais ont simplement déclenché les hostilités sanglantes, punissant du même coup les Arabes et les Juifs. Tout cela alors qu'ils jouaient le jeu de l'amitié dans la cuisine de Nava Barak et sans aucune raison réelle si ce n'est le soi-disant sacrilège et des plans imaginaires pour la destruction de la mosquée sur le mont du Temple.

A-t-on jamais vu dans l'histoire que lors de négociations de paix l'une des parties, reconnaissant que l'adversaire est prêt à faire la paix mais estimant qu'il ne propose pas de conditions assez bonnes, décide de déclarer la guerre? Tout ceci, y compris l'aveu de Mohamed Dahlan, montre clairement qu'Arafat et ses associés sont coupables de crimes contre la paix.

 

Copyright Haaretz, 2001.

 

Merci a Réponses-Israël pour la traduction.