Le Tanzim, une milice au service d'Arafat

Israël accuse cette force d'entretenir la violence. Son chef répond.

Par ALEXANDRA SCHWARTZBROD

Le vendredi 6 octobre 2000

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Ramallah envoyée spéciale

ans sa chemisette à gros motifs bleus, Marwan Barghouti l'affirme tout net: «Même si les combats se calment, ils reprendront tôt ou tard... Car Jérusalem est le cœur du corps palestinien. Tant que nous n'aurons pas entendu les Israéliens dire qu'ils acceptent une souveraineté palestinienne sur Jérusalem occupée, nous nous battrons...» Celui que les Israéliens présentent comme l'ennemi public numéro un du moment, est un petit homme de 40 ans au visage doux et rond barré d'une moustache. Chef du Fatah (le mouvement de Yasser Arafat) pour toute la Cisjordanie, il a un pouvoir considérable sur le terrain. Ancien combattant de l'Intifada, il a passé sept ans dans les geôles israéliennes.

Courroie de transmission. Respecté par beaucoup, il est la courroie de transmission entre la direction politique et la jeunesse palestinienne. Ses troupes, les fameux «Tanzim» («organisation» en arabe) sont d'ailleurs essentiellement composées de jeunes, grandi pendant l'Intifada et rêvant d'en découdre avec l'occupant. Disposant de Kalachnikov, entraînés pour faire face à une invasion des territoires par Israël, ils sont la hantise de l'armée israélienne car capables de se fondre dans la foule.

Dans son quartier général de Ramallah, près de la mosquée Abdel Nasser, on fait désormais la queue pour rencontrer Barghouti. Les combats de ces derniers jours en ont fait une vedette. A en croire les Israéliens, il serait le cerveau des affrontements entre Palestiniens et Israéliens, celui qui envoie les enfants en première ligne et noie des hommes en armes dans la marée des jeteurs de pierres. «Nous essayons au maximum de ne pas utiliser nos fusils. Mais il faut bien nous défendre aussi!», explique-t-il. A-t-il le sentiment de contrôler la situation? Il hésite une fraction de seconde: «Jusqu'à présent, oui. Après... on verra bien.» Très proche de Yasser Arafat, à qui il est capable aussi de s'opposer violemment, Barghouti est également un grand ami de la France. Dans son bureau, deux images sont omniprésentes: la mosquée el-Aqsa de Jérusalem et une photo de... Jacques Chirac. «Vive l'amitié franco-palestinienne!», clame une affiche représentant Yasser Arafat main dans la main avec le président français.

Les sommets de Paris et de Charm-el Cheikh l'ont-ils convaincu de la nécessité d'un cessez-le-feu? Il s'énerve. «Un cessez-le-feu ne peut intervenir que si deux parties combattent. Là, il n'y en a qu'une qui tire... Nous allons poursuivre nos manifestations et nos activités... Et surtout nous préparons le grand jour... vendredi.» Aujourd'hui, jour de la grande prière des musulmans, a en effet été décrété «jour de colère» par les Palestiniens qui prévoient d'importantes manifestations anti-israéliennes, notamment à Jérusalem.

Si on comprend bien Marwan Barghouti, il ne devrait donc pas y avoir d'armes, aujourd'hui, dans les mains des manifestants palestiniens? Il lève les paumes des mains vers le ciel: «Je l'espère [...] Nous demandons aux gens de ne pas utiliser leurs armes, mais... ce n'est pas facile de contrôler leurs émotions.» Soudain très dur: «Ils ont vraiment, en face, la volonté de tuer.» Pourquoi? «Parce que ce sont des Israéliens.»

Objectif politique. La veille, un haut responsable des services de renseignements militaires israéliens l'affirmait sans ambages: «Barghouti a des buts politiques très clairs, il prépare l'après-Arafat. Mais Arafat utilise aussi Barghouti et son Tanzim. Cela lui permet de ne pas utiliser sa police de façon trop évidente et de brider le Hamas. Simplement, le jour où il voudra mettre fin aux mouvements sur le terrain, cela aura un prix que Barghouti essaiera sans doute de faire monter...»

Question à Barghouti: Arafat et lui sont-ils toujours sur la même longueur d'onde? Il hésite un peu: «Ouais... ouais... sauf que je n'aime pas le voir discuter avec Barak qui a plein de sang palestinien sur les mains.».

   

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