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«Nous ne sommes pas la DST:
s'il n'y a rien d'anormal, on ne gèle pas.» Un banquier français
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première fois, deux voix se sont élevées pour émettre un puissant
bémol à la portée de la campagne de lutte contre le financement du
terrorisme via les centres off-shore lancée par les
Etats-Unis (1) et reprise par leurs alliés, depuis les attentats du
11 septembre. A l'occasion de la présentation de leur rapport sur la
City de Londres et sur les territoires dépendant de la Couronne
britannique, les députés Vincent Peillon et Arnaud Montebourg (PS),
président et rapporteur de la Mission d'information sur la
répression de la délinquance financière et du blanchiment des
capitaux en Europe, ont pointé les limites d'une opération qui, à
bien des égards, permet à certains Etats de se refaire une
virginité.
Tout en souhaitant éviter tout malentendu - «il faut lutter
contre le terrorisme» -, Vincent Peillon estime que
«l'existence de ces paradis réglementaires n'est aucunement
remise en question par ceux qui s'attaquent au terrorisme et à son
financement [...] Tant mieux si on intervient, mais il faut
être conscient, pour éviter de tomber dans l'illusion, qu'en menant
la guerre contre 27 entités (1) on ne s'attaque pas à
l'existence du système». Le président de la mission s'est par
ailleurs déclaré «furieux contre la stigmatisation des banques
islamiques», qu'il assimile «à un abaissement de la
conscience universelle. Bien sûr, certaines ont une responsabilité
dans le financement du terrorisme, mais il existe par exemple 500
banques étrangères à la City. Il est faux de faire croire que le
principal problème est représenté par ces banques». Le député
craint de vivre depuis peu «dans une démocratie de l'émotion, où
on dit n'importe quoi pendant deux semaines, et ensuite tout
continue comme avant».
Assouplissement. A ce titre, il faut se souvenir qu'en
juin les Etats-Unis, chevalier blanc de la lutte contre le
financement du terrorisme depuis le 11 septembre, ont obtenu, à
l'occasion d'un accord avec l'OCDE, un assouplissement en matière
fiscale en faveur des Etats placés sur la liste noire du Gafi
(Groupe d'action financière sur le blanchiment de capitaux). A
l'époque, la lutte contre les centres off-shore favorables à
des organisations terroristes ne semblait pas une priorité de
l'administration Bush.
Arnaud Montebourg a lui aussi critiqué ce qui ressemble à de
l'opportunisme. La preuve, note le député, la liste des banques de
Londres ayant abrité l'argent du dictateur nigérian Abacha n'a été
publiée que le 3 octobre, alors que la demande avait été formulée il
y a cinq ans.
Ecuries. «Il va falloir que le gouvernement [anglais], dont le
Premier ministre prêche partout dans le monde la lutte contre le
terrorisme, mette de l'ordre dans ses écuries», a lancé Arnaud
Montebourg, qui estime qu'à la City «la lutte contre la
délinquance financière est insuffisante au regard des standards
internationaux. C'est un asile inacceptable pour les capitaux
criminels.» Paradis fiscal, financier, bancaire, la
Grande-Bretagne est aussi, selon les parlementaires français, un
paradis judiciaire. Alors que Londres, première place financière au
monde, abrite six fois plus d'avoirs que Paris, à peine une centaine
de procédures pour des affaires de blanchiment ont été initiées en
dix ans, contre 80 en France pour la seule année 2000. «Nous
rejetons les conclusions de ce rapport, qui étaient inexactes avant
le 11 septembre et sont encore plus fausses depuis», a vivement
réagi le porte-parole du Premier ministre britannique, Tony Blair.
Enquêteurs. Les députés français ont annexé à leur rapport
un document intitulé Environnement économique de Ben Laden.
Ce rapport de 71 pages a en fait déjà été exploité par plusieurs
médias et attribué à des auteurs différents et anonymes. Selon
Arnaud Montebourg, il s'agirait d'enquêteurs travaillant pour une
entreprise privée.
(1) Les avoirs de 27 individus et entités soupçonnés d'être
proches de Ben Laden ont été gelés sur décision du président Bush. |
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Le gel des
avoirs, une vieille
histoire L'Onu l'avait demandé en
vain il y a deux ans.
RENAUD LECADRE |
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n apparence,
l'opération «assécher les financements du terrorisme» est
couronnée de succès. «Plusieurs centaines de millions de
dollars» ont été gelés, indiquait lundi soir Condoleezza Rice,
conseillère de George Bush pour la Sécurité nationale. Enfonçant un
peu plus le clou, l'administration américaine planche sur une
deuxième liste d'une vingtaine d'entités ou personnalités, dont les
avoirs bancaires devront être bloqués, à l'instar des 27 personnes
ou organisations liées au réseau Ben Laden et détaillées dans le
premier executive order signé le 24 septembre par Bush. La
plupart des pays occidentaux ont, depuis, publié le montant des
comptes gelés chez eux comme autant de communiqués de victoire.
Mais, pour l'essentiel, il s'agit de réchauffé, d'avoirs des taliban
dont le gel avait été ordonné - en vain, manifestement - il y a deux
ans. Deux ans de perdus, avant que la série d'attentats ne réveille
les consciences.
Listes. En octobre 1999, une première résolution de l'ONU
(n° 1267) ordonnait le «gel des fonds et autres ressources
détenus directement et indirectement par les taliban» et
instituait un Comité des sanctions chargé d'identifier et de dresser
la liste des personnes ou entités visées. Cinq mois plus tard, un
règlement européen (n°337/2000) transcrit cette résolution en droit
communautaire, annexant une liste concoctée par le Comité des
sanctions. Tout semble sur les rails, mais rien ne se passe. En
décembre 2000, le Conseil de sécurité de l'ONU doit revenir à la
charge en «rappelant à tous les Etats membres l'obligation
d'appliquer rigoureusement la résolution 1267». Aux avoirs du
régime des taliban, cette nouvelle résolution (1333) ajoute le
«gel sans retard des fonds et autres actifs financiers d'Oussama
ben Laden, y compris l'organisation Al-Qaeda». Il ne se passe
toujours rien, puisqu'une troisième résolution, adoptée en juillet
2001 (1363), souligne que «tous les Etats membres sont tenus de
respecter pleinement les résolutions 1267 et 1333».
Entre-temps, l'Union européenne s'est ébrouée en adoptant un
deuxième règlement (mars 2001, n°467), qui, s'il n'ajoute rien au
précédent, publie officiellement en annexe la dernière liste établie
par l'ONU, comportant 168 noms: outre les membres du gouvernement
afghan, de son administration et de quelques entreprises nationales,
elle comporte les principaux membres de l'état-major d'Al-Qaeda. Il
est suivi d'un troisième (juillet 2001, n°1354) au motif que la
liste aurait été récemment modifiée: en fait, elle n'ajoute que
l'Agricultural Development Bank of Afghanistan, basée à Londres,
tout en précisant que l'Afghan National Bank et la Bank Millie
Afghan ne font qu'une.
Des différents pays occidentaux, seule l'Allemagne a joué franc
jeu. Selon un rapport publié le 2 octobre, les 214 comptes bancaires
gelés outre-Rhin, pour un montant de 4 millions de dollars, sont
liés (sauf 2 d'entre eux) à la vieille résolution de l'ONU enfin
appliquée. Ce même document précise que seulement 13 comptes avaient
été gelés avant la série d'attentats. En France, impossible d'avoir
des informations aussi précises. Bercy est aux abonnés absents. Il
faut se contenter d'une déclaration de Fabius, le 3 octobre devant
l'Assemblée, raccourci historique saisissant: «Notre pays a été
le premier à geler les avoirs des 27 groupes et personnes identifiés
par l'"executive order". Il a également confirmé le gel, décidé peu
auparavant (sic), des fonds taliban sur la base d'un
règlement communautaire et d'une résolution du Conseil de sécurité.
Le total des montants ainsi gelés s'élève à 30 millions de francs.»
Au Royaume-Uni, qui affiche la plus importante prise (88
millions de dollars d'avoirs gelés), le chancelier de l'Echiquier
Gordon Brown a benoîtement expliqué le 1er octobre qu'il s'agissait
de l'application d'une résolution des Nations unies adoptée l'an
dernier. Ironie de l'histoire, seule la Suisse semble avoir fait
diligence dès octobre 2000 par une ordonnance sur le gel des comptes
désignés par l'ONU. Mais pour un maigre butin...
La traque des banques elles-mêmes, du moins celles supposées
fournir une logistique financière aux réseaux de Ben Laden,
s'annonce aussi tortueuse. Les Etats-Unis ont désigné huit d'entre
elles, dont quatre au Soudan. La Al-Shamal Islamic Bank est la plus
célèbre, puisqu'un rapport américain indique qu'elle aurait été
fondée par Ben Laden pour les besoins d'Al-Qaeda, mais sans plus de
précisions, ce qui permet à son actuel président, Mohammed Sheik
Mohamed, d'affirmer que Ben Laden «n'a pas, à l'heure actuelle,
de relation avec la banque, ne dispose pas d'un compte et n'en est
pas actionnaire». La banque Al-Shamal dispose de comptes en
Suisse, ouverts chez des collègues banquiers, dont les Français BNP
et Crédit Lyonnais.
Mot d'ordre. Sitôt la chose rendue publique par un sénateur
américain, le Lyonnais a annoncé le gel de ce compte «par
principe de prudence et de précaution»: placé sous la menace de
l'affaire Executive Life, qui risque de lui coûter son agrément
bancaire aux Etats-Unis, le Lyonnais à intérêt à jouer les bons
élèves... Au contraire, la BNP a choisi de le laisser fonctionner,
après en avoir informé les pouvoirs publics, au motif que rien de
suspect n'aurait été détecté sur ce compte. «Le mot d'ordre est
de collaborer, souligne un banquier français, mais nous ne
sommes pas la DST: s'il n'y a rien d'anormal, on ne gèle pas. Ce
n'est pas parce qu'une banque est islamique qu'elle est liée aux
terroristes.» De fait, on imagine assez mal Ben Laden ou ses
associés ouvrir un compte en leurs noms propres. Un autre banquier
est plus circonspect: «Tant qu'il y aura des paradis fiscaux, on
ne trouvera rien. A moins de remettre en cause tout le système
financier, je ne vois pas comment on peut faire...». |

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