vendredi 14 septembre 2001, 20h33

 

L'Autorité palestinienne prise au piège du "syndrome Ben Laden"

CAMP DE REFUGIES DE NUSSEIRAT (bande de Gaza), 14 sept (AFP) - L'Autorité palestinienne, tétanisée par les conséquences des attentats aux Etats-Unis, se trouve acculée à des expédients, comme en témoigne la confiscation vendredi des images d'une manifestation où figurait un portrait d'Oussama Ben Laden.

Lors d'un rassemblement du mouvement radical islamiste palestinien Hamas dans le camp de réfugiés de Nusseirat, dans la bande de Gaza, des centaines de personnes ont porté, au milieu des drapeaux verts, un grand portrait du principal suspect des attentats sanglants sur le sol américain, sur lequel on pouvait lire: "le cheikh moudjahid (combattant) Oussama Ben Laden".

Aussitôt après la fin de la manifestation, la police palestinienne a interpellé un rédacteur et un photographe de Reuters, un photographe de l'AFP, un cameraman d'APTV et le correspondant de la télévision satellitaire d'Abou Dhabi.

Ils ont été relâchés après confiscation de leurs cassettes et pellicules. La police a également saisi l'appareil du photographe norvégien de l'AFP Odd Andersen, seul étranger interpellé, et le lui a ensuite restitué sans sa disquette.

Les autorités ont affirmé que la manifestation, organisée en hommage du premier Arabe israélien auteur d'un attentat suicide, le 9 septembre en Israël, n'était pas autorisée et sa couverture par conséquent illégale, sans expliquer pourquoi les forces de l'ordre n'avaient pas fait respecter cette interdiction.

La police a interpellé M. Andersen au moment où il montait en voiture pour rentrer à Gaza, à quelques mètres du lieu de la manifestation.

L'AFP a adressé une protestation officielle au président palestinien Yasser Arafat à la suite de cet incident.

L'Autorité palestinienne a multiplié depuis mardi les initiatives, jusqu'à présent stériles, pour conjurer l'amalgame entre les attentats aux Etats-Unis, qu'elle a condamnés sans ambiguïté, et les attaques suicide en Israël qui sont devenus l'un des aspects de l'Intifada.

Le harcèlement contre les journalistes coupables d'avoir montré des scènes de joie dans les territoires palestiniens après les attentats, en particulier à Naplouse en Cisjordanie, s'est accompagné de négations pures et simples des faits.

L'Autorité palestinienne a ainsi démenti toute manifestation de joie, même très circonscrite à Naplouse ou à Khan Younès (sud de la bande de Gaza), au mépris des images et des témoignages, et bien qu'aucun Palestinien n'ait, selon toute vraisemblance, trempé dans les attentats aux Etats-Unis.

Face aux célébrations de quelques dizaines de Palestiniens à Jérusalem-est occupée par Israël, désastreuses pour la cause palestinienne, l'Autorité n'a pu que tenter de limiter les dégâts de ce "Pearl Harbor médiatique".

M. Arafat a donné son sang pour les victimes américaines, dans un geste hautement symbolique, tandis que les porte-parole palestiniens se succédaient à la télévision pour expliquer que les démonstrations de joie témoignaient d'une incompréhension de l'événement et ne reflétaient pas le sentiment de l'ensemble de la population.

 

 
samedi 15 septembre 2001, 8h28

 

Le portrait de Ben Laden brandi pendant une manifestation à Gaza

JERUSALEM (AP) -- Quelque 1.500 Palestiniens, à l'appel du Mouvement de la résistance islamique (Hamas), ont défilé dans le camp de réfugiés de Nusseirat dans la bande de Gaza, brûlant des drapeaux israéliens et brandissant un portrait géant d'Oussama ben Laden, suspect numéro un des attentats aux Etats-Unis.

A l'issue de la manifestation, la police palestinienne a interrogé plusieurs journalistes couvrant l'événement et confisqué films, vidéos et matériel. Un photographe d'Associated Press a été mis en garde contre toute publication des photos du portrait de Ben Laden.

Selon la police palestinienne, la manifestation était interdite et du matériel illégal saisi.

L'Autorité palestinienne tente d'éviter toute couverture d'éventuelles manifestations de soutien aux terroristes ayant frappé le World Trade Center à New York et le Pentagone à Washington.

Plus tôt dans la semaine, la police avait empêché les journalistes de filmer une autre manifestation de ce type, les officiels palestiniens déclarant qu'elle n'était pas représentative de l'opinion palestinienne

Communiqué de l'Association de la presse étrangère en Israël  (FPA - Foreign Press Association) diffusé par le Comite Directeur de celle-ci le 13 septembre 2001.

La FPA exprime sa profonde préoccupation concernant le harcèlement de journalistes par l’Autorité Palestinienne, qui s’est produit lorsque des policiers et des personnes armées de fusils ont tenté d’empêcher la prise d’images , vidéo et photo, d’un meeting à Naplouse, où des centaines de Palestiniens avaient célébré les attentats terroristes à New York et Washington. Nous condamnons vigoureusement les menaces directes lancées à l’encontre de cameramen locaux par des membres des milices locales, ainsi que l’attitude des responsables palestiniens qui n’ont fait aucun effort pour s’opposer aux menaces, contrôler la situation ou garantir la sécurité des journalistes et la liberté de la presse.

Nous appelons l’Autorité Palestinienne à assurer la liberté de presse et la libre circulation de l’information, à empêcher des éléments agissant sous la juridiction de l’Autorité Palestinienne de proférer ou d’exécuter des menaces visant à faire obstacle à cette libre circulation de l'information, en imposant ainsi une censure de fait.

Nous tenons l’Autorité Palestinienne pour responsable de la sécurité de chacun des journalistes opérant dans ses territoires, et en particulier de ceux qui tournaient des images et assuraient la couverture des événements de mardi (11 septembre) a Naplouse.