En visite à Damas, il est le premier pape à pénétrer dans un lieu de culte musulman
Jean Paul II prêche la paix à la mosquée
En l'accueillant, le président syrien a prononcé un discours violent sur Israël et les juifs.

Par JEAN-PIERRE PERRIN

Le lundi 7 mai 2001

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Les pièges de Damas

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Israël avait préféré traiter par le mépris la première salve d'injures lancée jeudi à Madrid par le jeune président syrien («le racisme des Israéliens a surpassé le nazisme»). La deuxième, lancée samedi de Damas à l'arrivée du pape, a été considérée comme celle de trop. Preuve de l'importance accordée à ces attaques verbales, la réaction israélienne est venue du plus haut sommet de l'Etat. Estimant que le fils d'Hafez el-Assad ne semblait pas avoir reçu en héritage de son père le sens de la modération et de la retenue, le président d'Israël a choisi de railler l'ignorance de son homologue syrien. «Il (Hafez el-Assad) ne fut pas un partenaire dans la recherche de la paix; mais il ne s'est jamais exprimé d'une façon aussi abrupte, raciste, antisémite et illogique que l'actuel président ne le fait, a déclaré Moshe Katsav [...]. Le président de Syrie a consacré de longues années à ses études d'ophtalmologie et n'a pas eu le temps, semble-t-il, d'étudier l'histoire en général, et l'histoire du peuple juif en particulier.» Auparavant, le conseiller diplomatique du Premier ministre n'avait pas mâché ses mots. «Il s'agit là de propos ignobles et totalement inadmissibles qui démontrent de façon claire l'attitude antisémite du président syrien», a déclaré Avi Pazner. «Tout comme le Vatican a exonéré le peuple juif de [...] la responsabilité du meurtre de Jésus, le Saint-Siège doit réagir aux propos d'Assad et corriger son erreur historique», a estimé Katsav.
ALEXANDRA SCHWARTZBROD (à Jérusalem)
 

Damas envoyé spécial

Les fidèles des deux religions retiendront la main de Jean Paul II posée sur celle du mufti général de Syrie peu après leur rencontre dans le salon de la grande mosquée des Omeyades de Damas, les deux tasses du café de bienvenue qui tremblent entre ses doigts fatigués et qu'il n'a pas pu boire, puis sa marche claudicante et chancelante à travers ces lieux qui comptent parmi les plus vénérés de l'Islam et son écoute prostrée de la prière musulmane.

Premier pape à entrer dans une mosquée, le souverain pontife a aussi accompagné son geste historique, hier en fin d'après-midi, d'un message de fraternité à l'adresse des musulmans. Après avoir exhorté chrétiens et musulmans à dépasser des siècles d'hostilité, il a appelé les professeurs des deux religions à instruire les jeunes «dans le respect et la compréhension» de l'autre «afin qu'ils ne soient pas conduits à faire un mauvais usage de la religion pour justifier la haine et la violence». Pas de prière commune, cependant, comme Jean Paul II le souhaitait. Le mufti, cheikh Ahmed Kiftaro, s'y est opposé, répondant ainsi aux attentes des musulmans conservateurs, très hostiles à une cérémonie commune.

Prophète musulman. La mosquée des Omeyades, qui occupe l'emplacement d'un temple araméen (3 000 ans avant J.-C.) consacré au dieu de l'orage, Hadad, d'où s'éleva ensuite vers le Ier siècle après J.-C. un grand temple romain dédié à Jupiter, fut aussi une église dédiée à Jean-Baptiste. Elle abrite la tombe supposée du saint, que l'islam considère comme un prophète, appelé Yahya. Deux millénaires plus tard, le saint a donc servi de pont entre les deux religions.

«La violence détruit l'image du Créateur dans ses créatures et elle ne devrait jamais être considérée comme le fruit de convictions religieuses», a encore déclaré le pape. Une déclaration en rupture avec les propos tenus la veille par son hôte, le président syrien. Lors de son allocution de bienvenue à l'aéroport de Damas, Bachar el-Assad avait comparé la situation des Palestiniens à celle du Christ pendant son martyre et les Israéliens à ses tortionnaires. «Nous les entendons massacrer les principes de l'égalité lorsqu'ils disent que Dieu a créé un peuple meilleur que les autres. Nous les voyons agresser les lieux saints de l'Islam et ceux de la chrétienté en Palestine. Ils violent les lieux sacrés: la mosquée al-Aqsa, l'église du Saint Sépulcre à Jérusalem et l'église de la Nativité à Bethléem. Ils tentent de tuer tous les principes des religions célestes avec la même mentalité par laquelle fut trahi puis torturé le Christ. Par la même méthode, ils ont essayé d'attaquer traîtreusement le prophète Mahomet.» Le président syrien a également déclaré: «La charité, c'est d'arrêter de tuer tout ce qui est arabe par haine. (...) La vérité, c'est d'arrêter de déformer l'authenticité actuelle et historique et de prétendre à des droits et une histoire sans fondement.»

Messe au stade. Dès son arrivée samedi à Damas, le pape avait appelé à la réconciliation entre chrétiens, musulmans et juifs. Il l'avait déjà appelée samedi et en avait fait la condition à la paix au Proche-Orient. «Il est important qu'il y ait une évolution dans la manière dont les peuples de la région se considèrent mutuellement et que, à tous les niveaux de la société, les principes de coexistence pacifique soient enseignés et promus», a-t-il insisté. Il a repris le même appel dans son homélie prononcée pendant la messe de dimanche, célébrée dans le grand stade de Damas, où se sont réunis plusieurs dizaines de milliers de fidèles.

La veille, dans sa «papamobile», vite recouverte de riz et de fleurs, il avait reçu un accueil très chaleureux dans la partie chrétienne de la vieille ville de Damas en se rendant au patriarcat grec orthodoxe. Nombre de personnes venues l'acclamer appartenaient d'ailleurs à ce rite (1). «Parmi la population, on ne fait pas de différence, en Syrie, entre catholiques et orthodoxes. D'ailleurs, si vous voulez vexer un chrétien, allez donc lui demander à quel rite il appartient», explique sœur Micheline, une religieuse franciscaine installée dans le pays depuis 1956.

(1) Les chrétiens représentent 1,7 million d'habitants en Syrie et les catholiques ne sont guère plus de 800.000.


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