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 Les juifs français et Israël
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| L'Express du
01/02/2001 |
Rony
Brauman |
| «Ma
judaïté n'est ni un drapeau ni une
honte» |
| propos recueillis par Vincent
Hugeux | |
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| Pionnier
exigeant et sagace de l'aventure humanitaire, Rony
Brauman rechigne d'ordinaire à s'exprimer «en tant que
juif». Il le fait ici |
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©
J.C.Dupin pour L'Express Quelle image symbolise, à vos yeux,
le destin d'Israël? Ce n'est pas une image, mais
un slogan: le rêve brisé. Un rêve d'émancipation enfermé
dans un ghetto, un rêve d'affranchissement où le
libérateur se fait oppresseur. Constat partagé le plus
souvent par les sionistes idéalistes. Pourtant, jusqu'en
1967, tout allait bien. J'avais alors 17 ans. Hanté par
la destruction d'Israël, je partageais mon temps entre
la préparation du bac et une écoute fiévreuse de la
radio. La victoire d'Israël fut un soulagement. A
l'époque, je me disais ceci: ceux qui méritent de vivre
vivront.
Votre entourage était-il
sioniste? De souche polonaise, profondément
religieux, mes grands-parents parlaient le yiddish.
Adolescent, je subissais les fêtes religieuses, que mes
parents célébraient par respect pour les leurs, comme
une corvée. Mon père était quant à lui un résistant et
un vrai sioniste. Il a milité très jeune, avant de
s'établir dès 1948 en Israël. Je suis né deux ans plus
tard à Jérusalem, mais je ne garde aucun souvenir de ma
petite enfance: j'avais à peine 5 ans quand ma mère m'a
emmené en France. Mis à part de brèves vacances
familiales en 1961, pendant le procès du criminel nazi
Adolf Eichmann, je n'ai pas remis les pieds en Israël
avant l'âge adulte. Depuis lors, j'y ai séjourné trois
fois.
Pourquoi cette apparente
distance? Mon éveil politique passe par la guerre
d'Espagne et le Vietnam. Longtemps j'ai suivi le
Proche-Orient de loin. Avant de m'y plonger en 1988, à
l'heure de la première Intifada. Jusque-là, je bossais
davantage sur le Rwanda, l'Afghanistan ou l'Amérique
centrale. Et j'avais du conflit une vision simple et
claire: un îlot de démocratie - Israël - perdu au milieu
d'un océan de totalitarisme arabe soutenu par l'URSS. En
ce temps-là, on considérait que les Palestiniens, dont
on niait d'ailleurs l'existence, avaient un pays, à
savoir la Jordanie. La guerre des pierres et le naufrage
soviétique ont mis à mal ce schéma. Et hâté la fin d'un
aveuglement organisé.
©
France2/AFP Des images de
violence qui ont choqué le monde entier. Mohammed Aldura
et son père, le 30 septembre 2000, à Netzarim, peu avant
d'être atteints par la
fusillade.
A quoi
attribuer cette «conversion»? Un film,
oeuvre de mon cousin Eyal Sivan, Israélien antisioniste,
a servi de catalyseur. Il bousculait les mythes
fondateurs d'Israël, dénonçant l'usage de la mémoire
juive à des fins de propagande. Ce qui me fout encore en
pétard, ce sont ces sionistes de France prêts à se
battre jusqu'au dernier Israélien. Pas question,
assènent-ils de Paris, de restituer le Sud-Liban aux
Libanais, le plateau du Golan à la Syrie, de transiger
sur le mont du Temple ou la vallée du Jourdain... Mais
de quel droit?
Vous sentez-vous plus français
que juif? Je me vois comme un être composite. Ma
judaïté forge une partie de mon identité. Ce n'est ni un
drapeau ni une honte, mais une donnée. Juif français ou
Français juif? La question est un peu vaine. Car j'y
vois deux catégories disjointes. L'une familiale;
l'autre civile et politique. Ce qui, au passage, atteste
la réussite de l'intégration. Je ne me reconnais
nullement dans les institutions dites «représentatives».
Non que je conteste leur légitimité, mais parce qu'elles
parlent en fait au nom d'à peine 10% de la communauté.
Quand le Crif décrète, péremptoire, que les juifs de
France sont tous du côté d'Israël, je
bouillonne!
Quels dangers pèsent sur
Israël? D'abord, l'unanimisme avec lequel les
Israéliens perçoivent la question du droit au retour des
réfugiés palestiniens. Un droit qui devient à leurs yeux
un péril existentiel, vital. Au-delà de cette crispation
identitaire, je vois une autre menace: la sacralisation
de la terre et de l'Etat, porteuse à mon sens de guerre
civile. |
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