L'appel de quatorze intellectuels arabes contre une conférence négationniste

LE MONDE | 15.03.01 | 13h45 | chronique

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A L'INITIATIVE de deux organisations négationnistes néonazies, la suisse Vérité et justice et l'américaine Institute for Historical Review (IHR), une conférence intitulée " Révisionnisme et sionisme " est prévue du 31 mars au 3 avril à Beyrouth. " Des chercheurs et activistes révisionnistes célèbres de différentes nationalités doivent y participer ", reflétant ainsi la coopération croissante entre chercheurs " indépendants " de pays européens, des Etats-Unis et du Proche-Orient, peut-on lire sur le site Internet d'IHR. Ce n'est plus un secret pour personne à Beyrouth que les autorités libanaises sont soumises à de multiples pressions pour interdire cette conférence. Mais, à ce jour, les sources les mieux informées dans la capitale libanaise ne sont pas en mesure de dire où celle-ci se tiendra, ni qui en est le parrain côté libanais.

Un groupe de quatorze intellectuels arabes a donc décidé de dénoncer, dans un appel, cette conférence qui, sous le prétexte plus que probable de solidarité avec la cause palestinienne, développera des thèses négationnistes, niant la réalité du génocide commis par les nazis contre les juifs. " Nous, intellectuels arabes, sommes indignés par cette entreprise antisémite. Nous alertons à ce sujet les opinions publiques libanaise et arabes et appelons les autorités compétentes du Liban à interdire la tenue à Beyrouth de cette manifestation inadmissible ", écrivent les signataires de l'appel, qui font partie de l'élite intellectuelle arabe : les poètes Adonis (Liban) et Mahmoud Darwich (Palestine), l'historien Mohammed Harbi (Algérie), les écrivains Jamel Eddine Bencheikh (Algérie), Mohamad Berada (Maroc), Dominique Eddé, Elias Khoury, Gérard Khoury et Salah Stétié (Liban) Fayez Mallas et Farouk Mardam-Bey (Syrie), Edward Saïd, Khalida Saïd et Elias Sanbar (Palestine).

" Cette initiative, qui utilise le Liban comme plate-forme de ses propres objectifs, survient au moment où un groupe d'intellectuels libanais organisent de leur côté un colloque intitulé "Mémoire pour l'avenir" qui propose, pour la première fois depuis la fin de la guerre libanaise, un cadre de réflexion et de débat sur un passé meurtrier ", ajoutent-ils, en précisant que, " parmi les invités à ce dernier colloque l'historien Pierre Vidal-Naquet, le juriste Antoine Garapon, le professeur Jean-François Bergier, président de la commission d'experts pour la seconde guerre mondiale, ainsi que de nombreux autres écrivains, historiens, sociologues libanais et étrangers ".

Dans un courageux éditorial publié récemment par le quotidien saoudien El Hayat, sous le titre " Les Protocoles des sages de Beyrouth ", le Libanais Joseph Samaha n'avait pas hésité à écrire de son côté que la tenue d'un tel forum à Beyrouth " déshonore le Liban ". Traitant les participants à cette conférence de " falsificateurs de l'histoire ", Joseph Samaha ajoute : la tenue d'une telle conférence dans la capitale libanaise suggérera que " le combat défensif arabe contre Israël et ses alliés est, d'une manière ou d'une autre, la prolongation du projet d'extermination nazie ".

" Au nom des victimes palestiniennes et arabes, cette conférence prendra la défense du bourreau nazi et de son crime contre les juifs ", écrit encore l'éditorialiste, qui refuse que " la cause palestinienne " serve de " faux témoin " à une tentative de réécriture négationniste de l'histoire européenne.

Mouna Naïm