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En Israël, l'idée d'une "séparation" d'avec les territoires palestiniens progresse
Onze mois après le début de l'Intifada, de nombreux Israéliens voient dans la partition le moyen d'en finir avec le conflit et de garantir leur sécurité. Mais cet isolement des zones palestiniennes, décidé unilatéralement par l'Etat juif, se heurterait à des difficultés considérables
LE MONDE | 31.08.01 | 14h04
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PROCHE-ORIENT Un nombre croissant d'Israéliens se prononcent désormais pour une "séparation unilatérale" de l'Etat juif d'avec les territoires palestiniens. Onze mois après le début de l'Intifada, l'opinion publique voit dans cette idée une garantie pour la sécurité du pays.  SANS PARTITION, les Palestiniens finiront par l'emporter sur le plan démographique, remarque Dan Méridor, ministre israélien chargé des questions stratégiques. Ce responsable politique de centre droit est conscient des difficultés de mise en œuvre d'un tel concept et ajoute que la frontière ne recouperait pas forcément celle de 1967.  LE LONG de la "ligne verte", cette frontière non matérialisée séparant Israël des territoires occupés depuis 1967, murs et clôtures se multiplient, préfigurant ce que pourrait être un jour la réalité d'une séparation tangible entre l'Etat juif et la Cisjordanie.

Cela pourrait s'appeler la "théorie du mur". Elle est défendue par un nombre croissant d'Israéliens. Ils veulent un mur entre eux et les Palestiniens. Pas par vague nostalgie des temps de guerre froide, mais par réalisme politique. Ils appellent Israël à se séparer unilatéralement des Palestiniens, à quitter les territoires de Cisjordanie et de Gaza sans accord avec Yasser Arafat, sans rien demander à personne : une manière de fermer la porte, de fixer la frontière autoritairement, une fois pour toutes, puis de la manifester concrètement, et de la défendre, par des kilomètres de barrières.

Chez les travaillistes, l'idée n'est pas tout à fait nouvelle. L'ancien premier ministre Itzhak Rabin l'avait caressée ou, tout au moins, se faisait volontiers l'avocat d'une séparation nette d'avec les Palestiniens. Dans une version douce de la théorie du mur, le travailliste Shimon Pérès proposerait aujourd'hui - selon le quotidien israélien Maariv - un retrait unilatéral de la bande de Gaza en échange d'un cessez-le-feu. Pour le ministre des affaires étrangères, ce ne serait qu'une étape avant la reprise d'une négociation avec les Palestiniens.

L'un des poids lourds du Labour, Haïm Ramon, souhaite, lui, créer un parti dont le seul programme sera de réaliser ce retrait unilatéral des territoires. Le chef du dernier gouvernement travailliste, Ehoud Barak, flirte avec la même idée. Il évoque régulièrement l'option "unilatérale". Dans cette hypothèse, que faire des colonies de Cisjordanie et de Gaza ? Ehoud Barak exhorte les autorités israéliennes à annoncer une évacuation en temps voulu des colonies les plus isolées. Les autres, les grosses concentrations urbaines, devant être rattachées à Israël.

CYCLE SANS FIN

Et à Jérusalem ? Ehoud Barak suggère d'ériger des barrières pour séparer les quartiers arabes des autres et des couloirs intérieurs pour relier les secteurs juifs de l'est à ceux de l'ouest de la ville. Ainsi serait réalisée la séparation de corps, avec ou sans le consentement de la partie palestinienne. Certains des hommes les plus éclairés du Likoud, ou venant de cette mouvance, défendent le même projet. C'est le cas d'un Dan Meridor, l'un des princes de la droite passé au centre (lire ci-dessous), ou de Roni Milo, l'ancien maire de Tel-Aviv. Ils ont renoncé au Grand Israël. Ils n'entendent pas - ou plus - "contrôler" la vie de deux millions de Palestiniens. Ils veulent le départ des territoires.

Peu ou prou, tous avancent les mêmes raisons. Il y a l'actuelle désespérance. Personne n'aperçoit de porte de sortie à l'affrontement en cours depuis onze mois. Colons et militaires - les seconds chargés de défendre les premiers - ne vont pas cesser de fournir des cibles aux différents groupes armés palestiniens ; répliques et représailles vont continuer à nourrir le terrorisme, celui qui vient frapper au cœur d'Israël.

voir séquence

Proche-Orient

Chacun des protagonistes prétend épuiser l'autre. Cycle sans fin. Il radicalise les uns et les autres : de plus en plus, le Hamas est le mouvement dominant chez les Palestiniens de Gaza, forçant le camp de Yasser Arafat à la surenchère pour rester "compétitif"; chez les Israéliens, une écrasante majorité de la population soutient la politique d'Ariel Sharon et est hostile à l'idée d'un cessez-le-feu ou à une reprise des négociations.

Vient ensuite l'argument politique. Il n'y aurait plus, aujourd'hui, d'interlocuteur palestinien. Si Yasser Arafat - disent les mêmes - a jugé bon de refuser l'Etat palestinien que lui proposait Ehoud Barak sur plus de 90 % des territoires, alors on ne signera pas la paix avec lui. L'ancien premier ministre défend cette position avec le plus de véhémence. Il est convaincu que le chef de l'Autorité palestinienne ne veut rien signer qui serait une reconnaissance définitive - devant l'Histoire - du droit d'Israël à être l'Etat du peuple juif. Pas de règlement pour solde de tout compte. Yasser Arafat, dit encore Barak, compte sur le temps : il veut un Etat binational où les juifs seront, à moyen terme, minoritaires.

A l'opposé d'Ariel Sharon, les partisans du retrait unilatéral pensent, eux aussi, que le temps et la démographie travaillent contre Israël. C'est leur troisième argument. Ils ont en tête les chiffres du démographe Arnon Sofer, de l'université de Haïfa. De 1990 à 2000, l'Etat hébreu a, certes, accueilli quelque 900 000 immigrants venus de l'ex-URSS ; cette année encore, en pleine Intifada, ils ont été plus de 45 000 à prendre le même chemin. Mais cela ne doit pas faire illusion.

LA "DERNIÈRE OPTION"

D'ici à 2020, si Israël contrôle toujours la bande de Gaza et la Cisjordanie, les juifs, dans cet espace-là, seront minoritaires, assure le professeur Sofer : Arabes israéliens et Palestiniens des territoires composeront 58 % de la population. Le rêve d'Itzhak Rabin de faire d'Israël, durablement, un Etat juif et démocratique sera de plus en plus difficile à réaliser. Le rêve de ceux des Palestiniens qui refusent un micro-Etat dans les territoires et penchent pour un Etat binational perdra un peu de son caractère utopique.

La thèse du retrait unilatéral, si elle gagne du terrain, n'en est pas moins vivement contestée, à droite et à gauche. Selon la plupart des commentateurs israéliens, elle supposerait de déplacer près de 30 000 colons, c'est-à-dire de démanteler nombre d'implantations disséminées ici et là en Cisjordanie et dans la bande de Gaza. Est-ce possible sans une grave crise politique en Israël ? fait-on valoir à droite. L'entourage d'Ariel Sharon répète qu'il n'est pas question d'abandonner une seule colonie.

La gauche interroge : peut-on imaginer d'isoler ainsi un Etat palestinien inévitablement dépendant d'Israël pour l'eau, pour sa survie économique, pour le passage de Gaza en Cisjordanie, etc. ? Dans un livre à paraître (Quel avenir pour Israël ?, PUF), Shlomo Ben Ami, qui fut le ministre des affaires étrangères d'Ehoud Barak, explique que le retrait unilatéral "sera la dernière option" (...) "en cas d'échec de toutes les autres solutions". Il ajoute : "Je ne m'y résoudrai pas facilement, car cette option ne règle ni la légitimité de nos frontières ni la question de Jérusalem ; il en résulte donc un état de guerre latent." Enfin, le retrait unilatéral reviendrait, comme avec le départ de Tsahal du Liban, à céder devant la violence.

Une partie de la droite croit que l'Etat hébreu sortira vainqueur de l'épreuve de force en cours. Sans dire comment. Une partie de la gauche reste convaincue qu'Israël est condamné à s'entendre avec les Palestiniens. Sans dire comment non plus.

Alain Frachon


Regain de violence à Gaza et en Cisjordanie

La violence a repris, jeudi 30 août, dans les territoires palestiniens, faisant quatre morts en Cisjordanie et à Gaza. Le retour à un calme précaire dans le secteur de Beit Jala, d'où Tsahal s'était retirée à l'aube, mettant ainsi fin à sa plus longue incursion dans une zone autonome palestinienne depuis le début de l'Intifada, a été salué le même jour par les Etats-Unis. Le numéro deux du Front démocratique de libération de la Palestine (FDLP), Qaïs Abou Leila, a par ailleurs échappé à une tentative d'assassinat par Israël, dans la nuit de jeudi à vendredi. Des missiles ont été tirés sur son bureau de Ramallah, d'où ce responsable d'une composante de l'OLP était absent.

Dans la bande de Gaza, un membre de la sécurité palestinienne a été tué par des tirs de chars israéliens, jeudi soir, sur la position où il se trouvait. En Cisjordanie, un Palestinien a été abattu lors d'une incursion israélienne à Hébron. Un troisième Palestinien a été tué lors de heurts avec des soldats près de Tulkarem, tandis qu'un retraité israélien âgé d'une soixantaine d'années a été assassiné dans un restaurant du village palestinien de Nahalin, près de Ramallah, en Cisjordanie. - (afp.)

ARTICLE PARU DANS L'EDITION DU 01.09.01