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La cavale du négationniste suisse Juergen Graf en Iran
LE MONDE | 17.02.01 | 15h27
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BERNEde notre correspondant

Où donc se terre exactement Juergen Graf, négationniste bâlois pur et dur, condamné à quinze mois de prison ferme pour violations répétées de la loi suisse sur le racisme ? Son appel ayant été rejeté par le Tribunal fédéral, il a préféré prendre la poudre d'escampette plutôt que de se présenter, début octobre 2000, au pénitencier de Schöngrün, dans le canton de Soleure, où il devait purger sa peine.

Depuis lors, il n'a guère donné de nouvelles sauf à quelques rares proches, et les autorités helvétiques commencent à s'inquiéter. Car le fugitif fait tout de même parler de lui, et pas vraiment de manière très réjouissante. Si bien que les ambassadeurs de Suisse à Téhéran et à Beyrouth ont été instruits de suivre de près l'affaire, si affaire il y a : Téhéran parce que l'homme y aurait trouvé refuge, Beyrouth parce qu'il s'y prépare une rencontre révisionniste internationale.

A Berne, on ne se montre pas très loquace, mais ce silence masque difficilement l'embarras. Tout au plus le porte-parole du département fédéral des affaires étrangères a-t-il consenti à admettre, vendredi 16 février, qu'un mandat d'arrêt international avait bel et bien été lancé contre le condamné. L'ambassadeur à Beyrouth, a-t-il précisé, devait même entreprendre en fin de semaine, à titre préventif, une démarche officielle et écrite auprès du ministère des affaires étrangères afin d'expliquer aux responsables libanais pourquoi la Suisse souhaitait voir cesser les agissements de son ressortissant.

C'est que les indices que l'homme s'active à organiser, dans la capitale libanaise, la première rencontre jamais réunie par des négationnistes de tous horizons dans un pays arabe se multiplient. Ajournée à plusieurs reprises, la « conférence internationale de Vérité et Justice », une association présidée par Juergen Graf, a en effet été annoncée du 31 mars au 3 avril à Beyrouth. Le fuyard s'y serait consacré depuis qu'il a faussé compagnie à ses concitoyens pour un « voyage d'étude » à Téhéran, où ses amis disent qu'il se trouve encore.

Tout en se renvoyant la balle, les responsables suisses avouent du bout des lèvres qu'ils aimeraient bien mettre la main au collet de l'historien révisionniste et que, s'il était arrêté, la Confédération helvétique demanderait son extradition. Sans guère se faire d'illusions. C'est qu'il n'existe pas de traité d'extradition entre la Suisse et l'Iran, ni d'ailleurs entre Berne et Beyrouth. De surcroît, un criminel ne peut être extradé que pour un crime considéré comme tel d'après les lois du pays où il a trouvé refuge...

MAUVAIS JEU DE PISTE

Le vice-ministre iranien des affaires étrangères, Ali Ahani, était certes, jeudi 15 février, à Berne, mais c'était pur hasard : une simple visite de courtoisie à l'issue de laquelle les deux parties ont déclaré souhaiter renforcer leur coopération. Le porte-parole du ministère helvétique ignore s'il a été question de Juergen Graf lors de cette discussion « très cordiale ».

Sans doute est-ce aussi pure coïncidence si le Teheran Times publie actuellement une série de seize articles sous le titre révélateur de « Une conspiration sioniste : le mensonge d'Auschwitz ». D'après des membres du groupuscule Vérité et justice, Juergen Graf résiderait dans la capitale iranienne depuis novembre 2000. Début février, il s'est même manifesté sur un site Internet des négationnistes helvétiques, affirmant qu'il ne rentrerait pas en Suisse et indiquant, après sa signature, « en exil à Téhéran ». Autant de signes sur un mauvais jeu de piste pour une vraie cavale dont les autorités fédérales se seraient fort bien passées.

Jean-Claude Buhrer

ARTICLE PARU DANS L'EDITION DU 18.02.01