Spirou, l’homme-oiseau de Tatihou

    Il a l’œil bleu marin du grand cormoran, une chevelure blonde toujours en bataille, comme les hautes herbes de la lande, et l’ironie que l’on prête aux mouettes rieuses. Philippe Spirou (c’est son vrai nom !), permanent du Groupe ornithologique normand (GON), veille sur les oiseaux de l’île Tatihou (Manche), compte les eiders à duvet (un grand canard nordique), prend le pouls des migrations, raconte toute cette vie palpitante de vent et de mer aux enfants, à leurs parents et aux anciens qui ont le bonheur d’accoster sur cet éclat de Cotentin sauvage, à trois encablures du petit port huîtrier de Saint-Vaast-la-Hougue.

   Le grand jeune homme est un infatigable râleur contre toutes les déprédations qu’il constate : braconnage d’oiseaux migrateurs rares et donc protégés, phoques empoisonnés, plages « nettoyées » de toute algue et donc de toute vie… Il est aussi un infatigable émerveillé : « Toute cette beauté, dit-il, quelle raison de vivre ! » Il sait que sa contemplation continuera longtemps, la protection de l’île, de sa réserve naturelle, de son fort Vauban, de son merveilleux jardin botanique, par le Conservatoire du littoral et le département de la Manche venant de fêter ses dix premières années d’un succès plébiscité par des milliers de visiteurs chaque mois.

Antoine Peillon