Aux origines de l’Intifada

La volonté de guerre de Yasser Arafat

Des responsables palestiniens continuent d’exprimer leur point de vue sur la question des raisons de l’Intifada, et leur propos infirment clairement la thèse dite de « la faute à Sharon ».

En voici quelques exemples récents :

1. Le ministre palestinien des Communications, Imad Al Faluji, a visité le camp de réfugiés Ein Al Hilweh, proche de Tyre, au Sud Liban, le 2 mars. Voici un extrait de la dépêche de l’agence Associated Press :

          « Faluji a déclaré que l’Intifada contre les Israéliens a ete planifiée depuis le sommet de Camp David, qui a échoué en juillet 2000. Il a ajouté que cela serait une erreur que de croire que la raison de l’irruption de l’Intifada était la visite de Sharon sur l’esplanade des mosquées. Selon Faluji, « cela a été planifié depuis le retour d’Arafat de Camp David, où il a refusé les propositions de Clinton ». » (Associated Press 2/3/2001)

 

2. Le Nouvel Observateur publie, dans son numéro du 3 mars, des témoignages et opinions palestiniens, dont celui de Mamdoh Nofal, militant du FDLP ( Front Démocratique pour la Libération de la Palestine). C’est en expliquant son opposition personnelle à l’usage d’armes à feu contre les Israéliens qu’il révèle le choix tactique qu’avait fait Arafat :

       « C'est la guerre des pierres qui m'a convaincu de la vanité de la lutte armée, raconte ce costaud aux cheveux poivre et sel, qui a du mal à se défaire de ses habitudes furtives de guérillero et qui partage aujourd'hui son temps entre la rédaction de ses Mémoires, des chroniques pour le quotidien Al-Ayyam et les réunions du conseil militaire de Yasser Arafat. J'ai constaté que les gamins de l'Intifada avaient obtenu davantage avec leurs mains nues que nous avec nos Kalachnikovs. C'est pourquoi, quelques jours avant la visite de Sharon sur l'esplanade des Mosquées, lorsque Yasser Arafat nous a demandé d'être prêts à nous battre, j'ai plaidé pour des manifestations populaires massives et contre l'usage des armes. C'est vrai que les Israéliens ne respectaient pas leurs engagements et faisaient traîner les négociations, mais il fallait, une nouvelle fois, utiliser contre eux l'arme qui nous avait attiré la sympathie du monde entier et qui avait contraint Rabin à ouvrir le dialogue. Djibril Rajoub, le chef de la sécurité préventive en Cisjordanie, n'a cessé, lui aussi, de mettre en garde Arafat contre le danger d'une confrontation armée. En vain. Abou Amar (Arafat) était convaincu qu'au bout de deux ou trois jours, le déséquilibre des forces serait si intolérable que les Américains, les Européens et les Arabes conseilleraient à Barak de reprendre les négociations. » (Nouvel Observateur n° 1895 du 3/III/01)

Toujours dans le même reportage, d’autres palestiniens critiquent, eux aussi, le choix delibéré de la lutte armée : 

 « Depuis le début de « l'Intifada al-Aqsa », il y a cinq mois, d'autres voix palestiniennes ont plus ou moins ouvertement critiqué le recours aux armes. Pour Saleh Abdel Jawad, directeur du département d'histoire et de sciences politiques à l'université de Bir-Zeit, il s'agit d'une « stratégie erronée, désastreuse ». Fondateur du Jérusalem Media and Communication Center (JMCC), un centre d'études politiques de Jérusalem-Est, Ghassan Khatib dénonce, lui, « une erreur stupide ». A Gaza, le psychiatre Eyad el-Sarraj, président du Centre de Santé mentale, qui a déjà eu des déboires avec l'Autorité palestinienne pour avoir dénoncé la corruption de certains de ses responsables, estime que Yasser Arafat est « tombé dans le piège que lui tendaient les Israéliens. « Je crois à la résistance non violente. Mais elle suppose chez nous la création d'un véritable camp de la paix. Sadate a été capable, en quelques mots, de gagner la sympathie des Israéliens. Arafat aurait dû s'en souvenir. Nous pouvons tuer des Israéliens, bien sûr. Mais avec quel résultat ? Chaque mort chez eux, c'est une famille de plus qui nous hait. » »

 

3. Pour mémoire, des propos allant dans le même sens ont déjà été tenus début décembre, par le ministre Faluji. Ils ont été rapportés par le quotidien palestinien Al Ayam :

 

  « Imad Al Faluji a dit, lors d’un colloque sur l’Intifada tenu à Gaza le 5/XII/2000, que l’Autorité palestinienne avait commencé à préparer l’Intifada actuelle après le retour des négociateurs de Camp David, à la demande du Président Yasser Arafat qui a prévu que l’Intifada éclate comme phase complémentaire de la position de force palestinienne dans la négociation, et pas seulement comme protestation contre la visite de Sharon sur l’esplanade des mosquées. »

(Al Ayam, 6/XII/2000)

 

4. Voici également un extrait d’une interview de Sahar Habbash, un dirigeant du Fatah, dans la revue palestinienne Al Hayat Al Jedideh (7/XII/2000) :

« D’après les informations provenant de Camp David, d’après les analyses des  visions politiques après ce sommet, et aussi d’après des propos d’Arafat, il s’est avéré au Fatah que la phase suivante requiert que l’on se prépare à une confrontation, puisque Barak n’est pas un partenaire qui peut satisfaire les aspirations de notre peuple. Le Fatah s’est prépare plus que tous les autres mouvements nationaux à cette confrontation. »

 Paris, le 6 mars 2001

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