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Sharon : «Il n'y a qu'aux juifs qu'on demande de payer un prix pour la paix»


Publié le 21 avril 2001, page 2

LE FIGARO. – L’intervention de l’armée israélienne à Gaza, mardi, a laissé une impression de confusion totale. Le général qui commandait l’opération avait déclaré que ses troupes pourraient rester des semaines ou des mois. Mais dès le lendemain, elles repartaient : apparemment sous la pression des Américains. Que s’est-il donc passé ?
Ariel SHARON.
– Il faut que les choses soient claires. Jamais les Américains n’ont exercé de pression pour qu’Israël se retire. Nous avions prévu que l’opération durerait moins de 24 heures et que nous repartirions aussitôt. Dès le mardi matin, nous avons prévenu l’ambassade américaine que, dans la soirée ou au plus tard au milieu de la nuit, nos unités se replieraient. C’était cela notre plan, et rien d’autre. Tout s’est passé exactement comme nous l’avions prévu. Bien sûr, quand nous avons donné ces précisions aux diplomates américains de Tel-Aviv, à Washington, tout le monde dormait. Là-bas, il était quatre heures du matin...

Les Américains ont paru se conduire comme s’ils étaient les maîtres d’Israël...
Non, Les Américains sont des alliés. Vous entendez, de vrais alliés. Israël n’a pas de maître. Notre pays est indépendant, et il est la seule démocratie du Proche-Orient. Israël n’obéit à personne. Il veut la paix, mais il se défendra toujours.

L’opération de Gaza a-t-elle vraiment servi à quelque chose ? A peine les unités de Tsahal avaient-elles repassé la frontière que les Palestiniens reprenaient leurs tirs de mortiers...
Le problème, c’est qu’Arafat et les autres responsables palestiniens n’ont retenu des commentaires étrangers que le reproche fait à Israël d’avoir usé d’une force excessive. Avec ce traitement symétrique des Israéliens et des Palestiniens – on met sur le même plan les victimes et les tueurs –, les gouvernements étrangers ne font qu’encourager Arafat à recommencer les tirs contre les populations civiles d’Israël. Si les Israéliens se retrouvent condamnés comme si eux aussi ils avaient cherché à tuer des enfants et des bébés, pourquoi les Palestiniens ne continueraient- ils pas à frapper ?

Quel est maintenant votre stratégie ? Malgré les protestations de l’étranger, Israël persistera-t-il à entrer dans les « zones A », qui, d’après les accords d’Oslo, sont supposées être sous contrôle total des Palestiniens ? Israël poursuivra-t-il ses représailles ?
Notre stratégie est très claire. Nous aimerions améliorer le sort des Palestiniens qui ne participent pas au terrorisme – et croyez-moi, il s’agit de la majorité de la population. La plupart des Palestiniens ne veulent rien d’autre que nourrir leurs enfants et bien les élever. Dans ce but, nous faisons tout ce que nous pouvons pour faciliter leur vie quotidienne. J’ai donné les instructions nécessaires, et quand je vois les camions chargés de matières premières qui entrent dans les Territoires palestiniens, et les camions chargés de produits finis qui en sortent, je pense que les progrès sont évidents. En même temps, il est exclu qu’Israël s’incline devant les terroristes, renonce devant ceux qui encouragent les violences et les assassinats. C’est ce que j’avais dit à Yasser Arafat lorsqu’il m’avait téléphoné après mon élection, il y a deux mois. J’avais souligné que je distinguerais soigneusement entre les terroristes et les Palestiniens pacifiques. Mais j’avais aussi insisté sur le fait que, selon l’accord d’Oslo, il doit assumer ses responsabilités. Je lui avais rappelé que, le 9 septembre 1993, il avait signé à propos des accords d’Oslo une lettre qui précisait : « L’OLP renonce au terrorisme, et elle imposera à ses membres le respect de ses engagements. L’OLP punira tous ceux qui violeront cette promesse. » C’est seulement après avoir reçu la lettre d’Arafat que Yitzhak Rabin, alors premier ministre d’Israël, accepta de signer l’accord d’Oslo. Lorsque de nouveau Arafat m’a appelé, la veille de Pâques, je lui ai répété qu’il se trouvait face à une alternative très simple. «Ou bien, conformément à l’accord que vous avez signé, vous mettez les terroristes en prison et vous agissez pour mettre un terme au terrorisme. Ou bien ce sont les Israéliens qui le feront. » Eh bien, l’autre jour à Gaza, c’est exactement ce qui s’est produit !

Votre riposte n’a-t-elle pas été disproportionnée ? Les obus de mortier qui étaient tombés sur la ville israélienne de Sderot n’avaient fait aucune victime...
Je suis fatigué d’entendre toujours dire qu’Israël use d’une force excessive. Que voulez-vous dire ? Que la provocation palestinienne n’était pas assez provocante ? Les Palestiniens ont tiré en plein après-midi sur une ville où il n’y avait que des civils, au moment ou des centaines de passants marchaient avec leurs enfants dans les rues. Quelle est votre définition d’une provocation justifiant une riposte. Un juif tué, c’est une provocation suffisante ? Et quand on passe à deux morts ? Mais si les Israéliens pris pour cible ont de la chance et qu’il n’y a que des blessés, alors la provocation n’est plus suffisante ? Jamais ce genre d’exigence n’est imposé à d’autres pays. Un exemple : qu’aurait fait le gouvernement français si une ville française avait été bombardée par des cocktails Molotov balancés depuis la Suisse ? La réponse me semble évidente. Le premier devoir d’un Etat, c’est d’assurer la sécurité de ses citoyens. Quand il s’agit des juifs, les critères semblent tout à coup différents. On ne cesse de leur demander de quel droit ils défendent leur vie. Moi, je ne réponds pas à ces questions. Je sais que les juifs ne possèdent qu’un seul petit pays, et que c’est l’unique endroit où ils ont à la fois le droit et les moyens de se défendre. Nous savons ce qui est arrivé au peuple juif quand celui-ci ne disposait pas encore d’un pays indépendant. Je suis juif, juif avant tout. Ma priorité, c’est donc la sécurité de mon peuple. Nous n’avons aucune intention de retourner à Gaza. Mais si les Palestiniens pensent, même une minute, que ces terroristes, ces assassins sont à l’abri parce qu’ils se trouvent dans la zone A, ils se trompent lourdement.

Arafat est-il toujours un partenaire ou de nouveau un ennemi ? Quand Arafat mettra fin à la terreur, il sera un partenaire. Ce n’est pas aux Israéliens de décider qui doit être le chef des Palestiniens, mais comment peut-on avoir comme partenaire quelqu’un qui cherche à vous tuer ?

Arafat est-il le vrai chef des organisations islamistes, Hamas et Djihad, qui se livrent aux attentats ? Ou bien est-il tout simplement trop faible pour empêcher les terroristes d’agir ?
Il n’est pas trop faible, et chez les Palestiniens, c’est bien lui qui contrôle tout. Et notamment la presse. Or, si vous lisez les journaux palestiniens, vous verrez qu’ils ne cessent d’encourager les actes les plus terribles. C’est aussi Arafat qui contrôle la garde présidentielle, sa troupe la plus loyale, dont il a personnellement choisi chaque membre un à un.

Mais pouvez-vous dire que ce sont les gardes présidentiels d’Arafat qui tirent au mortier contre les Israéliens ?
Je ne sais pas si les hommes de la garde présidentielle sont engagés directement. Mais ils font d’autres choses terribles. Ils facilitent l’action des terroristes. Ils ont une liaison permanente avec le Hezbollah libanais. Ce que j’attends d’Arafat, c’est qu’il prenne des mesures contre l’infrastructure terroriste, des mesures que, contrairement à ses promesses d’Oslo, il n’a jamais prises. Il doit agir contre le Hamas et le Djihad islamique, contre le Tanzim, qui est son propre parti, contre le Hezbollah, qui a commencé à opérer en Israël même. Le Hezbollah, qui, je le répète, profite de la coopération de la troupe la plus loyale d’Arafat, la garde présidentielle. Il faut aussi qu’Arafat enseigne la paix dans les écoles au lieu d’encourager le fanatisme. Même dans les journaux d’Egypte, le premier pays à avoir signé la paix avec Israël, les caricatures montrent des soldats israéliens avec des casques frappés de la croix gammée.

Si Arafat ne fait toujours pas ce que vous lui demandez, n’est-ce pas la preuve paradoxale que des interventions comme celles de Gaza ne servent à rien, et qu’Israël doit chercher d’autres options ?
Nos soldats n’ont pénétré que de cent mètres derrière la frontière de Gaza, et vous avez entendu le bruit que cela a fait tout autour de la planète. Contrairement à ce que vous dites, ce fut un excellent message pour tous ceux qui ne veulent pas voir que certains actes sont irréversibles. A l’avenir, les Palestiniens feront très attention avant de se livrer à d’autres actes de terrorisme. Je connais les Arabes, et les Arabes me connaissent. Ils savent que je tiens ma parole : quand je dis oui, c’est oui ; mais quand je dis non, c’est non. Désormais, ils savent ce que sont les lignes rouges à ne pas dépasser.

Il y a eu de nouvelles attaques au mortier aujourd’hui. Cela signifie-t-il que vous allez de nouveau frapper demain ?
Vous n’avez qu’à écrire qu’au moment où vous m’avez posé cette question je téléphonais à l’un de mes conseillers, et que j’étais donc trop occupé pour vous répondre.

Avez-vous un plan de paix ?
Oui, bien sûr. Mais je prends la paix au sérieux : pour moi, la paix ne peut pas être un simple moyen de gagner une élection. J’ai été un soldat presque toute ma vie, et j’ai vu de près les horreurs de la guerre. Comme jeune officier à mes débuts aussi bien que comme général commandant les meilleures unités de l’armée israélienne. J’ai vu mes amis se faire tuer, j’ai été gravement blessé deux fois, j’ai dû prendre des décisions de vie ou de mort pour mes soldats et pour moi-même. Bien mieux que les politiciens qui n’ont jamais connu l’expérience du feu, je comprends ce que doit être la paix. Elle doit avoir pour premier objectif de garantir la sécurité nationale. Tout le monde en Israël veut la paix, mais je ne négocierai pas sous la menace de la terreur. Si les Palestiniens veulent négocier, ils doivent commencer par se tenir tranquilles. Tout ce que je leur demande, c’est d’arrêter de nous tirer dessus, et d’ordonner à leurs forces de sécurité de cesser de travailler avec des organisations terroristes. Je m’adresse à la France et à tous les autres pays dans le monde qui veulent la paix au Proche-Orient : ils doivent faire pression sur Arafat pour que celui ci arrête le terrorisme. Si nous parvenons à ce résultat, si la tranquillité n’est plus une simplement la promesse d’un discours d’Arafat mais une réalité, je vous donne ma parole que je ne perdrai pas un seul jour pour engager des négociations immédiates avec les Palestiniens.

Vous n’avez pourtant pas attendu cette tranquillité hypothétique pour envoyer votre fils, Omri, négocier avec Arafat...
Si j’ai demandé à mon propre fils de se rendre en territoire palestinien, avec les dangers que vous pouvez imaginer, c’est bien parce que j’attache la plus grande importance au maintien des contacts avec les Palestiniens.

Q u ’ ê t e s -v o u s prêt à offrir aux Palestiniens pour qu’ils renoncent à la violence et reprennent la voie de la négociation ?
La paix est tout aussi importante pour les Palestiniens que pour les Israéliens. Mais je n’ai jamais entendu un journaliste étranger demander aux Palestiniens : « Messieurs, puisque vous tenez tellement à la paix, qu’êtes-vous prêts à offrir aux Israéliens. » Il n’y a qu’aux juifs que l’on demande de payer un prix pour la paix.

Si la discussion pouvait s’ouvrir, quelle serait votre méthode de négociation ?
Mon plan serait sûrement différent de celui d’Ehud Barak. Regardez ce qui s’est passé. A Camp David, il a osé offrir plus qu’aucun de ses prédécesseurs. Il était prêt à des concessions extraordinaires, et Barak a pensé qu’Arafat allait l’embrasser, qu’Arafat allait l’aimer. Mais Arafat a beaucoup d’expérience. Et il s’est dit qu’il obtiendrait encore plus s’il faisait pression avec le terrorisme. Dans la dernière phase des discussions avec Barak, on parlait déjà de rendre 97 % des territoires, y compris à Jérusalem. Il était question qu’Israël reconnaisse sa responsabilité dans le problème des réfugiés, alors que, sur ce sujet, les Israéliens n’ont rien à se reprocher. Barak, qui est mon ami personnel, a perdu son poste de premier ministre parce qu’il a commis deux erreurs. Premièrement, il a offert tout tout de suite, il a tout mis sur la table. Deuxièmement, il a négocié sous la terreur. Barak a péché par manque d’expérience. Mon gouvernement est décidé à tirer la leçon des erreurs qui ont été commises. Je ne vais sûrement pas commencer par annoncer aux Palestiniens : « Voici les frontières définitives que je veux pour Israël. » Parce que ces frontières définitives deviendraient aussitôt, pour les Palestiniens, un point de départ. Israël ne doit pas faire cadeau de ses atouts stratégiques ou historiques. Je ne crois donc pas sage de dire à l’avance ce que je compte faire.

Etes-vous prêt à reprendre à votre compte ce que Barak avait offert sur Jérusalem, sur le retrait des territoires, sur le retour des réfugiés ?
Non. J’ai été très clair : je respecterai tous les accords qui ont été signés par les deux parties et ratifiés par le Parlement israélien, mais ils doivent être appliqués par les deux côtés. A propos de Jérusalem, qu’êtes-vous prêt à négocier ? Mais comment Jérusalem peut-elle être négociable ? Elle est la capitale du peuple juif depuis le roi David, depuis exactement 3 004 ans. Jérusalem est le coeur du peuple juif, elle ne peut rester qu’unie, avec en son centre le mont du Temple.

Mais, depuis que le terrorisme a repris, les juifs des quartiers ouest n’osent plus se rendre chez les Arabes des quartiers est. La division n’est-elle pas une réalité de fait ?
Vous exagérez. Les juifs sont moins nombreux à aller à l’est, mais ils continuent d’y circuler. C’est seulement pendant les 19 années de l’occupation jordanienne que, malgré les garanties inscrites dans les accords d’armistice, les juifs ne pouvaient pas se rendre au mur des Lamentations ou sur le mont du Temple, ou dans la vieille ville. Depuis la libération de la ville, en 1967, au contraire, tout le monde a un accès libre aux lieux saints : juifs, chrétiens et musulmans. Je suis très conscient des difficultés des Arabes de Jérusalem, et c’est pourquoi nous avons prévu de construire 20 000 appartements pour des familles palestiniennes.

Y a-t-il une chance d’arriver à un compromis avec les Palestiniens si vous refusez toute concession sur Jérusalem ?
Aucun Israélien n’a le droit d’abandonner Jérusalem ou de partager Jérusalem. Cette ville n’appartient pas aux Israéliens, mais aux juifs du monde entier. Mentionnée dans la Bible 676 fois, Jérusalem est l’âme du peuple juif. J’ai éprouvé le plus grand respect pour Yasser Arafat quand, à Camp David, il a déclaré : « Je ne peux rien décider à propos de Jérusalem parce que Jérusalem appartient à l’ensemble de l’Islam. Je dois consulter les autres gouvernements musulmans. » Barak, lui, sans discuter avec son gouvernement, sans demander l’avis du Parlement israélien, a décidé tout seul de donner Jérusalem aux Palestiniens. Notre génération a eu la chance de défendre Jérusalem en 1948, de libérer Jérusalem en 1967, et, depuis, de bâtir à Jérusalem. Nous ne sommes que les gardiens de Jérusalem pour les générations à venir. Il y a 53 ans, j’ai été gravement blessé à Jérusalem lors des combats de la guerre d’indépendance. Et, 53 ans plus tard, Jérusalem est de nouveau une ville assiégée. Jeudi, le jour où comme chaque année Israël se recueillait dans le souvenir de l’Holocauste, les prières ont été troublées par le bruit des rafales tirées par les Palestiniens. Ce sacrilège était délibéré. Je le répète : Jérusalem est de nouveau une ville assiégée à cause des erreurs commises à Camp David.

Les Palestiniens disent aussi que la paix est impossible si Israël n’évacue pas ses colonies de peuplement...
Ces colonies font partie des zones de sécurité que tous les gouvernements israéliens ont jugées absolument nécessaires. Dans les accords d’Oslo, il a été précisé que personne n’y toucherait tant que la paix ne serait pas définitive.

Vous voulez dire que, dans le cadre d’un accord de paix, elles disparaîtraient ?
Pas du tout. S’il y a la paix, pourquoi des Israéliens ne pourraient ils pas vivre au côté des Palestiniens ? En Israël, il y a des centaines de familles palestiniennes qui vivent à Nazareth, des centaines d’autres qui vivent à Beersheva, dans le Neguev. Il y a des centaines et des centaines de familles originaires de Gaza et d’Hébron qui vivent dans les villes israéliennes de Lod et de Ramle. Donc, des juifs et des Arabes peuvent fort bien vivre côte à côte dans les Territoires palestiniens. Ou alors, cela voudrait-il dire que les Palestiniens exigeront un échange de populations, les Arabes d’Israël devant abandonner leurs domiciles actuels ?

A quoi bon maintenir des civils israéliens au milieu de la population palestinienne si vous avez besoin de déployer toute une armée pour les protéger ?
Tous les Israéliens doivent être reconnaissants aux juifs qui vivent à Hébron, le site des tombeaux de nos patriarches, Abraham et Sarah, Isaac et Rébecca, Jacob et Léah. La France est un très vieux pays, mais même chez vous, où il y a de si beaux monuments, vous n’avez pas un monument aussi ancien que le caveau de nos patriarches, qui date de 4 000 ans. Si vous allez au cimetière juif d’Hébron, vous pouvez toucher des stèles et des pierres tombales qui ont sept siècles ou dix siècles. Jamais les juifs n’ont cessé de vivre à Hébron. Ce ne sont pas l’armée qui les garde, ce sont eux qui gardent ces monuments historiques au nom du peuple juif. C’est la même situation à Tel-Rumeida, à côté d’Hébron. C’est là que le roi David a été couronné. Le roi David est mentionné dans la Bible 1 023 fois.

A Gaza, les colonies ont un objectif d’abord stratégique...
A Gaza aussi il y a des monuments juifs. Il y a notamment une vieille synagogue, près de la côte, qui date de plusieurs siècles. Les juifs ont vécu à Gaza pendant des centaines d’années. Mais il est vrai aussi que dès l’époque de Golda Meir les travaillistes avaient décidé d’installer des Israéliens à Gaza pour créer une zone tampon face au Sinaï.

Pourquoi ces colons devraient- ils croire à vos promesses, alors que, après les accords de Camp David de 1978-1979, vous avez, sur ordre du premier ministre Begin, évacué de force les colonies israéliennes du Sinaï ?
Nous avons dû évacuer les Israéliens du Sinaï parce que, sinon, il aurait été impossible de signer le traité de paix avec l’Egypte. Mais de toute façon, on ne peut pas comparer les situations stratégiques et historiques du Sinaï, d’une part, de Gaza, de la Samarie et de la Judée, d’autre part. Les zones de sécurité actuelles ont une raison d’exister absolument essentielle.

Comment les Palestiniens pourraient-ils avoir un Etat viable s’il est coupé en plusieurs morceaux du fait du maintien des colonies ?
Vous confondez la continuité territoriale et la coexistence entre juif et Arabes. Le moment venu, nous trouverons une réponse au problème de la continuité. Nous savons que les Palestiniens voudraient avoir leurs propres routes pour ne pas avoir à passer par nos barrages et nos points de contrôle. En ce qui concerne la coexistence, je suis convaincu que juifs et Arabes peuvent vivre ensemble. Déjà dans mon enfance, dans la ferme où je suis né, nous avion des Arabes pour voisins. C’est aussi pourquoi j’ai décidé de prendre un certain nombre d’initiatives au profit des Arabes israéliens, qui sont près d’un million. Je travaille avec eux pour élargir leur participation à la vie du pays.

Vous avez parlé d’accorder aux Palestiniens 42 % des territoires. Cela semble bien peu...
42 % pendant la durée des accords intérimaires que j’espère conclure avec les Palestiniens.

Les Palestiniens pourraient étrangers Arafat tirs civiles donc obtenir plus quand un accord final sera signé ?
Oui, ils pourraient avoir plus de 42 %, mais cela dépendra de la façon dont les relations israélo-palestiniennes se développeront. Supposons que nous leur donnions tout de suite 90 %, 95, 97 %, et qu’ils continuent de tirer sur Israël depuis leur côté de la frontière...

Vous êtes tout aussi décidé à imposer des restrictions sur la souveraineté du futur Etat palestinien. Vous voulez un Etat démilitarisé dont vous contrôleriez même l’espace aérien ?
D’abord, je recommanderai aux Palestiniens de ne pas proclamer unilatéralement la création de leur Etat. Ce serait une erreur. Un tel Etat ne devrait être établi qu’à la suite d’un accord bilatéral. Deuxièmement, n’attendez pas des Israéliens qu’ils acceptent qu’au coeur même de leur pays un Etat palestinien dispose de forces armées. Pendant plusieurs années, nous devrons pouvoir contrôler les frontières pour voir comment la situation se développe. Comme je vous l’ai dit, certains actes sont irréversibles. Les Palestiniens risqueraient de signer des traités avec des pays hostiles à Israël. La supervision de l’espace aérien serait également nécessaire, parce que, sinon, où nos avions pourraient-ils aller voler ? Au-dessus de la mer ? Vous savez, les territoires en question sont tout petits, ce n’est pas la France.

Les Palestiniens pourraient vous répondre qu’ils ne tiennent pas à ce que leur Etat reste sous le contrôle d’une armée étrangère...
Quelle solution avez-vous à nous suggérer ? Que les Israéliens disparaissent d’ici ? Qu’ils fassent leur reddition ?

Votre aviation a bombardé des cibles syriennes au Liban. Ne serait-il pas plus efficace de chercher à conclure un traité de paix avec la Syrie ?
Pourquoi pas ? Je ne vois aucune raison de m’opposer à cette idée. Mais pour l’instant, ce n’est pas ce que veut la Syrie.

Pouvez-vous avoir la paix avec Damas si vous gardez le Golan ?
Si les Syriens veulent venir à la table de négociations sans condition préalable, ils n’ont qu’à venir. Mais comme je vous l’ai déjà dit, ce n’est pas la bonne approche que de déclarer à l’avance : voilà ce qu’Israël va donner et voilà ce qu’Israël va garder.

Après ce raid contre les Syriens et compte tenu de la dégradation de vos relations avec les Palestiniens, croyez-vous au risque d’une autre guerre générale avec les Etats arabes ?
Je n’y crois pas. Et pourquoi nos voisins arabes nous feraient-ils la guerre ?

Pour aider Arafat.
L’aider comment ? En bombardant à coups de mortiers la population civile des villes israéliennes ? Pour notre part, nous sommes très prudents, et nous faisons tous nos efforts pour éviter l’escalade. Notre intérêt, c’est de préserver la stabilité du Proche-Orient.

Que répondez-vous quand Israël est accusé d’être un Etat colonial ?
Je ne me soucie pas de répondre à toutes les questions, sinon je passerais mon temps à réagir au lieu d’agir. Tout ce que je puis vous dire, c’est que dans la ferme où je suis né, j’ai dû dès mon plus jeune âge monter à cheval, traire les vaches et travailler dans les champs. Comment parler de colonialisme ?

Vous avez intitulé votre autobiographie Un guerrier. Si vous étiez palestinien, seriez-vous en train de combattre Israël ?
Je n’aurais jamais pris pour cible des enfants, des femmes et de vieillards. Dans les guerres, il y a des tragédies, des civils peuvent être tués par accident. Mais la guerre qui nous est faite vise des bébés et des gens innocents. Cette guerre, je n’aurais jamais pu la faire.

Menahem Begin a commencé comme terroriste, mais c’est lui qui a signé le premier accord de paix avec l’ennemi arabe, avec l’Egypte de Sadate. Vous, le guerrier, qui avez aussi la réputation d’être pragmatique, êtes-vous prêt à suivre cet exemple ?
Je suis très fier d’avoir travaillé avec le premier ministre Begin ; je l’ai soutenu au plus dur des négociations avec l’Egypte. Et je suis très fier aussi qu’il m’ait écouté et qu’il ait accepté que l’aviation israélienne aille détruire le réacteur nucléaire irakien. Imaginez ce que serait le Proche-Orient aujourd’hui si Bagdad avait l’arme nucléaire.

Le plus grand danger pour Israël n’est-il pas d’être en train de perdre ses valeurs ? Le sionisme ayant réussi, il n’y a plus rien pour le remplacer...
Israël n’a pas de soucis à se faire. Nous avons amené ici des millions de juifs venus de 102 pays, parlant 82 langues. Ils ont réussi leur intégration. Ils ont bâti une agriculture moderne, les industries les plus sophistiquées, créé des centres de recherche scientifique et des universités. Nous avons simultanément mis en place un système de sécurité sociale et des orchestres philharmoniques. En même temps, nous avons toujours eu l’épée à la main. Nous allons continuer. Israël va faire venir encore un million de juifs, et s’il le faut, nous garderons l’épée à la main.

Vous ne craignez donc pas qu’Israël succombe à une crise d’identité ?
Nous pouvons compter sur les Palestiniens pour que cela ne se produise jamais. tout.

  



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