Programme
Prof. Gérard Rabinovitch
Centre National de la Recherche Scientifique (CNRS), France

De la toute puissance chosifiante et du discours de la science

Aujourd'hui la Science, de plus en plus, non comme méthode (qui constitue, elle, une percée rationaliste de l'épreuve de la connaissance) mais comme discours, vient occuper la place de la Religion. Or ce qui fait les fondements de ce discours, de sa séduction moderne, c'est son universalité et sa communicabilité. Mais en même temps celles-ci ne tiennent qu'au rejet de toute question ontologique, de toute interrogation sur le sujet.

La Science ne nous dit rien -comme ont pu le pointer certains psychiatres psychoanalystes, attentifs à ces questions et aux impacts psychologiques qui s'en déduisent- des insaisissables autour desquels tournent les hommes: "Qu'est-ce qu'un Père, une filiation, la jouissance, le courage, la lâcheté, etc.". Elle ne veut rien savoir, non plus, de quels désirs elle procède. Celui des sujets qui la fabriquent, les poussant à s'affranchir des limites au savoir institué. Et celui de ceux qui l'activent, en trouvant dans ses différents secteurs, résidences et bénéfices.

La Science dans son discours implicite (considérablement aggravé par le sollicitations particulières de son traitement médiatique), dessine un monde où le "faisable" l'emporte d'office sur le "souhaitable", ainsi que le soulignait le philosophe et sociologue Cornélius Castoriadis. D'autant que dans sa facette "biologique" - nazie compatible, comme l'Histoire l'a amplement démontré, les scientifiques n'hésitent pas à tripatouiller le vivant (bioengineering), à manipuler les filiations (P.M.A.), à court- circuiter les enchainements générationnels (clonage) et pire encore (fabrication de chimères).

Ainsi la lente et constante installation du Discours de la Science en lieu et place de la Religion se fait concommitoirement avec le dessin en pointill d'une Science dont le XIXème siècle avait fait un des vecteurs du progrès social et un allié de l'émancipation citoyenne et démocratique, mais dont les implicites aujourd'hui, aussi réels que fantasmatiques, lui composent davantage, au fil des années, un profil inattendu d'agent chosifacteur de l'humain, vecteur culturel d'anomie et, dans ce cas, potentiel amorceur de violences.

Il faudrait questionner de quels traits insus dans la culture occidentale se soutient le débridement de la science contemporaire, nontamment dans se versant biologiques? Tender d'identifier de quoi elle participe, dans "le malaise dans la Civilisation" actuel, en s'en faisant le réceptacle comme véhicule? Et se demander si l'exercice démocratique consistérait, par l'euphémisation et sous le bouclier "compassionnel", à s'auto-appliquer collectivement, dans les versions contractuelles de l'offre du marché démocratique, ce qui s'était initialement abattu, dans la férocité et l'epouvante, de son brouillon totalitaire.

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