Fleurs de béton

Alain Vincenot

            Le 8 juin 2000, implosait le Renoir, barre de la cité des 4000, à La Courneuve (Seine-Saint-Denis), qui, avec ses boîtes aux lettres défoncées, ses vitres brisées et ses cabines d’ascenseurs puant la pisse, avait fini par symboliser la désagrégation sociale des banlieues, vaste ratage architectural et humain, où semblaient se concentrer toutes les dérives, toutes les violences. Drogue, voitures qui brûlent, agressions, cambriolages, racket, pitbulls… Il avait suffi de quelques secondes pour réduire à un gigantesque amas de gravas de 45 000 tonnes, le monstre de béton aux proportions démesurées : 186 mètres de long, 11 de large, 43 de haut et 6 cages d’escalier de 15 étages, où s’empilaient 362 logements.

            Pourtant, bon nombre d’anciens locataires ont pleuré devant cette destruction qui engloutissait des années de souvenirs. Car, au Renoir ont vécu normalement, banalement, des centaines de familles, qui n’avaient pas le saccage, le vol et l’intimidation pour principale occupation. Des habitants qui menaient là une existence « tranquille », à mille lieux du vandalisme et de la délinquance. A partir de leurs témoignages, Fleurs de béton reconstitue un univers insoupçonné, le quotidien « sans histoire » d’une cité « chaude ». En écoutant ces anonymes qui n’ont jamais la parole, ces inconnus ignorés des médias, on découvre un vrai village, convivial et chaleureux.

            « Le grand mérite du livre d’Alain Vincenot, écrit, dans la préface, Michèle Tribalat, directrice de recherche à l’INED, c’est, d’abord, cette mise en perspective historique qui, à travers les récits de vie des « villageois » du Renoir, dissocie béton et malheur. Le béton n’a pas engendré le malheur social… Irait-on détruire des hôpitaux pour faire disparaître la maladie ?… Il ne faut pas laisser croire que le malheur social donne un droit illimité à mal se conduire. Ne pas avoir droit au droit, y compris dans les sanctions qu’il suppose, est une forme de discrimination, sans parler des conditions de vie hors norme de la majorité des habitants paisibles voués à raser les murs, regard au sol. Ne s’occuper que du bâti c’est faire un lifting à un cancéreux et c’est donc s’illusionner sur la nature des problèmes ».

Un extrait choisi : chapitre 1 "Le peuplier de Mimi"

"Le rééquilibrage de la composition sociologique des cités, un objectif difficile à atteindre", dans Le Monde daté du 2 octobre 2001

Un cyber-entretien avec Alain Vincenot, sur CanalChat

Fleurs de Béton, avec une préface de Michèle Tribalat, directrice de recherche à l'Institut national d'études démographiques (Ined)

Editions Romillat : 17, rue Pascal, 75005 Paris

272 pages

135Frs

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