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Le ministre des affaires étrangères israélien | AFP
 Shimon Pérès, ministre des affaires étrangères israélien | AFP
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LA TERREUR - UNE MENACE MONDIALE                                          Par Shimon Peres

 L'attaque des « Tours jumelles » (« Twin Towers ») et du Pentagone révèle une autre face de la mondialisation - Celle du terrorisme. Jusqu'à présent, nous étions conscients de la mondialisation économique. Lorsque l'économie a cessé de dépendre de la terre, son rôle en tant qu'économie nationale a cessé. Lorsque l'économie s'est déplacée de la terre vers la science, la technologie et les télécommunications - les territoires, les frontières, la mer et la terre ont perdu de leur importance et l'économie est devenue mondiale. Même quand les pays sont demeurés des Etats-Nations, ils ont transféré des pans de leur économie vers le privé, car la privatisation, elle aussi, n'est pas un simple concept, mais le résultat de la mondialisation. La modification substantielle de la nature de l'économie mondiale a diminué l'importance des armées, crées à l'origine pour protéger la terre. Aucune armée n'est en mesure de conquérir la science ou un cyber-espace. La fonction des guerres traditionnelles en tant que moyen de défense est en train de s'affaiblir progressivement. En dépit de cela, les conflits n'ont pas cessé. Plus que jamais, le conflit est devenu celui d'un monde connecté, (prospérant dans le domaine du High-Tech), contre un monde déconnecté, retranché dans l'agriculture, la pauvreté et le nationalisme. La terreur semblait être, jusqu'à présent, l'arme du pauvre, du frustré, du fanatique, de celui qui vit encore dans le monde d'hier. Elle est devenue un instrument très dangereux. Les armes modernes aussi bien que les avions civils, sont tombées entre les mains des anarchistes, et au nom d'un Dieu qui pardonnerait tous les meurtres, ces derniers se sont transformés en assassins de masse qui exploitent tous les moyens de communication pour traverser les frontières. En conséquence, le monde est en train de se déplacer d'une position de stratégie nationale vers une stratégie mondiale. Nous passons des batailles entre armées à une lutte contre des dangers. D'un monde d'ennemis (nationalistes), vers un monde de dangers (mondiaux).   Le danger mondial n'a pas de frontière. Il peut frapper n'importe où et à tout moment. Dépourvu de valeurs humaines, les atrocités qu'il pousse à commettre sont aveugles, illimitées. Assassinant des civils et des innocents, il diffuse l'horreur. Il est la personnification du diable contemporain. Il n'y a pas de compromis possible entre les actions immorales et le comportement humain. Si le terrorisme inspiré par le diable arrivait à prévaloir, toutes les sources seraient empoisonnées et tous les enfants assassinés. Cela mettrait en danger la liberté et la sécurité du monde entier, de chaque pays, de chaque individu. Le terrorisme a la faculté de créer le pandémonium dans le trafic aérien local et international, assénant un coup fatal au tourisme, ruinant le commerce mondial, entraînant la peur et sapant la sécurité. Comment peut-on y faire face ? Pour commencer, l'envergure du danger devra être connue et sa véritable nature identifiée. Il est nécessaire de comprendre que le terrorisme ne pourra cesser tant que le dernier terroriste dans le monde ne sera pas sous les verrous. La situation actuelle doit être clairement perçue : nous avons des armées dénuées d'ennemis ; et nous avons des dangers dépourvus d'armées. Il n'y a pas d'autre choix que d'adapter l'ensemble du système mondial de défense pour faire face au nouveau danger mondial auquel nous sommes confrontés. Prenons l'OTAN pour exemple. Une organisation qui a été fondée pour contenir la menace que représentait l'Union Soviétique. Depuis son effondrement, l'OTAN n'affronte pas de réel ennemi. D'un autre côté, l'OTAN dispose de vastes forces armées, d'importants budgets et d'experts qualifiés qui peuvent être utilisés , non pas pour lutter contre les ennemis d'hier mais contre les dangers de ce jour. Naturellement, la coalition de l'OTAN doit être modifiée pour y inclure la Russie, l'Inde, la Chine et le Japon, qui se sont positionnés du côté des Etats-Unis et de l'Europe dans la nouvelle alliance contre le terrorisme. L'OTAN doit adopter une nouvelle stratégie et créer une coalition adaptée pour lutter contre le terrorisme mondial. A l'opposé des guerres conventionnelles entre armées en uniforme et pays se battant sur le front, la campagne contre le terrorisme devra être dirigée contre des ennemis sans carte d'identité et à des endroits ne constituant pas un « front ». Il s'agit d'une bataille qui devra plutôt être menée dans de sombres coins que sur des lignes de front. C'est un conflit qui aura affaire avec les mensonges, les distorsions, l'hypocrisie des meurtriers faisant la promotion de la terreur, parfois même sous l'apparence d'hommes de religion. Une campagne qui punira les pays parrainant le terrorisme et soutenant les nations qui s'y opposent. Ce combat doit être planifié de façon systématique. Il devra, pour déjouer les menaces terroristes, utiliser tous les instruments disponibles : des informations précises et mises à jour ; une pleine coopération ; la répression de l'incitation manifeste ou voilée ; la recherche minutieuse des sources de financement ; le contrôle de l'exploitation médiatique. Et tout ceci devra être effectué dans des conditions difficiles, puisque les démocraties ne peuvent, et ne doivent pas, se libérer de leurs valeurs morales, même dans le cas d'une guerre aussi amère. On ne doit pas oublier que les démocraties ont été contraintes de concevoir des mécanismes anti-démocratiques, (les armées, les services de renseignements et les forces de police), pour protéger la vie humaine. Les armées ne disposent pas de liberté d'expression ou des droits qui sont d'habitude ceux des travailleurs ; on ne peut désobéir à aucun ordre. Ce sont des corps disciplinés. Il est encore évident que les démocraties ne peuvent survivre sans la défense militaire, qui semble contredire leur toute première idéologie. Naturellement, une armée dans un pays démocratique doit être soumise à l'autorité des institutions élues et ne fonctionne pas en tant qu'entité indépendante. Les mesures applicables à une armée disciplinée doivent à présent être appliquées à la lutte contre le terrorisme, utilisant la même formule et dans les limites des mêmes restrictions. La lutte contre la terreur doit être efficace pour protéger la vie humaine et sauvegarder la liberté. Aucun de nous ne cherche à transformer le terrorisme en guerre, ou en prétexte pour faire la guerre contre des religions, des peuples ou des groupes spécifiques. La guerre contre le terrorisme doit se concentrer sur le terrorisme uniquement. Pour cette raison, des hommes de religion ou des dirigeants spirituels devraient ouvertement appeler le dévot à se joindre à la guerre contre la terreur. Ils devraient prohiber les actes de suicide que certains utilisent pour tuer. Le Tout-Puissant nous enjoint de maintenir la sanctification de la vie et nous interdit de justifier les meurtres. Le nouveau danger est énorme et terrible. On ne pourra le vaincre avec de vaines paroles ou la menace d'une seule épée. Il doit toutefois être défait. Et nous vaincrons.

Shimon Peres, Vice Premier ministre et ministre des Affaires étrangères.      

ARTICLE PARU DANS L'EDITION DU 16.10.01

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