Sharon : «Il n'y a qu'aux juifs qu'on
demande de payer un prix pour la paix»
LE FIGARO. – L’intervention de l’armée israélienne à Gaza,
mardi, a laissé une impression de confusion totale. Le général qui
commandait l’opération avait déclaré que ses troupes pourraient
rester des semaines ou des mois. Mais dès le lendemain, elles
repartaient : apparemment sous la pression des Américains. Que
s’est-il donc passé ?
Ariel SHARON. – Il faut que les choses
soient claires. Jamais les Américains n’ont exercé de pression pour
qu’Israël se retire. Nous avions prévu que l’opération durerait
moins de 24 heures et que nous repartirions aussitôt. Dès le mardi
matin, nous avons prévenu l’ambassade américaine que, dans la soirée
ou au plus tard au milieu de la nuit, nos unités se replieraient.
C’était cela notre plan, et rien d’autre. Tout s’est passé
exactement comme nous l’avions prévu. Bien sûr, quand nous avons
donné ces précisions aux diplomates américains de Tel-Aviv, à
Washington, tout le monde dormait. Là-bas, il était quatre heures du
matin...
Les Américains ont paru se conduire comme s’ils étaient les
maîtres d’Israël...
Non, Les Américains sont des alliés.
Vous entendez, de vrais alliés. Israël n’a pas de maître. Notre pays
est indépendant, et il est la seule démocratie du Proche-Orient.
Israël n’obéit à personne. Il veut la paix, mais il se défendra
toujours.
L’opération de Gaza a-t-elle vraiment servi à quelque chose ?
A peine les unités de Tsahal avaient-elles repassé la frontière que
les Palestiniens reprenaient leurs tirs de mortiers...
Le
problème, c’est qu’Arafat et les autres responsables palestiniens
n’ont retenu des commentaires étrangers que le reproche fait à
Israël d’avoir usé d’une force excessive. Avec ce traitement
symétrique des Israéliens et des Palestiniens – on met sur le même
plan les victimes et les tueurs –, les gouvernements étrangers ne
font qu’encourager Arafat à recommencer les tirs contre les
populations civiles d’Israël. Si les Israéliens se retrouvent
condamnés comme si eux aussi ils avaient cherché à tuer des enfants
et des bébés, pourquoi les Palestiniens ne continueraient- ils pas à
frapper ?
Quel est maintenant votre stratégie ? Malgré les protestations
de l’étranger, Israël persistera-t-il à entrer dans les « zones A »,
qui, d’après les accords d’Oslo, sont supposées être sous contrôle
total des Palestiniens ? Israël poursuivra-t-il ses représailles
?
Notre stratégie est très claire. Nous aimerions améliorer
le sort des Palestiniens qui ne participent pas au terrorisme – et
croyez-moi, il s’agit de la majorité de la population. La plupart
des Palestiniens ne veulent rien d’autre que nourrir leurs enfants
et bien les élever. Dans ce but, nous faisons tout ce que nous
pouvons pour faciliter leur vie quotidienne. J’ai donné les
instructions nécessaires, et quand je vois les camions chargés de
matières premières qui entrent dans les Territoires palestiniens, et
les camions chargés de produits finis qui en sortent, je pense que
les progrès sont évidents. En même temps, il est exclu qu’Israël
s’incline devant les terroristes, renonce devant ceux qui
encouragent les violences et les assassinats. C’est ce que j’avais
dit à Yasser Arafat lorsqu’il m’avait téléphoné après mon élection,
il y a deux mois. J’avais souligné que je distinguerais
soigneusement entre les terroristes et les Palestiniens pacifiques.
Mais j’avais aussi insisté sur le fait que, selon l’accord d’Oslo,
il doit assumer ses responsabilités. Je lui avais rappelé que, le 9
septembre 1993, il avait signé à propos des accords d’Oslo une
lettre qui précisait : « L’OLP renonce au terrorisme, et elle
imposera à ses membres le respect de ses engagements. L’OLP punira
tous ceux qui violeront cette promesse. » C’est seulement après
avoir reçu la lettre d’Arafat que Yitzhak Rabin, alors premier
ministre d’Israël, accepta de signer l’accord d’Oslo. Lorsque de
nouveau Arafat m’a appelé, la veille de Pâques, je lui ai répété
qu’il se trouvait face à une alternative très simple. «Ou bien,
conformément à l’accord que vous avez signé, vous mettez les
terroristes en prison et vous agissez pour mettre un terme au
terrorisme. Ou bien ce sont les Israéliens qui le feront. » Eh bien,
l’autre jour à Gaza, c’est exactement ce qui s’est produit !
Votre riposte n’a-t-elle pas été disproportionnée ? Les obus
de mortier qui étaient tombés sur la ville israélienne de Sderot
n’avaient fait aucune victime...
Je suis fatigué d’entendre
toujours dire qu’Israël use d’une force excessive. Que voulez-vous
dire ? Que la provocation palestinienne n’était pas assez provocante
? Les Palestiniens ont tiré en plein après-midi sur une ville où il
n’y avait que des civils, au moment ou des centaines de passants
marchaient avec leurs enfants dans les rues. Quelle est votre
définition d’une provocation justifiant une riposte. Un juif tué,
c’est une provocation suffisante ? Et quand on passe à deux morts ?
Mais si les Israéliens pris pour cible ont de la chance et qu’il n’y
a que des blessés, alors la provocation n’est plus suffisante ?
Jamais ce genre d’exigence n’est imposé à d’autres pays. Un exemple
: qu’aurait fait le gouvernement français si une ville française
avait été bombardée par des cocktails Molotov balancés depuis la
Suisse ? La réponse me semble évidente. Le premier devoir d’un Etat,
c’est d’assurer la sécurité de ses citoyens. Quand il s’agit des
juifs, les critères semblent tout à coup différents. On ne cesse de
leur demander de quel droit ils défendent leur vie. Moi, je ne
réponds pas à ces questions. Je sais que les juifs ne possèdent
qu’un seul petit pays, et que c’est l’unique endroit où ils ont à la
fois le droit et les moyens de se défendre. Nous savons ce qui est
arrivé au peuple juif quand celui-ci ne disposait pas encore d’un
pays indépendant. Je suis juif, juif avant tout. Ma priorité, c’est
donc la sécurité de mon peuple. Nous n’avons aucune intention de
retourner à Gaza. Mais si les Palestiniens pensent, même une minute,
que ces terroristes, ces assassins sont à l’abri parce qu’ils se
trouvent dans la zone A, ils se trompent lourdement.
Arafat est-il toujours un partenaire ou de nouveau un ennemi
? Quand Arafat mettra fin à la terreur, il sera un partenaire.
Ce n’est pas aux Israéliens de décider qui doit être le chef des
Palestiniens, mais comment peut-on avoir comme partenaire quelqu’un
qui cherche à vous tuer ?
Arafat est-il le vrai chef des organisations islamistes, Hamas
et Djihad, qui se livrent aux attentats ? Ou bien est-il tout
simplement trop faible pour empêcher les terroristes d’agir ?
Il n’est pas trop faible, et chez les Palestiniens, c’est
bien lui qui contrôle tout. Et notamment la presse. Or, si vous
lisez les journaux palestiniens, vous verrez qu’ils ne cessent
d’encourager les actes les plus terribles. C’est aussi Arafat qui
contrôle la garde présidentielle, sa troupe la plus loyale, dont il
a personnellement choisi chaque membre un à un.
Mais pouvez-vous dire que ce sont les gardes présidentiels
d’Arafat qui tirent au mortier contre les Israéliens ?
Je ne
sais pas si les hommes de la garde présidentielle sont engagés
directement. Mais ils font d’autres choses terribles. Ils facilitent
l’action des terroristes. Ils ont une liaison permanente avec le
Hezbollah libanais. Ce que j’attends d’Arafat, c’est qu’il prenne
des mesures contre l’infrastructure terroriste, des mesures que,
contrairement à ses promesses d’Oslo, il n’a jamais prises. Il doit
agir contre le Hamas et le Djihad islamique, contre le Tanzim, qui
est son propre parti, contre le Hezbollah, qui a commencé à opérer
en Israël même. Le Hezbollah, qui, je le répète, profite de la
coopération de la troupe la plus loyale d’Arafat, la garde
présidentielle. Il faut aussi qu’Arafat enseigne la paix dans les
écoles au lieu d’encourager le fanatisme. Même dans les journaux
d’Egypte, le premier pays à avoir signé la paix avec Israël, les
caricatures montrent des soldats israéliens avec des casques frappés
de la croix gammée.
Si Arafat ne fait toujours pas ce que vous lui demandez,
n’est-ce pas la preuve paradoxale que des interventions comme celles
de Gaza ne servent à rien, et qu’Israël doit chercher d’autres
options ?
Nos soldats n’ont pénétré que de cent mètres
derrière la frontière de Gaza, et vous avez entendu le bruit que
cela a fait tout autour de la planète. Contrairement à ce que vous
dites, ce fut un excellent message pour tous ceux qui ne veulent pas
voir que certains actes sont irréversibles. A l’avenir, les
Palestiniens feront très attention avant de se livrer à d’autres
actes de terrorisme. Je connais les Arabes, et les Arabes me
connaissent. Ils savent que je tiens ma parole : quand je dis oui,
c’est oui ; mais quand je dis non, c’est non. Désormais, ils savent
ce que sont les lignes rouges à ne pas dépasser.
Il y a eu de nouvelles attaques au mortier aujourd’hui. Cela
signifie-t-il que vous allez de nouveau frapper demain ?
Vous n’avez qu’à écrire qu’au moment où vous m’avez posé cette
question je téléphonais à l’un de mes conseillers, et que j’étais
donc trop occupé pour vous répondre.
Avez-vous un plan de paix ?
Oui, bien sûr. Mais je
prends la paix au sérieux : pour moi, la paix ne peut pas être un
simple moyen de gagner une élection. J’ai été un soldat presque
toute ma vie, et j’ai vu de près les horreurs de la guerre. Comme
jeune officier à mes débuts aussi bien que comme général commandant
les meilleures unités de l’armée israélienne. J’ai vu mes amis se
faire tuer, j’ai été gravement blessé deux fois, j’ai dû prendre des
décisions de vie ou de mort pour mes soldats et pour moi-même. Bien
mieux que les politiciens qui n’ont jamais connu l’expérience du
feu, je comprends ce que doit être la paix. Elle doit avoir pour
premier objectif de garantir la sécurité nationale. Tout le monde en
Israël veut la paix, mais je ne négocierai pas sous la menace de la
terreur. Si les Palestiniens veulent négocier, ils doivent commencer
par se tenir tranquilles. Tout ce que je leur demande, c’est
d’arrêter de nous tirer dessus, et d’ordonner à leurs forces de
sécurité de cesser de travailler avec des organisations terroristes.
Je m’adresse à la France et à tous les autres pays dans le monde qui
veulent la paix au Proche-Orient : ils doivent faire pression sur
Arafat pour que celui ci arrête le terrorisme. Si nous parvenons à
ce résultat, si la tranquillité n’est plus une simplement la
promesse d’un discours d’Arafat mais une réalité, je vous donne ma
parole que je ne perdrai pas un seul jour pour engager des
négociations immédiates avec les Palestiniens.
Vous n’avez pourtant pas attendu cette tranquillité
hypothétique pour envoyer votre fils, Omri, négocier avec
Arafat...
Si j’ai demandé à mon propre fils de se rendre en
territoire palestinien, avec les dangers que vous pouvez imaginer,
c’est bien parce que j’attache la plus grande importance au maintien
des contacts avec les Palestiniens.
Q u ’ ê t e s -v o u s prêt à offrir aux Palestiniens pour
qu’ils renoncent à la violence et reprennent la voie de la
négociation ?
La paix est tout aussi importante pour les
Palestiniens que pour les Israéliens. Mais je n’ai jamais entendu un
journaliste étranger demander aux Palestiniens : « Messieurs,
puisque vous tenez tellement à la paix, qu’êtes-vous prêts à offrir
aux Israéliens. » Il n’y a qu’aux juifs que l’on demande de payer un
prix pour la paix.
Si la discussion pouvait s’ouvrir, quelle serait votre méthode
de négociation ?
Mon plan serait sûrement différent de celui
d’Ehud Barak. Regardez ce qui s’est passé. A Camp David, il a osé
offrir plus qu’aucun de ses prédécesseurs. Il était prêt à des
concessions extraordinaires, et Barak a pensé qu’Arafat allait
l’embrasser, qu’Arafat allait l’aimer. Mais Arafat a beaucoup
d’expérience. Et il s’est dit qu’il obtiendrait encore plus s’il
faisait pression avec le terrorisme. Dans la dernière phase des
discussions avec Barak, on parlait déjà de rendre 97 % des
territoires, y compris à Jérusalem. Il était question qu’Israël
reconnaisse sa responsabilité dans le problème des réfugiés, alors
que, sur ce sujet, les Israéliens n’ont rien à se reprocher. Barak,
qui est mon ami personnel, a perdu son poste de premier ministre
parce qu’il a commis deux erreurs. Premièrement, il a offert tout
tout de suite, il a tout mis sur la table. Deuxièmement, il a
négocié sous la terreur. Barak a péché par manque d’expérience. Mon
gouvernement est décidé à tirer la leçon des erreurs qui ont été
commises. Je ne vais sûrement pas commencer par annoncer aux
Palestiniens : « Voici les frontières définitives que je veux pour
Israël. » Parce que ces frontières définitives deviendraient
aussitôt, pour les Palestiniens, un point de départ. Israël ne doit
pas faire cadeau de ses atouts stratégiques ou historiques. Je ne
crois donc pas sage de dire à l’avance ce que je compte faire.
Etes-vous prêt à reprendre à votre compte ce que Barak avait
offert sur Jérusalem, sur le retrait des territoires, sur le retour
des réfugiés ?
Non. J’ai été très clair : je respecterai
tous les accords qui ont été signés par les deux parties et ratifiés
par le Parlement israélien, mais ils doivent être appliqués par les
deux côtés. A propos de Jérusalem, qu’êtes-vous prêt à négocier ?
Mais comment Jérusalem peut-elle être négociable ? Elle est la
capitale du peuple juif depuis le roi David, depuis exactement 3 004
ans. Jérusalem est le coeur du peuple juif, elle ne peut rester
qu’unie, avec en son centre le mont du Temple.
Mais, depuis que le terrorisme a repris, les juifs des
quartiers ouest n’osent plus se rendre chez les Arabes des quartiers
est. La division n’est-elle pas une réalité de fait ?
Vous
exagérez. Les juifs sont moins nombreux à aller à l’est, mais ils
continuent d’y circuler. C’est seulement pendant les 19 années de
l’occupation jordanienne que, malgré les garanties inscrites dans
les accords d’armistice, les juifs ne pouvaient pas se rendre au mur
des Lamentations ou sur le mont du Temple, ou dans la vieille ville.
Depuis la libération de la ville, en 1967, au contraire, tout le
monde a un accès libre aux lieux saints : juifs, chrétiens et
musulmans. Je suis très conscient des difficultés des Arabes de
Jérusalem, et c’est pourquoi nous avons prévu de construire 20 000
appartements pour des familles palestiniennes.
Y a-t-il une chance d’arriver à un compromis avec les
Palestiniens si vous refusez toute concession sur Jérusalem ?
Aucun Israélien n’a le droit d’abandonner Jérusalem ou de
partager Jérusalem. Cette ville n’appartient pas aux Israéliens,
mais aux juifs du monde entier. Mentionnée dans la Bible 676 fois,
Jérusalem est l’âme du peuple juif. J’ai éprouvé le plus grand
respect pour Yasser Arafat quand, à Camp David, il a déclaré : « Je
ne peux rien décider à propos de Jérusalem parce que Jérusalem
appartient à l’ensemble de l’Islam. Je dois consulter les autres
gouvernements musulmans. » Barak, lui, sans discuter avec son
gouvernement, sans demander l’avis du Parlement israélien, a décidé
tout seul de donner Jérusalem aux Palestiniens. Notre génération a
eu la chance de défendre Jérusalem en 1948, de libérer Jérusalem en
1967, et, depuis, de bâtir à Jérusalem. Nous ne sommes que les
gardiens de Jérusalem pour les générations à venir. Il y a 53 ans,
j’ai été gravement blessé à Jérusalem lors des combats de la guerre
d’indépendance. Et, 53 ans plus tard, Jérusalem est de nouveau une
ville assiégée. Jeudi, le jour où comme chaque année Israël se
recueillait dans le souvenir de l’Holocauste, les prières ont été
troublées par le bruit des rafales tirées par les Palestiniens. Ce
sacrilège était délibéré. Je le répète : Jérusalem est de nouveau
une ville assiégée à cause des erreurs commises à Camp David.
Les Palestiniens disent aussi que la paix est impossible si
Israël n’évacue pas ses colonies de peuplement...
Ces
colonies font partie des zones de sécurité que tous les
gouvernements israéliens ont jugées absolument nécessaires. Dans les
accords d’Oslo, il a été précisé que personne n’y toucherait tant
que la paix ne serait pas définitive.
Vous voulez dire que, dans le cadre d’un accord de paix, elles
disparaîtraient ?
Pas du tout. S’il y a la paix, pourquoi
des Israéliens ne pourraient ils pas vivre au côté des Palestiniens
? En Israël, il y a des centaines de familles palestiniennes qui
vivent à Nazareth, des centaines d’autres qui vivent à Beersheva,
dans le Neguev. Il y a des centaines et des centaines de familles
originaires de Gaza et d’Hébron qui vivent dans les villes
israéliennes de Lod et de Ramle. Donc, des juifs et des Arabes
peuvent fort bien vivre côte à côte dans les Territoires
palestiniens. Ou alors, cela voudrait-il dire que les Palestiniens
exigeront un échange de populations, les Arabes d’Israël devant
abandonner leurs domiciles actuels ?
A quoi bon maintenir des civils israéliens au milieu de la
population palestinienne si vous avez besoin de déployer toute une
armée pour les protéger ?
Tous les Israéliens doivent être
reconnaissants aux juifs qui vivent à Hébron, le site des tombeaux
de nos patriarches, Abraham et Sarah, Isaac et Rébecca, Jacob et
Léah. La France est un très vieux pays, mais même chez vous, où il y
a de si beaux monuments, vous n’avez pas un monument aussi ancien
que le caveau de nos patriarches, qui date de 4 000 ans. Si vous
allez au cimetière juif d’Hébron, vous pouvez toucher des stèles et
des pierres tombales qui ont sept siècles ou dix siècles. Jamais les
juifs n’ont cessé de vivre à Hébron. Ce ne sont pas l’armée qui les
garde, ce sont eux qui gardent ces monuments historiques au nom du
peuple juif. C’est la même situation à Tel-Rumeida, à côté d’Hébron.
C’est là que le roi David a été couronné. Le roi David est mentionné
dans la Bible 1 023 fois.
A Gaza, les colonies ont un objectif d’abord stratégique...
A Gaza aussi il y a des monuments juifs. Il y a notamment
une vieille synagogue, près de la côte, qui date de plusieurs
siècles. Les juifs ont vécu à Gaza pendant des centaines d’années.
Mais il est vrai aussi que dès l’époque de Golda Meir les
travaillistes avaient décidé d’installer des Israéliens à Gaza pour
créer une zone tampon face au Sinaï.
Pourquoi ces colons devraient- ils croire à vos promesses,
alors que, après les accords de Camp David de 1978-1979, vous avez,
sur ordre du premier ministre Begin, évacué de force les colonies
israéliennes du Sinaï ?
Nous avons dû évacuer les Israéliens
du Sinaï parce que, sinon, il aurait été impossible de signer le
traité de paix avec l’Egypte. Mais de toute façon, on ne peut pas
comparer les situations stratégiques et historiques du Sinaï, d’une
part, de Gaza, de la Samarie et de la Judée, d’autre part. Les zones
de sécurité actuelles ont une raison d’exister absolument
essentielle.
Comment les Palestiniens pourraient-ils avoir un Etat viable
s’il est coupé en plusieurs morceaux du fait du maintien des
colonies ?
Vous confondez la continuité territoriale et la
coexistence entre juif et Arabes. Le moment venu, nous trouverons
une réponse au problème de la continuité. Nous savons que les
Palestiniens voudraient avoir leurs propres routes pour ne pas avoir
à passer par nos barrages et nos points de contrôle. En ce qui
concerne la coexistence, je suis convaincu que juifs et Arabes
peuvent vivre ensemble. Déjà dans mon enfance, dans la ferme où je
suis né, nous avion des Arabes pour voisins. C’est aussi pourquoi
j’ai décidé de prendre un certain nombre d’initiatives au profit des
Arabes israéliens, qui sont près d’un million. Je travaille avec eux
pour élargir leur participation à la vie du pays.
Vous avez parlé d’accorder aux Palestiniens 42 % des
territoires. Cela semble bien peu...
42 % pendant la durée
des accords intérimaires que j’espère conclure avec les
Palestiniens.
Les Palestiniens pourraient étrangers Arafat tirs civiles donc
obtenir plus quand un accord final sera signé ?
Oui, ils
pourraient avoir plus de 42 %, mais cela dépendra de la façon dont
les relations israélo-palestiniennes se développeront. Supposons que
nous leur donnions tout de suite 90 %, 95, 97 %, et qu’ils
continuent de tirer sur Israël depuis leur côté de la frontière...
Vous êtes tout aussi décidé à imposer des restrictions sur la
souveraineté du futur Etat palestinien. Vous voulez un Etat
démilitarisé dont vous contrôleriez même l’espace aérien
?
D’abord, je recommanderai aux Palestiniens de ne pas
proclamer unilatéralement la création de leur Etat. Ce serait une
erreur. Un tel Etat ne devrait être établi qu’à la suite d’un accord
bilatéral. Deuxièmement, n’attendez pas des Israéliens qu’ils
acceptent qu’au coeur même de leur pays un Etat palestinien dispose
de forces armées. Pendant plusieurs années, nous devrons pouvoir
contrôler les frontières pour voir comment la situation se
développe. Comme je vous l’ai dit, certains actes sont
irréversibles. Les Palestiniens risqueraient de signer des traités
avec des pays hostiles à Israël. La supervision de l’espace aérien
serait également nécessaire, parce que, sinon, où nos avions
pourraient-ils aller voler ? Au-dessus de la mer ? Vous savez, les
territoires en question sont tout petits, ce n’est pas la France.
Les Palestiniens pourraient vous répondre qu’ils ne tiennent
pas à ce que leur Etat reste sous le contrôle d’une armée
étrangère...
Quelle solution avez-vous à nous suggérer ? Que
les Israéliens disparaissent d’ici ? Qu’ils fassent leur reddition ?
Votre aviation a bombardé des cibles syriennes au Liban. Ne
serait-il pas plus efficace de chercher à conclure un traité de paix
avec la Syrie ?
Pourquoi pas ? Je ne vois aucune raison de
m’opposer à cette idée. Mais pour l’instant, ce n’est pas ce que
veut la Syrie.
Pouvez-vous avoir la paix avec Damas si vous gardez le Golan
?
Si les Syriens veulent venir à la table de négociations
sans condition préalable, ils n’ont qu’à venir. Mais comme je vous
l’ai déjà dit, ce n’est pas la bonne approche que de déclarer à
l’avance : voilà ce qu’Israël va donner et voilà ce qu’Israël va
garder.
Après ce raid contre les Syriens et compte tenu de la
dégradation de vos relations avec les Palestiniens, croyez-vous au
risque d’une autre guerre générale avec les Etats arabes ?
Je n’y crois pas. Et pourquoi nos voisins arabes nous
feraient-ils la guerre ?
Pour aider Arafat.
L’aider comment ? En bombardant à
coups de mortiers la population civile des villes israéliennes ?
Pour notre part, nous sommes très prudents, et nous faisons tous nos
efforts pour éviter l’escalade. Notre intérêt, c’est de préserver la
stabilité du Proche-Orient.
Que répondez-vous quand Israël est accusé d’être un Etat
colonial ?
Je ne me soucie pas de répondre à toutes les
questions, sinon je passerais mon temps à réagir au lieu d’agir.
Tout ce que je puis vous dire, c’est que dans la ferme où je suis
né, j’ai dû dès mon plus jeune âge monter à cheval, traire les
vaches et travailler dans les champs. Comment parler de colonialisme
?
Vous avez intitulé votre autobiographie Un guerrier. Si
vous étiez palestinien, seriez-vous en train de combattre Israël
?
Je n’aurais jamais pris pour cible des enfants, des femmes
et de vieillards. Dans les guerres, il y a des tragédies, des civils
peuvent être tués par accident. Mais la guerre qui nous est faite
vise des bébés et des gens innocents. Cette guerre, je n’aurais
jamais pu la faire.
Menahem Begin a commencé comme terroriste, mais c’est lui qui
a signé le premier accord de paix avec l’ennemi arabe, avec l’Egypte
de Sadate. Vous, le guerrier, qui avez aussi la réputation d’être
pragmatique, êtes-vous prêt à suivre cet exemple ?
Je suis
très fier d’avoir travaillé avec le premier ministre Begin ; je l’ai
soutenu au plus dur des négociations avec l’Egypte. Et je suis très
fier aussi qu’il m’ait écouté et qu’il ait accepté que l’aviation
israélienne aille détruire le réacteur nucléaire irakien. Imaginez
ce que serait le Proche-Orient aujourd’hui si Bagdad avait l’arme
nucléaire.
Le plus grand danger pour Israël n’est-il pas d’être en train
de perdre ses valeurs ? Le sionisme ayant réussi, il n’y a plus rien
pour le remplacer...
Israël n’a pas de soucis à se faire.
Nous avons amené ici des millions de juifs venus de 102 pays,
parlant 82 langues. Ils ont réussi leur intégration. Ils ont bâti
une agriculture moderne, les industries les plus sophistiquées, créé
des centres de recherche scientifique et des universités. Nous avons
simultanément mis en place un système de sécurité sociale et des
orchestres philharmoniques. En même temps, nous avons toujours eu
l’épée à la main. Nous allons continuer. Israël va faire venir
encore un million de juifs, et s’il le faut, nous garderons l’épée à
la main.
Vous ne craignez donc pas qu’Israël succombe à une crise
d’identité ?
Nous pouvons compter sur les Palestiniens pour
que cela ne se produise jamais. tout.
