Robert Hainard, par Jacques HESSE (éditeur)
Photographies : © Nicolas Crispini
Illustrations : © Robert Hainard

© Nicolas Crispini

Les éléments naturels ont accompagné Robert Hainard jusqu'à la fin. Ce grand artiste animalier s'est en effet éteint, près de Lausanne, dans la nuit du 26 décembre 1999, alors que la tempête ravageait une partie de l'Europe occidentale.

Né en 1906 à Genève, fils de deux enseignants d'art plastique et peintres, Robert Hainard quitte l'école traditionnelle à l'âge de douze ans. Sa formation générale et artistique est assurée par son père qui sera également son maître à l'École des arts industriels de Genève, où il entre à l'âge de quinze ans. Et à vingt ans, il y sera son assistant.

Fasciné depuis son enfance par les animaux, Robert Hainard fait son premier modelage dès l'âge de sept ans et sculpte ses premiers morceaux de bois. Il taille des poissons, des animaux domestiques et, très vite, s'intéresse aux bêtes sauvages. Depuis, Robert Hainard a consacré toute sa vie à la chasse au crayon, à guetter le loup, le bison, l'ours, le lynx, le castor, le grand tétras et tant d'autres, jusque dans leurs repaires les plus cachés, parcourant forêts, marais, vallées, montagnes de Scandinavie, d'Espagne, de Roumanie, de Pologne ou de sa Suisse natale.

© Robert Hainard © Robert Hainard

Au cours de ses périples et de plusieurs milliers de nuits passées à l'affût, le plus souvent lors de la pleine lune, Robert Hainard a rassemblé, en soixante-dix ans de travail, un bestiaire unique en son genre : quelques trente cinq mille dessins, près d'un millier de gravures et des centaines de sculptures, d'aquarelles et de peintures. Les maîtres qui l'ont toujours accompagné sont ces artistes inconnus, ces artistes du paléolithique en communion avec l'animal, qui, voici quelques vingt mille ans, tracèrent ces bisons, ces mammouths et ces aurochs sur les parois des grottes de Lascaux, d'Altamira ou de Rouffignac.

© Nicolas Crispini Il découvre la gravure sur bois en 1924, ébloui par les maîtres de l'estampe japonaise, et met au point une technique particulièrement minutieuse qu'il a inventé : un compromis entre son savoir-faire initial de sculpteur et son amour pour les couleurs.

La gravure sur bois selon Robert Hainard. De la sculpture (à droite) au pressage (ci-dessus)... © Nicolas Crispini

Pour les amateurs de nature, Robert Hainard reste l'auteur des Mammifères sauvages d'Europe (Delachaux & Niestlé), un ouvrage où se mêlent des considérations scientifiques et quantité de récits d'affûts savoureux et évocateurs. Cet ouvrage, réédité six fois en un demi-siècle, a suscité nombre de vocations parmi les naturalistes.

Mais l'activité de Robert Hainard ne s'est pas arrêtée à la création artistique et l'observation de la nature et des bêtes sauvages. C'est aussi un philosophe qui a analysé avec originalité les rapports entre notre civilisation occidentale et la nature. Il y a plus d'un demi-siècle, il posait déjà, avec des décennies d'avance, le problème de l'expansion économique illimitée, cause majeure de la destruction de la nature.

Les œuvres de Robert Hainard ont été exposées dans toute l'Europe : en Suisse, Suède, Grande-Bretagne, Allemagne, Lithuanie, Belgique (Musée Royal d'Histoire Naturelle en 1988), Pologne. En France, depuis 1986, de nombreuses expositions sont réalisées sous la responsabilité des Editions Hesse.

" Si j'aime tant ma vie de peintre, c'est qu'elle est à la fois immense et très centrée, car je vis la vie de la vaste nature, mais je la veux tenir entre mes mains par une conquête très âpre et personnelle. J'ai l'infini à ma portée, je le vois, je le sens, je le touche, je m'en nourris et je sais que je ne pourrais jamais l'épuiser. Et je comprends mon irrépressible révolte lorsque je vois supprimer la nature : on me tue mon infini. "

Robert Hainard - Et la nature ? - (Editions Hesse)